La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mardi 16 janvier 2018

Couleurs de l'Incendie de Pierre Lemaitre - Chronique n°394

Titre : Couleurs de l'Incendie
Auteur : Pierre Lemaitre
Genre : Historique
Editions : Albin Michel
Lu en : français
Nombre de pages : 530
Résumé : Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

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C'est avec un mélange d'appréhension et d'excitation que l'on s'immerge dans les pages de Couleurs de l'Incendie, le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec le très acclamé Au Revoir Là-Haut. Excitation, car l'on a confiance en la plume et le sens du récit de l'auteur, mais aussi appréhension, car comment donner une suite à un roman aussi populaire ? Jusqu'à quel point s'en détacher, comment lui rester fidèle sans faire moins bien, sans lasser ? C'est l'éternel pari des suites, l'équilibre périlleux à trouver entre réinvestissement et innovation, proximité et originalité. 
Et laissez-moi vous dire que le pari a été relevé. 

Pierre Lemaitre a bien compris que faire une copie conforme d'Au revoir là haut aurait été vain et surtout, vraiment décevant. Bien au contraire, il choisit de tous nouveaux enjeux, une nouvelle époque et place au cœur de son récit un personnage secondaire du premier tome, Madeleine Péricourt, de sorte que l'on est à la fois satisfait d'avoir une petite attache avec le récit déjà connu, et impatient de découvrir de nouvelles perspectives et en conservant un sentiment d'inédit. La scène d'ouverture se révèle tout aussi marquante et retentissante que celle du premier tome, et le récit se déroule par la suite de façon incroyablement efficace, présentant les personnages de façon concise et convaincante, et alternant les points de vue avec un très bon sens du rythme. Impossible de ne pas se prendre d'intérêt et d'horreur pour les malheurs de Madeleine, sa ruine, les trahisons qu'elle subit, et surtout sa volonté de se venger...

On retrouve avec plaisir le ton ironique et parfois même impertinent du narrateur, les formidables coups de théâtre propres à ces romans, leurs personnages hauts en couleur et leur dynamisme sans faille. Les péripéties s'enchaînent avec une grande fluidité, les alliances et trahisons se succèdent de façon jouissive, et on ne voit pas défiler les 530 pages de ce roman imposant mais en réalité incroyablement aisé à parcourir. La lecture est d'autant plus agréable que l'on y retrouve avec plaisir le style de Lemaitre, tout en simplicité et en accessibilité - ce qui ne signifie pas qu'il manque de travail, bien au contraire : simple ne signifie pas simpliste ! Il est bien plus facile d'écrire de façon complexe que claire, et se rendre lisible pour tout type de public est un objectif que peu parviennent à atteindre. Ici, les clés de lecture sont tous clairement présentes sans pour autant être martelées, et le résultat n'en est que plus appréciable pour le lecteur.  

On a pu entendre certains critiques appeler Lemaitre le Balzac du XXIème siècle, et même assimiler cette trilogie à une nouvelle Comédie Humaine ! S'il est encore un peu tôt pour se prononcer définitivement sur la pertinence de telles louanges, on ne peut nier la grande crédibilité des personnages de cette fresque, la rapidité avec laquelle on s'attache eux, et surtout la façon très efficace avec laquelle ils s'intègrent à leur époque et aux enjeux de celle-ci. A travers l'histoire de Madeleine Péricourt et de ses proches, l'auteur s'attaque en réalité aux vices du début des années 30, leur hypocrisie, leur cruauté, leur rancœur, pour un résultat aussi prenant que crédible. Il ne s'agit pas de tisser à tout prix des parallèles entre 1933 et 2018, fort heureusement, mais de donner à voir autant que possible les aspérités d'une époque complexe et passionnante.  Il s'agit également d'un roman qui touche à l'humain, aussi bien dans ses pires vicissitudes que dans ses plus grands élans d'altruisme, et qui donne un profond sentiment de satisfaction et d'excitation, une fois refermé. 

Jetez-vous donc en toute confiance dans les pages de Couleurs de l'incendie, un roman palpitant qui prend au cœur comme aux tripes, qui aime l'histoire et la fait aimer, et offre un merveilleux moment de lecture. Couleurs de l'incendie n'est pas une analyse exhaustive des années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale, loin de là, mais une aventure romanesque brillamment exécutée au contexte historique travaillé sans empiéter sur l'originalité de l'intrigue, et qui peut constituer une véritable porte ouverte vers, pourquoi pas, une étude plus poussée de cette époque trouble...

dimanche 14 janvier 2018

Paris est tout petit de Maïté Bernard - Chronique n°393

Titre : Paris est tout petit 
Auteure : Maïté Bernard
Genre : YA 
Editions : Syros
Lu en : français
Nombre de pages : 376

Résumé : Inès a 17 ans et un objectif : être admise à Sciences Po après le bac. Elle vient de trouver un job de femme de ménage chez les Brissac, dans le 7e arrondissement de Paris, mais elle n’avait pas prévu le coup de foudre entre elle et Gabin, le fils aîné de ses employeurs. «Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment, comme nous, d’un aussi grand amour. » Cette phrase de Prévert devient leur credo. Mais ils sont loin de se douter de ce qu'il reste à venir. Dès lors, leur histoire et la ville qui les entoure prennent d’autres couleurs, celles de l’après.

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Un grand merci aux éditions Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi !

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Oui, je sais, cette couverture, ce résumé, tout crie la romance cliché et désespérément prévisible.
MAIS.
Fort heureusement, ce livre est bien plus que cela. 

Les premières pages, il faut l'avouer, peuvent faire peur, notamment la scène du baiser dans l'ascenseur après un échange humain d'une durée de deux minutes environ.
Je veux bien croire au coup de foudre - encore que -, mais vraiment, deux minutes. Non. Quand même. 

Dans les premiers chapitres, la voix d'Inès, la narratrice, reste par ailleurs assez immature, assez "explicative" dans le sens où elle décrit précisément tout ce qu'elle ressent, et le style d'écriture s'en ressent malheureusement. Le début du roman, la présentation des personnages, de leurs caractéristiques, du rêve d'Inès d'intégrer Sciences Po, les quelques dialogues qui soulignent l'évidence du gouffre entre Gabin et Inès sont donc clairement les moins bons passages du roman. Tout est encore très prévisible et démonstratif, assez lourd en fait, mais n'ayez crainte, cela ne dure pas. 

Très vite en effet, le texte commence à s'améliorer, l'écriture et l'héroïne gagnent ensemble en maturité, et le récit prend des tournants inattendus, de façon subtile d'abord, puis complètement surprenante, voire bouleversante - c'est pourquoi je vous recommande d'éviter tout résumé trop détaillé. Ce revirement et ce changement de tonalité font progressivement du roman un ouvrage bien plus sombre, certes, mais aussi et surtout plus complexe, plus touchant, plus intéressant en somme. 

Paris est tout petit parvient à tirer son épingle du jeu en créant son atmosphère et ses enjeux propres, que ce soit en cherchant à donner vie à son décor, Paris, ou en insistant sur des émotions et des sujets durs et émouvants. Sans jamais verser dans des lieux communs, il offre des représentations très pertinentes du choc, du deuil, du passage à l'âge adulte, de l'éloignement, tout à fait judicieuses à soumettre à un public adolescent à mon humble avis. 

Un autre aspect particulièrement satisfaisant du roman est l'évolution de ses protagonistes, le fait qu'ils ne soient pas condamnés à rester figés sur leurs cases de départ respectives. Non, ici, les personnages sont bel et bien affectés par les événements décrits et s'adaptent en conséquence. Inès de la page 1 et Inès de la page 400 partagent bien entendu un même tempérament et sont cohérentes l'une par rapport à l'autre, mais sont fondamentalement différentes du point de vue de leurs expériences, de leur vision du monde, de leurs priorités. 

Paris est tout petit est donc une très belle surprise, un roman qui se révèle petit à petit dans toute sa diversité et sa complexité, dans les thèmes qu'il aborde, les personnages qu'il développe ou les décors qu'il investit. Un texte émouvant et réaliste que l'on dévore en un rien de temps, et qui se lance dans une démarche ô combien appréciable de réconciliation et d'apaisement, loin de tout sensationnalisme ou mélodrame, malgré quelques poncifs dans sa première partie, vite oubliés cependant. Loin de nier les différences ou les incompréhensions qui peuvent meurtrir une société ou des individus, il cherche simplement à mettre en valeur l'empathie, la tolérance, le respect. Et c'est tout sauf niais, au contraire, c'est sans doute la meilleure chose à transmettre à un public adolescent.  

(Réaliste si on exclut ce baiser dans l'ascenseur argh)

vendredi 12 janvier 2018

A Darker Shade of Magic de V. E. Schwab - Chronique n°392

Titre : A Darker Shade of Magic (Shades of Magic #1)
Auteure : V. E. Schwab
Genre : Fantasy
Editions : Tor Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 400
Résumé : Kell is one of the last Antari—magicians with a rare, coveted ability to travel between parallel Londons; Red, Grey, White, and, once upon a time, Black. 

Kell was raised in Arnes—Red London—and officially serves the Maresh Empire as an ambassador, traveling between the frequent bloody regime changes in White London and the court of George III in the dullest of Londons, the one without any magic left to see.

Unofficially, Kell is a smuggler, servicing people willing to pay for even the smallest glimpses of a world they'll never see. It's a defiant hobby with dangerous consequences, which Kell is now seeing firsthand.

After an exchange goes awry, Kell escapes to Grey London and runs into Delilah Bard, a cut-purse with lofty aspirations. She first robs him, then saves him from a deadly enemy, and finally forces Kell to spirit her to another world for a proper adventure.

Now perilous magic is afoot, and treachery lurks at every turn. To save all of the worlds, they'll first need to stay alive.

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Existe également en français


Titre : Shades of Magic
Editions : Lumen 
Résumé : Kell est le dernier des Visiteurs, des magiciens capables de voyager d’un monde à l’autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est le centre à chaque fois. Le nôtre est gris, sans magie d’aucune sorte. Celui de Kell, rouge, et on y respire le merveilleux avec chaque bouffée d’air. Le troisième est blanc : les sortilèges s’y font si rares qu’on s’y coupe la gorge pour voler la moindre incantation. Le dernier est noir, noir comme la mort qui s’y est répandue quand la magie a dévoré tout ce qui s’y trouvait, obligeant les trois autres à couper tout lien avec lui.
Depuis cette contagion, il est interdit de transporter un objet d’un monde à l’autre. C’est pourtant ce que va faire Kell... quitte à prendre des risques menaçant la survie même de l'équilibre précaire entre les différentes versions de Londres. 

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How come I have not read this book earlier? 
How can I have been blind enough to ignore this incredible piece of wonder and magic?

When you first take a peek at it, A Darker Shade of Magic does not look so different from all of the classic fantasy novel filled with tropes and attempts to be unpredictable. But a few pages into it are enough to prove this first impression wrong. 

A Darker Shade of Magic has a lot of strengths, but the most striking of them are without a doubt its universe, its characters and its writing. 

First, the reader is amazed by the universe, which is actually a multiverse, as the author slowly reveals its rules and its general atmosphere at just the right pace. One can not but be taken by the very specific "vibe" of this intricate cities, which are at the same time utterly different but also tied by the same force, the same entity: magic.

Magic is also a highly fascinating feature of the book: it is actually a being, a will, something that might evolve, fade away or grow deadly - just as it did in Black London. 

Another asset of the novel, and maybe the most important one, relies on the main protagonists, Kell and Lila, with their gripping, endearing personalities, their witty dialogues and their complex relationship. It's simple: one can not but feel for this unlikely duo. All along the story, they embody the conflicts of the whole universe, reveal cleverly what is at stake, and prove themselves more and more sympathetic. 

And finally, the last but not least element that keeps the reader going is the incredibly efficient writing of V. E. Schwab, an author who masters the too rare skill of showing and not telling. Too many writers, especially fantasy writers, have to explain their stories and issues in an explicit way, while in this book, all of the keys of the plot are present, but not given all at once to the reader, who has to play its own role of comprehension and interrogation. The writing style is clear, concise and precise, with a large range of vocabulary that always succeeds describing perfectly the right feeling, the right atmosphere or the right gesture. Flipping through the pages of this novel is properly delighting, until a well-thought ending that leaves the reader with only a few words in mind: "give me the sequel of this thing".

Don't hesitate anymore: this book is made for you, whether you are more of an adult fantasy fan or a YA one, or even not a fantasy fan at all. A Darker Shade of Magic is an excellent and well-designed tale, full of interesting questions, and introducing absolutely adorable characters. 

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Quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi diable je n'ai pas lu ce roman plus tôt ? 
Comment j'ai pu être aveugle au point de passer si longtemps à côté de ce petit bijou ? 

A première vue, A Darker Shade of Magic a plutôt l'air de ressembler à n'importe quel autre roman de fantasy typique, plein de lieux communs, de retournements de situation forcés et autres tentatives de se rendre surprenant. Mais loin s'en faut. Et il suffit d'en lire quelques pages à peine pour s'en rendre compte. 

Ce roman dispose de points forts considérables, parmi lesquels trois majeurs : son univers, ses personnages et son écriture. 

Ainsi, la plongée dans l'univers créé par V. E. Schwab est un véritable délice, d'autant plus qu'il ne nous est pas projeté brutalement dans la figure tout d'un coup, mais révélé petit à petit, avec des informations distillées au compte-goutte. On est très vite fasciné par cet univers - ou plutôt ces univers -, au fur et à mesure que l'on en découvre les aspérités et les failles, aussi bien que les richesses et les promesses. La magie y est prégnante, un véritable personnage à part entière qui habite différemment chaque version de Londres, tour à tour absente, bienveillante, cajoleuse, dangereuse ou mortelle, selon l'atmosphère de la ville en question. Elle peut grandir, se nourrir de l'atmosphère d'une ville, mais aussi s'étioler, ou encore avoir raison de toute âme qui se risque à la pervertir.
L'idée de base de ces villes inextricablement liées mais pour autant radicalement différentes les unes des autres est exploitée d'une façon réellement satisfaisante, et qui le sera à n'en pas douter encore plus par la suite. 

Les personnages ensuite, et notamment les deux protagonistes, sont une autre qualité majeure de l'ouvrage. On ne peut en effet que s'attacher au duo improbable formé par Kell, magicien aux dons surpuissants et convoités qui s'adonne au trafic d'objets entre les dimensions pour tromper son ennui, et Lila, jeune fille sans foi ni loi qui n'a de loyauté que pour elle-même, et exerce ses talents de voleuse dans le Londres gris, celui dénué de toute magie. Leur alchimie est évidente, leurs dialogues vifs et enlevés, leur comportement crédible et révélateur des enjeux du récit, et les suivre d'un bout à l'autre du roman est un plaisir constant. 

La dernière force du récit enfin est l'écriture incroyablement efficace de V. E. Schwab, qui maîtrise l'art malheureusement trop rare de montrer sans avoir à expliquer. Sa plume est concise, efficace, directe, et évite toute forme de redondance ou de lourdeur. Bien au contraire, c'est tout en subtilité qu'elle suggère des atmosphères, des sous-entendus, des ressentis au lecteur qui se fait par là même acteur de sa propre découverte du récit. On ne peut qu'être satisfait par la richesse du vocabulaire déployé, la pertinence des formules auxquelles l'auteure a recours, et le sentiment général d'aboutissement qui se dégage d'une histoire certes "classique" dans le sens où elle suit une structure narrative connue, et pourtant débordante de surprises et de belles intuitions. 

N'attendez donc plus pour vous jeter sur le commencement de cette trilogie prometteuse, mature et originale, dont la qualité du sens du récit, de l'immersion et de la description ne pourra que ravir vos sens et votre esprit ! 

lundi 8 janvier 2018

Goupil ou Face de Lou Lubie - Chronique n°391

Titre : Goupil ou Face
Auteure et illustratrice : Lou Lubie
Genre : Bande dessinée
Editions : Vraoum
Lu en : français
Résumé : Certains ont un chien, un chat ou un poisson rouge. Lou a une cyclothymie : un trouble de l’humeur de la famille des maladies bipolaires.
Que faire quand on découvre un petit renard sauvage dans son cerveau ? Peut-on l’apprivoiser, le dompter ? Et comment être heureux quand on doit cohabiter avec une créature si imprévisible ?
Un ouvrage de vulgarisation scientifique qui se nourrit de l’expérience personnelle de l’auteur pour dresser le portrait plein d’humour et de sensibilité d’un trouble psychiatrique encore largement méconnu.

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Tout d'abord, voici un court message à toutes les nations : lisez cette BD. Merci. 

Pourquoi donc, me demanderez-vous ? 

Parce que c'est un récit profondément touchant. 
Parce que c'est une tuerie esthétique. 
Parce que vous allez beaucoup, beaucoup rire. 
Parce que c'est un ouvrage d'utilité publique. 

Ouais, rien que ça.

Goupil ou Face est une BD que vous risquez très fortement d'engloutir d'une seule traite, tant elle est instructive, intéressante et divertissante en même temps. Ces quelques 150 pages réussissent à allier humour et pédagogie dans un mélange des genres tout à fait réussi, en s'attaquant au sujet de la cyclothymie, sans doute la forme la moins connue des troubles bipolaires, dont est atteinte l'auteure. 

Il ne s'agit pas de banaliser ou de "glamouriser" la maladie, bien au contraire ! L'auteure est ici avant tout pour révéler son existence - parce que, soyons honnêtes, quel pourcentage de la population sait ce qu'est la cyclothymie ? -, la démystifier, parce que non, tous les bipolaires ne sont pas comme ceux qu'on peut voir parfois dans la fiction, et enfin l'illustrer par le biais de sa propre expérience personnelle, de son errance médicale, de ses hauts, de ses bas, de ses  et de son traitement. 
Qu'est-ce que cette maladie ? Comment se manifeste-t-elle ? Comment vit-on avec ? Quels en sont les risques ? Quels en sont les traitements ? 
Autant de questions auxquelles cet ouvrage offre des réponses synthétiques et loin de toute forme de cliché. 

La BD est cependant bien loin d'être un traité scientifique assommant : c'est toujours avec clarté et accessibilité que les informations sont délivrées au lecteur, et n'importe qui, après avoir lu cet ouvrage, sera en mesure de comprendre les principales formes de bipolarité, leurs conséquences pour les personnes atteintes, aussi bien psychiques que physiques ou sociales. La bipolarité est une réalité invisible, et on a besoin de publications comme celle-ci, faciles d'accès et d'assimilation, pour faire prendre conscience au grand public de son existence. 

Pour ne rien gâcher, le récit de la vie de l'auteure en lui-même vient parfaire le tout, ajoutant une part d'authenticité au contenu scientifique. Cette "intrigue" est la concrétisation du propos purement médical, avec force humour, autodérision, mais aussi instants de tendresse. La BD est de plus sublimement illustrée, avec une colorisation en noir, blanc et orange extrêmement attrayante et un trait dont je suis personnellement fanatique. Que demande le peuple ? 

N'attendez donc plus pour vous jeter sur cette parution tout en pédagogie et en fraîcheur, qui réserve une grande place à l'humour mais sait aussi se faire touchante ou grave. On ne peut que saluer la délicatesse avec laquelle l'auteure s'exprime et l'incroyable pertinence des métaphores auxquelles elle a recours grâce au formidable outil qu'est le dessin. La cyclothymie devient un petit renard, la dépression, un gouffre noir. Les couleurs, les formes, les objets deviennent autant de moyens d'expliquer des troubles autrement incompréhensibles pour les personnes étrangères à la maladie. Et il n'y a rien de plus efficace pour apprendre. 
Goupil ou face vous fera chavirer, rire, et passer un beau moment de lecture tout en vous sensibilisant à un sujet essentiel et pourtant tellement raillé ou déformé dans la vie quotidienne : la santé mentale. 

vendredi 5 janvier 2018

Bilan de 2017 - Top 10 de mes meilleures lectures

Bonjour à tous !

2017 fut une sacrée année de lecture, et ce n'est rien de le dire. J'ai lu 140 livres environ (143 selon Goodreads, mais on n'est jamais à l'abri de doublons, d'oublis, donc tablons sur 140, ce qui est déjà un nombre inespéré). 
Parmi cette profusion de titres, pour la plupart très satisfaisants, quels sont les livres dont je me souviens, auxquels je pense toujours ? La sélection fut âpre, terrible, rude, épouvantable. Mais voici la liste obtenue dans la douleur de mes dix romans préférés de cette année écoulée, avec les 3 premiers à égalité, les 3 suivants aussi, et les 4 derniers enfin. 
Je les recommande tous les dix avec force et passion, pour absolument n'importe qui, dès lors que vous vous y sentez attirés. Ils sont sublimement écrits, offrent de multiples niveaux de lecture, s'avèrent aussi passionnants que complexes, bref, que demande le peuple ? 

Place aux romans dont la simple mention me fait frissonner de joie. 
Aurélien de Louis Aragon : j'en ai déjà beaucoup parlé. Mais je vais le refaire. CE LIVRE EST UNE PEPITE. Voilà. Maintenant, allez le lire. 
Phobos 4 de Victor Dixen : sans surprise, pourrait-on se dire, la suite de Phobos ne fait que confirmer ma passion pour cette saga. Et pourtant si, il y avait encore pour moi de la surprise dans cette conclusion fracassante, aboutie, mature. Des choix audacieux, des perspectives nouvelles, des passages toujours plus émouvants, bref, la plus belle des façons de conclure une odyssée spatiale assez inoubliable, passionnante dans sa dimension purement romanesque, et qui se démarque de plus par ses multiples niveaux de lecture et autres grilles de réflexions. LISEZ PHOBOS, PEUPLE.
Into the Forest de Jean Hegland : sublime, surprenant, viscéral, bouleversant, les mots me manquent pour décrire ce roman assez unique, qui part d'un résumé en apparence assez banal mais offre en réalité une véritable expérience émotionnelle et sensorielle pour qui se laisse captiver par la vie étouffante de deux sœurs à la fois sauvées par et prises au piège de leur propre solitude...
D'un trait de fusain de Cathy Ytak : sans doute la plus belle surprise de cette liste, un petit roman dont je n'attendais rien de particulier et qui m'a comme assommée, hébétée. L'histoire de Mary, Joos, de leurs amis, de leurs amants, et de leurs camarades de lutte contre le sida dans une société fermée et hostile ne vous laissera pas indifférents. 
Au revoir là haut de Pierre Lemaitre : un roman riche, débordant d'inventivité, irrévérencieux, aux personnages inoubliables, au style simple mais profondément soigné - d'autant plus que la simplicité et l'accessibilité sont ce qui nécessite le plus de travail, ne l'oublions pas -, bref, une réussite sur tous les plans pour ce premier volet d'une trilogie dont je serre actuellement le second tome contre mon petit cœur battant. 
Les garçons de l'été de Rebecca Lighieri : le roman s'ouvre sur un terrible accident. Zachée appelle sa mère pour lui annoncer que Thadée, son frère aîné qu'il a rejoint à la Réunion pour quelques semaines de surf, s'est fait attaquer par un requin et a perdu sa jambe. Ce drame vient très vite raviver des blessures et des tensions inavouées au sein d'une famille en apparence sans fissures, pour une descente aux enfers aussi fascinante que terrifiante. Un livre brut, violent, sans concessions, mais aussi subtil dans son écriture, habile et captivant. 
La Passe-Miroir tome 3 : La Mémoire de Babel de Christelle Dabos : une saga qui n'en finit pas de nous ravir et de nous émerveiller à chaque nouveau tome, avec son univers ici en pleine expansion. L'auteure déploie des trésors d'imagination et rend à chaque fois son héroïne plus attachante et son histoire plus prenante. Vivement le quatrième et dernier tome ! 
HHhH de Laurent Binet : un roman assez unique, historique bien sûr, mais de deux façons extrêmement riches et complémentaires. La première facette est un récit historique "classique", celui de l'ascension au pouvoir d'Heydrich, le "cerveau d'Himmler" selon une expression consacrée, et de la préparation de son assassinat par des résistants. La seconde est le récit de l'historien lui-même, qui partage ses doutes, ses ambitions, ses errements et ses erreurs aussi, pour un résultat détonnant et passionnant dans le cadre d'une réflexion sur ce qu'est l'histoire, comment on peut la (re)construire, et comment on peut l'étudier. 
The Hate U Give d'Angie Thomas : un récit qui a beaucoup fait parler de lui outre-Atlantique, et ce non sans raisons ! Je ne peux que recommander ce livre choc - encore non-traduit en français mais plutôt abordable en VO - qui retrace avec force le parcours de Starr, une jeune Afro-américaine qui voit son meilleur ami se faire tuer par un policier sans motif justifié, et est très vite déchirée entre sa soif de justice et sa peur de menacer sa propre sécurité et celle de sa famille. Où commence la responsabilité ? Quels combats doivent être menés, jusqu'à quel point, et par qui ? Autant de questionnements brûlants d'actualité, dans un cadre profondément authentique et touchant. 
The Unseen World de Liz Moore : l'histoire d'une petite fille surdouée, de son père, brillant scientifique, et des années qu'il faudra à l'une pour comprendre l'autre, son amour, ses secrets, son héritage. Un magnifique roman qui n'a cessé de me poursuivre, et qui a "grown on me" comme disent les anglophones, prenant de plus en plus de place dans mes souvenirs... au point d'atteindre cette liste. 

Mentions honorables
Je les aime et adule aussi, mais il faut bien faire des choix, parce que c'est le jeu ma pauvre Lucette. 
En tout cas, sachez que je recommande également avec force et passion ces quelques titres !

The Gentleman's Guide to Vice and Virtue de Mackenzi Lee, Gemina d'Amie Kaufman et Jay Kristoff, Adrienne Mesurat de Julien Green, Fondation d'Isaac Asimov, Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain, Un Certain Monsieur Piekielny de François-Henri Désérable, L'Art de Perdre d'Alice Zeniter, The Remains of the Day de Kazuo Ishiguro, Beauté Fatale de Mona Chollet

dimanche 31 décembre 2017

Bilan du mois [Décembre 2017]

Bonjour à tous ! 

Décembre était le mois de mes partiels puis de mes vacances, mais en bonne personne déraisonnable, j'ai lu de toute mon âme et de tout mon saoul de la même façon pendant ces deux périodes, pour un résultat de 13 ouvrages lus ce mois-ci. 
Le pire c'est que je n'ai même pas honte.

Il faut dire aussi que je n'ai eu pratiquement que de belles découvertes, des romans riches, beaucoup de classiques que je voulais lire depuis longtemps, mais aussi des BD ou des romans YA passionnants et innovants. Voici donc mon bilan : 

Le coup de cœur du mois... 
Aurélien de Louis Aragon : je n'ai pas les mots. Pour plus de discours enflammés sur cette merveille, allez lire ma chronique dédiée

J'ai a-do-ré...
Rain Falls on Everyone de Clar ni Chonghaile : un roman absolument inconnu sur lequel je suis tombée par pur hasard et qui s'est avéré être une incroyable pépite aux personnages marquants. Je vous en reparle très vite ! 
Adrienne Mesurat de Julien Green : un autre coup de cœur pour ce "classique" injustement méconnu, qui plonge le lecteur dans l'angoisse intenable de son héroïne, et décrit une descente aux enfers aussi fascinante qu'horrifiante...
La Fortune des Rougon d'Emile Zola : comme j'en ai déjà beaucoup parlé, j'ai décidé de lire les vingt tomes de la saga des Rougon-Macquart car je suis une personne excessive. Je pensais que j'en aurais pour trois ans mais j'en ai déjà liquidé trois, il faudrait peut-être revoir mes ambitions à la hausse. Trois romans excessivement convaincants, bien écrits, captivants, et même addictifs !
La Curée d'Emile Zola : un récit violent, vicieux, au cœur des magouilles de parvenus qui cherchent à s'enrichir en spéculant sur l'immobilier parisien - hm, j'ai comme une vague impression d'actualité - à l'heure du Second Empire, mais aussi d'un drame intime fascinant. 
Le Ventre de Paris d'Emile Zola : un roman incroyablement pittoresque, pictural, débordant de descriptions parmi les plus frappantes que j'aie pu lire, qui décrit l'agitation des Halles - l'ancêtre du Rungis actuel - et les coups bas que les divers clans qui s'y forment peuvent se faire mutuellement. 

J'ai beaucoup aimé...
Heartless de Marissa Meyer : une réinvention maîtrisée de l'univers du Pays des Merveilles de Lewis Carroll, avec un juste équilibre entre réécriture et innovation, et à la clé un récit hautement prenant et divertissant ! 
Libres ! d'Ovidie et Diglee : à mi-chemin entre l'essai et la BD, un ouvrage essentiel et brûlant d'actualité qui aborde sans tabou le thème de la sexualité, notamment féminine, et se dresse contre des diktats malheureusement encore et toujours à l'oeuvre...
Goupil ou Face de Lou Lubie : une autre BD magnifiquement illustrée, à la fois captivante et d'utilité publique puisqu'elle décrit d'un point de vue personnel et scientifique un trouble bipolaire moins connu et souvent mal diagnostiqué, la cyclothymie. A faire circuler d'urgence !
Sapiens - A Brief History of Humankind de Yuval Noah Harari : un ouvrage sur les origines de l'humanité et de nos coutumes/mœurs/sociétés, dont on parle beaucoup en ce moment, très clair, très abordable, et au propos vraiment instructif, en particulier dans sa première moitié. On ne sera pas forcément d'accord avec toutes les théories de l'auteur, mais ce livre vaut sans aucun doute le détour !
Paris est tout petit de Maïté Bernard : pitié, ne vous arrêtez pas à cette couverture niaise et à ce résumé assez simpliste - navrée, mais le livre a l'air d'être une énième romance dégoulinante de bons sentiments, alors que ce n'est pas le cas. Certes, on ne peut éviter certains poncifs, notamment dans les premiers chapitres, mais par la suite, le récit prend un tournant inattendu, trouve son unicité, et devient profondément touchant. Une très belle lecture dont je vous reparlerai plus en détail à sa sortie dans un mois ! 

Une enquête passionnante et glaçante...
Le Livre noir de la Gynécologie de Mélanie Déchalotte : un ouvrage qui s'intéresse aux témoignages assez horrifiants de femmes victimes de l'incompétence voire de la cruauté de certains membres du corps médical, et notamment gynécologique. Et ces actes sont sont d'ailleurs doublement horrifiants : d'une part par leur violence et leur inhumanité, d'autre part par la méconnaissance que nous en avons alors qu'il s'agit de faits bien plus fréquents que nous ne voulons bien le reconnaître. A lire de toute urgence, surtout en ce moment... 

Je suis mitigée...
Libérez l'Ours en vous de Carole Trébor : un roman qui, si je l'ai lu en très peu de temps, m'a laissée assez dubitative, non pas à propos de son message général que j'ai bien apprécié, mais plutôt de ses personnages peu crédibles et pas vraiment attachants et de son style un peu trop explicatif et simple à mon goût. 

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Je vous laisse ici en vous souhaitant un très beau réveillon si vous avez la chance de le passer en bonne compagnie, en vous envoyant toutes mes ondes positives si vous le passez seul.e.s, et une très très très belle année 2018. On se retrouve très vite pour une liste de mes romans préférés de 2017, que je n'hésiterai pas à vous recommander avec passion et excès, comme toujours ! 

mercredi 27 décembre 2017

Kaleb de Myra Eljundir - Chronique n°390

Titre : Kaleb
Auteure : Myra Eljundir
Editions : Robert Laffont (collection R)
Genre : Paranormal 
Lu en : français
Nombre de pages : 442
Résumé
À 19 ans, Kaleb Helgusson se découvre empathe : il se connecte à vos émotions pour vous manipuler. Il vous connaît mieux que vous-mêmes. Et cela le rend irrésistible. Terriblement dangereux. Parce qu’on ne peut s’empêcher de l’aimer. À la folie. À la mort.
Sachez que ce qu’il vous fera, il n’en sera pas désolé. Ce don qu’il tient d’une lignée islandaise millénaire le grise. Même traqué comme une bête, il en veut toujours plus. Jusqu’au jour ou sa propre puissance le dépasse et ou tout bascule… Mais que peut-on contre le volcan qui vient de se réveiller ?

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Kaleb a 19 ans, un père dont il s'éloigne, une mère islandaise morte à sa naissance, un charisme indéniable, et une force indescriptible qui couve en lui.
Il suffit d'une étincelle pour que son don fascinant, unique et dangereux se dévoile.
Un pouvoir grâce auquel le premier venu serait à sa merci.
Mais aussi une arme à double tranchant, qu'il est le seul à pouvoir choisir comment manipuler.  
Il peut s'employer à accomplir le bien.
Ou bien verser vers le gouffre opposé, qui lui parle et l'attire tant. 

Kaleb démarre lentement, avec une plume si simple qu'elle en est presque dépouillée, et une histoire qui paraît à se rouler par terre de banalité, à savoir le jeune et beau héros qui se découvre des pouvoirs surnaturels, les maîtrise en un rien de temps car "son don est exceptionnel et plus puissant que ce que nul n'aurait pu imaginer", et se questionne sur l'usage qu'il va pouvoir faire de ces nouvelles facultés. Les clichés sont nombreux : relation conflictuelle avec le père, beau gosse bilingue et ténébreux qui enchaîne les conquêtes, et coup de foudre immédiat qui donne lieu à une relation tout sauf crédible. Pour être honnête, j'en avais presque envie de reposer le livre et de passer à autre chose. J'ai néanmoins continué à progresser dans ma lecture, d'une part grâce à l'écriture qui à défaut d'être originale, restait très fluide, et d'autre part parce que je suis une guerrière. 

Et bien m'en a pris, car la suite s'avère des plus... particulières.

En effet, le roman s'étoffe au fur et à mesure qu'il développe une mythologie tout à fait originale, en y incorporant notamment toute une dimension morale. La question n'est pas tant de savoir ce que peut faire Kaleb de ce qu'il veut faire. Progressivement, tout un ensemble de personnages affirmés se dessine, des enjeux se mettent en place, des questions sont posées, d'autres résolues, et une fois la seconde moitié du roman entamée, il devient impossible d'interrompre sa lecture. Même le style de l'auteure gagne en richesse, avec un vocabulaire évocateur et un rythme bien construit. 

Mais ce qui marque surtout dans Kaleb, c'est la grande noirceur qui le caractérise, et le malaise profond dans lequel il plonge intentionnellement le lecteur. Le roman ne prend pas de gants et va au bout de ce qu'il entreprend, n'hésitant pas à décrire des scènes d'une rare violence, entre torture physique et émotionnelle, manipulation, brutalité, mais toujours dans un but, que ce soit de faire évoluer le héros ou de poser les grands dilemmes moraux qui marqueront la saga. Très vite, le lecteur se sent tiraillé entre les personnages, car aucun n'est foncièrement bon ou mauvais : c'est la fameuse zone grise. On se surprend soi-même à se délecter des crimes commis les uns et les autres, à se prendre d'intérêt pour la façon dont on peut tomber dans le "côté obscur". 

Le roman n'est donc pas exempt de défauts, notamment en ce qui concerne sa romance très superflue ou encore son écriture parfois un peu impersonnelle, mais il gagne des points grâce au travail fourni sur ses protagonistes, sur ses enjeux, sur son action. C'est un récit absolument divertissant, très dérangeant et indéniablement satisfaisant. Kaleb reste donc, malgré son début laborieux, une lecture assez hors-normes, dont on ne sait pas vraiment quoi faire une fois qu'on la referme - et c'est le but ! Une histoire prometteuse qui questionne les limites du personnage, et pourquoi pas aussi celles du lecteur, et dont la suite a intérêt à être à la hauteur de tous les espoirs que laissent présager les derniers chapitres ! En espérant que l'auteure parvienne à se détacher de certains poncifs et d'améliorer encore son rythme pour éviter de tourner en rond comme c'est encore parfois le cas ici...

samedi 23 décembre 2017

Heartless de Marissa Meyer - Chronique n°389

Titre : Heartless
Auteure : Marissa Meyer
Genre : Réécriture | Fantasy
Editions : Fiewel & Friends
Lu en : anglais

Nombre de pages : 453
Résumé Catherine may be one of the most desired girls in Wonderland and a favorite of the unmarried King, but her interests lie elsewhere. A talented baker, she wants to open a shop and create delectable pastries. But for her mother, such a goal is unthinkable for a woman who could be a queen.



At a royal ball where Cath is expected to receive the King’s marriage proposal, she meets handsome and mysterious Jest. For the first time, she feels the pull of true attraction. At the risk of offending the King and infuriating her parents, she and Jest enter into a secret courtship.


Cath is determined to choose her own destiny. But in a land thriving with magic, madness, and monsters, fate has other plans.

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Existe également en français


Titre : Heartless

Editions : PKJ
Résumé : Catherine a beau être l'une des jeunes filles les plus convoitées du Pays des Merveilles et la favorite du Roi, qui ferait bien d'elle son épouse, elle a d'autres intérêts. Pâtissière de génie, elle rêve d'ouvrir son propre magasin pour y confectionner de délicieuses créations. Mais aux yeux de sa mère, un tel destin est impensable pour une femme qui pourrait être reine. 

Au cours d'un bal royal où Catherine devrait selon toute attente recevoir une demande en mariage de la part du Roi, la jeune fille rencontre le beau et mystérieux Jest. Pour la première fois, elle se sent véritablement par quelqu'un. Au risque de faire outrage au Roi et de rendre ses parents furieux, elle et Jest commencent à se voir de plus en plus régulièrement. 

Cath est résolue à choisir et suivre sa propre voie. Mais dans un lieu regorgeant de magie, de folie et de monstres, le destin lui réserve un sort bien différent...

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Marissa Meyer is a master at retelling stories we all know, but at the same time at making us feel like it is the first time we discover them.
She knows how to create the perfect balance between borrowing elements from the original tale, while adding an incredibly creative range of innovations to her novel, and as a result, the whole book feels both delightedly familiar and absolutely new. 


She takes for granted the fact that her readers already know the most important features of Wonderland, but nevertheless takes time to build her own original world and her own personal characters. 

This is definitely a slow-paced and character-driven novel, at least until the very last chapters. Marissa Meyer focuses on drawing a complex and elaborated portrait of her heroine, making it a hardship for the reader not to feel too close to Cath. 
Because as adorable and innocent as she seems, we know the fatal ending is inevitable. We can already distinguish from the very beginning the still discreet features of her personality that will, in the end, make it possible for her new nature to emerge. 

You will not be able to put this book down as soon as you will open it, thanks to the exquisite writing of the author, full of evocative descriptions of places, peoples, gowns and pastries - just a piece of advise: don't read this book with an empty stomach. You will thank me later. 
Heartless is a highly entertaining novel, that confirms Meyer's improvement in her writing and her story-building with time. I can't recommend it enough to you if you're looking forward to discovering a fascinating but also disturbing world, whose carelessness and frivolity always threatens to become recklessness and even pure madness, whose protagonists are always on the edge of something greater, something darker, something fiercer.  

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Impossible de passer à côté du moindre livre de Marissa Meyer, qui nous a enchantés avec sa saga des Chroniques Lunaires, des réécritures de contes de fées dans un univers de science-fiction époustouflant, et propose ici de réinventer l'univers d'Alice au Pays des Merveilles pour imaginer les origines de la terrifiante Reine de Coeur. 

Et croyez-le ou non, mais la femme sans cœur et assoiffée de sang que l'on retrouve dans les ouvrages de Carroll et leurs adaptations nous est ici présentée comme une jeune fille insouciante, pleine de fraîcheur et surtout passionnée de pâtisserie. 


L'auteure parvient à trouver, comme à chaque fois dans ses réécritures, l'équilibre parfait entre réinvestissement des éléments du conte et innovations personnelles. Dans Heartless, l'auteure considère, et à juste titre étant donnée la popularité de cette histoire, que son public est déjà familiarisé aux traits les plus connus de cet univers, et ne perd pas de temps à disséquer la moindre caractéristique du Pays des Merveilles. Cela ne signifie pas cependant qu'elle n'accorde pas de soin à bien construire son environnement d'écriture, bien au contraire ! Elle incorpore avec soin de nombreux ajouts à l'histoire d'origine, et la trame principale du roman en elle-même est complètement inédite. Le rythme est assez lent, et consacré pour une majeure partie, notamment dans la première moitié, à un étoffement de l'environnement du Royaume de Coeur, à la présentation de Catherine, à l'exposition de ses dilemmes. Heartless est tout sauf un déferlement d'action, mais bien un roman porté par son personnage principal, qui prend son temps pour développer de multiples enjeux, descriptions et réflexions... avant d'offrir un dénouement pour le moins mouvementé, et  même retournant ! 


Ce n'est pas une simple copie de l'histoire de base avec quelques anachronismes pour tromper son monde, au contraire, c'est un récit à part entière, qui ravira autant les néophytes que les familiers de l'univers du Pays des Merveilles. On retrouve cet esprit de folie douce, mais aussi dangereuse, propre au récit de Carroll, cet équilibre fragile entre insouciance et inconscience, à la fois enthousiasmant et empreint de malaise. 

On ne peut être que délecté par la plume de l'auteure, qui parvient à rendre compte des moindres détails des décors, tenues, sensations et autres de ses personnages, à travers des descriptions riches et évocatrices. 
Un simple avertissement : les passages consacrés aux pâtisseries de Cath sont à se rouler par terre. Votre estomac ne s'en remettra pas. 
Les relations entre personnages sont décrites avec soin, et les éléments de romance, bien que prévisibles au premier abord, s'éloignent plutôt bien des sentiers battus. Le tout forme un divertissement de qualité, bien rythmé, bien écrit, un peu lent pour certains peut-être, mais impossible à reposer et surtout, qui joue diaboliquement avec les nerfs de ces lecteurs. 

On ne peut s'empêcher de s'attacher à Catherine et même de la soutenir, tout en sachant très bien que l'issue fatale du roman est inéluctable, et qu'aussi enthousiaste et innocente que l'héroïne paraisse, le titre est bien là pour nous rappeler la funeste personnalité qu'elle endossera bientôt. Sa descente aux enfers est très subtile, bien menée, et aussi captivante qu'effroyable. On sent dès le départ les quelques traits de caractère subtils et encore inoffensifs qui pousseront Cath à devenir par la suite le cœur de pierre que l'on connaît. Mais je vous mets au défi de ne pas vous surprendre à souhaiter un dénouement heureux. 

Navrée. 

Mais ce n'est pas ainsi que les choses se passent au Royaume de Cœur. 




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Je viens de voir qu'ils avaient traduit le nom de Jest par "Badin" en français.
Alors oui, "jest" veut bien dire taquinerie, badinerie, plaisanterie.

Mais faire croire que le nom Badin peut être porteur de charme et de mystère, c'est hélas peine perdue.
Badin.