La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mardi 19 septembre 2017

La Gloire des Maudits de Nicolas d'Estienne d'Ovres - Chronique n°371

Titre : La Gloire des Maudits
Auteur : Nicolas d'Estienne d'Ovres
Genre : Historique
Editions : Albin Michel
Lu en : français
Nombre de pages : 528
Résumé : Fille d’un collaborateur exécuté sous ses yeux à la Libération, Gabrielle Valoria doit écrire la première biographie de Sidonie Porel. Mais qui est vraiment Sidonie Porel ? La plus célèbre romancière de son époque ou une imposture littéraire ? Une grande amoureuse ou une manipulatrice ?
En plongeant dans le passé de cette femme qu’elle craint et qu’elle admire, Gabrielle découvre un univers où grouillent les menteurs et les traîtres. Écrivains, politiciens, journalistes, prostituées, grands patrons : tous cachent bien leur jeu...

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Encore un roman dont j'ignorais tout et auquel je n'ai pour une raison mystérieuse pas pu résister.
Reader knows best.


La Gloire des Maudits est une plongée dans le Paris des années 50, dix ans après la Libération, dans une ville dont les cicatrices externes de l'Occupation ont disparu... Mais encore rongée par le doute, le remords, la vengeance. Anciens résistants et collabos se méprisent dans le silence, et la vie se déroule dans une hypocrisie souvent des plus glaçantes.

Gabrielle, elle, s'occupe de son frère, n'aspirant finalement à pas grand-chose de plus que de se faire oublier. Pour elle, la Libération est aussi synonyme d'humiliation, de mort, de traumatisme, le souvenir de son père exécuté sous ses yeux pour avoir collaboré.
Gabrielle se reconstruit petit à petit, jusqu'à recevoir de mystérieux courriers... et se voir confier la responsabilité d'écrire la biographie de l'idole littéraire absolue du moment, Sidonie Porel, présidente du jury du Goncourt, acclamée par la critique comme par le public. Mais cette tâche en apparence anodine entraîne bientôt Gabrielle au coeur d'intrigues peu reluisantes...

La Gloire des Maudits réussit ce que tout roman historique tend à faire : allier la richesse historique à l'intensité d'une intrigue et au charisme de personnages centraux. Ici, c'est bien simple, on vit au rythme des investigations de Gabrielle, on ressent sa fascination pour Porel, l'écrivain prodige, on explore le Paris de l'après-guerre. 
Le contexte choisi par l'auteur est exploité d'une façon passionnante : on s'intéresse aussi bien aux petits détails pittoresques qu'aux grands troubles moraux de cette ville encore sclérosée après une Occupation qui l'a profondément divisée. Ces petits riens tout autant que ces tendances générales s'entremêlent pour donner un tableau aussi convaincant qu'immersif, pour une lecture qui s'engloutit avec délices. 

Le roman déroule en effet son enquête à un rythme parfaitement dosé, entre errances, doutes, révélations et retournements de situation. On navigue avec aisance entre les époques, les hypothèses, les atmosphères : car c'est bien sur ce dernier point que l'auteur concentre tout son art. Il sera difficile d'attester du réalisme de ce qu'il décrit, puisque cette époque s'est déjà envolée, mais le résultat est en tout cas absolument saisissant. Soupçons, hypocrisie, douleur et secrets, voici la sombre toile de fond que Nicolas d'Estienne dOvres offre à son Paris d'après-guerre... Tout en laissant aussi à voir la reconstruction, l'espoir, le boom économique. 

L'auteur prend des partis pris certains, jouant avec ses personnages et les nerfs de ses lecteurs, et maîtrisant ses effets de suspense. Certains pourront regretter le choix audacieux mais peut-être un peu trop explicite qu'a fait l'auteur avec son prologue - si ça ne tenait qu'à moi, je recommanderais d'éviter de lire cette fameuse première page et sa coupure de presse !

La Gloire des Maudits est donc un roman qui tient toutes ses promesses et les dépasse même sans doute, entremêlant reconstitution historique, plongée dans l'effervescence du milieu littéraire des années 50, et enquête multigénérationnelle de longue haleine. On savoure ces quelques centaines de pages en compagnie d'une héroïne forte et indépendante qui parvient à mener sa barque dans un environnement hostile, on se laisse tomber sous le charme indescriptible de la personnalité magnétique de Sidonie Porel, on est saisi d'horreur comme d'enthousiasme grâce aux mots de l'auteur. Une lecture fluide et convaincante, même si encore une fois... pourquoi ce prologue

*part pleurer dans un coin*

(Enfin bon. Lisez quand même ce livre)






samedi 16 septembre 2017

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain - Chronique n°370

Titre : Ils vont tuer Robert Kennedy
Auteur : Marc Dugain
Genre : Contemporain | Historique
Editions : Gallimard (collection Blanche)
Lu en : français
Nombre de pages : 400
Résumé : Un professeur d'histoire contemporaine de l'université de Colombie-Britannique est persuadé que la mort successive de ses deux parents en 1967 et 1968 est liée à l'assassinat de Robert Kennedy. Le roman déroule en parallèle l'enquête sur son père, psychiatre renommé, spécialiste de l'hypnose, qui a quitté précipitamment la France avec sa mère à la fin des années quarante pour rejoindre le Canada et le parcours de Robert Kennedy. Celui-ci s'enfonce dans la dépression après l'assassinat de son frère John, avant de se décider à reprendre le flambeau familial pour l'élection présidentielle de 1968, sachant que cela le conduit à une mort inévitable. Ces deux histoires intimement liées sont prétexte à revisiter l'histoire des États-Unis des années soixante. Contre-culture et violence politique dominent cette période pourtant porteuse d'espoir pour une génération dont on comprend comment et par qui elle a été sacrifiée.

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Robert Kennedy a été assassiné en 1968, le soir de sa victoire aux primaires démocrates de Californie. 
Sa mort fait suite à celle de son frère aîné, John Fitzgerald Kennedy, tué à Dallas en 63. 

Voici les faits.
Mais le narrateur de ce roman ne va pas en rester là. 

Mark O'Dugain - toute ressemblance avec une personne réelle est purement fortuite... n'est-ce pas ? - ne se satisfait pas de l'acception commune, qui veut que ces meurtres soient le fruit des pulsions de déséquilibrés.
Pour lui, ces coups de feu assourdissant détournent l'attention d'une vérité bien plus noire, plus grande, plus choquante.
Et surtout, pour cet orphelin qui a vu ses parents mourir à un an d'intervalle dans des circonstances traumatisantes, le destin des Kennedy est étroitement lié à celui de sa famille.

Qu'importe que l'on fasse la sourde oreille à ses intuitions, qu'importe que personne ne daigne s'intéresser aux thèses du professeur O'Dugain. Lui est convaincu de la pertinence de ce qu'il devine, et entreprend de se lancer sur les traces des frères Kennedy dans la tourmente des années 60. 

C'est une décennie effrénée dans laquelle il se plonge, entre boom économique, Guerre Froide, transformations sociales, jeunesse rebelle et ambitions politiques insatiables. Jack et Bobby Kennedy en font les frais, chacun leur tour, et c'est désormais à O'Dugain qu'il revient d'expliquer pourquoi et comment.

Le roman entraîne son lecteur dans une spirale complotiste d'autant plus fascinante que sa cohérence et sa logique sont inébranlables. Les chapitres dédiés aux Kennedy alternent avec ceux consacrés à la vie personnelle du narrateur, assoiffé de vérité historique autant que de revanche personnelle. C'est un tourbillon de secrets et de manipulations qu'il découvre, de non-dits et de censure. Dugain - le vrai, cette fois - joue avec cruauté et sagacité avec les nerfs du lecteur, créant sa frustration et anticipant ses intuitions. Rien n'est jamais là où on le croit, rien ne tourne comme prévu dans le paysage noir que l'auteur entreprend de décrire.

Rien de grossier ou de ridicule cependant : le narrateur ne jette pas en l'air des théories fumeuses sans explication, bien au contraire. Avec une rigueur méthodique, il décortique, expose, tisse des liens cohérents, jusqu'à ce que l'on ne puisse plus échapper à ce qui apparaît comme une vérité irréfutable. On s'immisce dans cette double enquête avec une curiosité qui se fait progressivement malsaine, alors que les faits se font de plus en plus scandaleux. 

Les niveaux de narration se confondent bientôt, l'écriture se fait frénétique, les esprits s'emmêlent et l'on ne sait plus de quoi répondre. Paranoïa, génie, folie, les frontières deviennent poreuses et le doute s'immisce dans la moindre affirmation, jusqu'à un final retentissant à la suite duquel on repose le roman sonné, hébété, perdu. La confusion succède à la conviction, l'intérêt au repoussement, et vice-versa.

C'est un roman étonnant et captivant qu'offre Marc Dugain en cette rentrée littéraire, très particulier à tous égards et qui repoussera peut-être les plus cartésiens, mais qui offre une expérience intellectuelle inédite ! Un texte qui pose une multitude de questions sans y fournir de réponses définitive, un regard introspectif sur toute une génération, une porte ouverte à des remises en question bien plus globales... Un vertige littéraire dont il vous sera difficile de vous remettre ! 

mardi 12 septembre 2017

[INITIATIVE] Parution en kiosques du magazine L'Petit Mardi !

Mesdames et messieurs, 

Vous ne pourrez pas y échapper aujourd'hui : ce mardi marque la parution en kiosques du premier numéro papier du magazine L'Petit Mardi ? 

Tu es bien gentille, Capucine, me direz-vous - et je vous en remercie -, mais qu'est-ce que c'est, ton truc ? 

Tout simplement un magazine culturel complètement pensé, élaboré et rédigé par des jeunes de 16 à 19 ans, destiné à ces mêmes jeunes de 16 à 19 ans.
Pas ceux qui l'ont déjà écrit, hein. Ce serait un peu exclusif sinon.
Tous les autres. De 16 à 19 ans. 
Le but est plus que louable : éveiller la curiosité des jeunes qui ont vite fait de s'éloigner des médias classiques qui ont souvent tendance à les prendre pour des ignorants aussi naïfs que primaires. 
Mais force est de constater que c'est tout le contraire : la preuve en est avec les neuf anciens numéros déjà en ligne - vous pouvez les consulter par ici -, qui attestent aussi bien d'un ton entraînant, intelligent et intelligible que d'une grande qualité dans l'élaboration de la revue, pour un rendu pratiquement professionnel. Visuels attractifs, articles divers et variés, rédaction soignée, mais surtout, une dimension particulièrement appréciable : L'Petit Mardi tente d'ouvrir des portes culturelles, et invite ainsi ses lecteurs à aller au-delà. Les références à la pop culture se mêlent aux classiques, l'art rejoint les séries et la littérature la politique dans un savoureux mélange des genres. 
Le travail n'est pas prémâché, il ne s'agit aucunement de petits résumés simplifiés pour que les jeunes puissent "faire semblant" de connaître, mais bien de tout un éventail d'outils culturels si variés que chacun en trouvera au moins un qui lui conviendra. 
Enfin, le ton que j'évoquais plus haut est une franche réussite : il ne verse ni dans la condescendance que reçoivent souvent les adolescents, ni dans une espèce de familiarité excessive qui nuirait au professionnalisme de la revue. 

La blogueuse que je suis, en tant que fervente partisane de l'élargissement de l'accès à la culture pour tous les publics, ne peut qu'encourager cette initiative. Le magazine est disponible dès ce matin en ligne sur le site L'Petit Mardi, et en kiosques pour la modique somme de 0,90€  ! N'hésitez pas à soutenir cette entreprise aussi enthousiasmante qu'innovante, qui prouve d'ailleurs que notre jeunesse est loin d'être végétative ou indifférente à son monde, mais cherche au contraire à réinventer les moyens de communiquer, de partager, de créer.

Sur ce, à très vite ! 

dimanche 10 septembre 2017

Littératurpitudes [4] - Comment lire plus ?

Lire, c'est bien.

Oui, je sais, cet article commence de façon édifiante.

Et pourtant, c'est une vérité que nous nous devons de rappeler, à l'heure du débordement d'informations, du bouillonnement culturel qui a vite fait de virer aux amalgames et à la bouillie intellectuelle. Notre meilleure arme contre les débats stériles et les raccourcis dangereux, ce sont ces petits rectangles de papier, en apparence inoffensifs, qui renferment tous en leur sein d'incroyables richesses.

Tous.
Sauf Fifty Shades of Grey, cela va de soi. 

Nous savons cela, mais combien d'entre nous, malgré une véritable volonté de lire, n'y arrivent tout simplement pas ? Manque de temps, d'organisation, d'énergie, les raisons s'accumulent pour expliquer cette incapacité sincère à consacrer quelques heures de sa semaine à la littérature. 
Mais il n'y a pas de fatalité

Trois premiers conseils pour relativiser : 

1 - Il n'y a pas de compétition, pas d'enjeu. Personne ne vous méprisera en raison du peu de livres ou autres oeuvres culturelles que vous découvrez - et si on vous méprise effectivement, changez d'amis. La lecture vous profitera, à vous et vous seuls. C'est un bonus, un cadeau que vous vous faites à vous-même. De là découle le deuxième conseil :

2 - Ne vous forcez jamais à lire. C'est le meilleur moyen de vous en dégoûter à jamais. La lecture doit rester un plaisir, une stimulation spontanée. C'est bien simple : vos pires souvenirs de lecture sont probablement les romans qui vous ont été imposés à l'école ! La contrainte va rarement avec le plaisir. Si vous voulez tenter des challenges et autres défis littéraires, pourquoi pas, mais de façon souple, et ludique ! Si vous vous remettez à la lecture avec un énorme pavé indigeste, le tout en vous mettant la pression pour le terminer en une semaine, je peux vous assurer que vous courez droit à l'échec. 

Ou alors, vous êtes un mutant et je veux bien votre secret. 

3 - Lisez de tout, et selon vos envies. Encore une fois, je me répète, mais l'éclectisme littéraire est clé. Mélangez les genres, alternez classiques, BD et SF, le plaisir avant tout. La pression ne fera que vous paralyser, et si jamais on ose encore me dire qu'il y a des livres "qui ne servent à rien", je ne garantis pas de garder mon calme. A vous de découvrir ce qui vous enrichit le plus, de faire des expériences... Il y a de nombreux moyens de lire un peu de tout, notamment les bibliothèques qui sont des mines d'or pour qui n'est pas encore sûr de ses goûts.

Une fois ces trois points essentiels bien ancrés dans votre tête, vous pouvez choisir des romans pour "vous y (re)mettre", et appliquer cette nouvelle salve d'astuces beaucoup plus prosaïques mais terriblement efficaces : 

4 - Ayez toujours un livre sur vous. Cela peut paraître idiot, mais le meilleur moyen de lire est de profiter de toutes les petites occasions que votre quotidien vous offre de lire une petite dizaine, vingtaine de pages. Un trajet de métro. Une file d'attente interminable à la Poste. Un séjour prolongé en salle d'attente. Une pause déjeuner que l'on ne s'attendait pas à passer seul. Ces "temps morts" paisibles fourmillent dans votre vie, et constituent un moment idéal pour lire : ce serait trop dommage de passer à côté en jouant à Candy Crush !

NB : Je respecte beaucoup les créateurs de Candy Crush. Mais il faut à un moment ou à un autre admettre que ce jeu est un fléau pour la communication et l'échange humain.

5 - Créez-vous des rituels. C'est un fait, tout le monde se targue d'aimer l'aventure, mais en réalité, vous et moi savons parfaitement qu'il n'y a rien de meilleur que de se retrouver seul avec soi-même et ses petites habitudes réconfortantes. Que ce soit une demi-heure de lecture avant de se lever le matin, ou le soir, ou au moment du goûter, avec un thé, un chocolat, un chat - à caresser, hein. Pas à manger. Jamais - que sais-je, créez-vous un cadre idéal pour lire, un instant privilégié de la journée que vous guetterez avec impatience.

6 - Echangez ! La lecture est certes une activité solitaire, mais s'il y a bien une façon de la rendre vivante et profondément enrichissante, c'est en débattant, partageant, conseillant. Le cliché de l'intellectuel solitaire et sans amis enfermé dans sa tour d'ivoire pour y lire de vieux volumes poussiéreux est désespérément faux. Il suffit de voir toutes les discussions passionnées qui peuvent naître entre amoureux des livres... qui sont plus nombreux qu'on ne le croit !

7 - Trouvez-vous un ami qui lit beaucoup - il se murmure qu'on repère les bibliophiles à leur myopie avancée -, et parlez-lui de votre toute nouvelle démarche de lecture-plaisir-bonheur : vous verrez normalement des larmes de bonheur briller dans les yeux du bibliophile, qui s'empressera de vous donner des conseils de lecture qui vous correspondront d'autant plus que cet ami vous connaît. 

8 - Ecoutez-vous ! Commencez un livre, sautez un chapitre si vous voulez, relisez en deux, reposez-le, prenez-en un autre, amusez-vous, écoutez-vous. Jouez avec les mots, les univers, les thématiques. Savourez chaque ligne ou lisez en diagonale si tel est votre souhait, apprenez la sensation géniale que procure le fait de mettre en relation tel et tel livre, de tisser des liens entre vos découvertes... de voir émerger vos passions et vos goûts sublimés par vos lectures. 

9 - Si la panne de lecture survient, reposez le livre, ne vous forcez à rien. Faites autre chose en attendant que l'envie revienne. Relisez Harry Potter, ou autre monument de votre enfance ou adolescence. Allez voguer dans une grande librairie pleine de tentations, c'est souvent un excellent moyen de réactiver la voix du grand lecteur qui sommeille en chacun de nous ! 

10 - Demandez-vous pourquoi vous voulez lire. Bonne nouvelle, tant que ces raisons sont sincères, et que ce n'est pas par pure pression, il n'y en a pas de mauvaises ! 
Est-ce par curiosité intellectuelle ? Par volonté de se distraire, d'échapper au quotidien ? Par défi personnel ? Par envie d'enrichir son vocabulaire ou d'améliorer son orthographe, pour découvrir de nouveaux styles d'écriture ? Parce que vous aimez l'objet-livre ? Parce que vous voulez comprendre pourquoi ces extraterrestres de blogueurs et de bibliophiles sont aussi excités à propos de ces petits livres ? Foncez !

Sur ce, bonnes lectures et à très bientôt !


mercredi 6 septembre 2017

The Gentleman's Guide to Vice and Virtue de Mackenzi Lee - Chronique n°369

“We're not courting trouble," I say. "Flirting with it, at most.”

Titre : The Gentleman's Guide to Vice and Virtue
Auteure : Mackenzi Lee
Genre : Historique | YA
Editions : Katherine Tegen Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 513
Résumé : Henry “Monty” Montague was born and bred to be a gentleman, but he was never one to be tamed. The finest boarding schools in England and the constant disapproval of his father haven’t been able to curb any of his roguish passions—not for gambling halls, late nights spent with a bottle of spirits, or waking up in the arms of women or men.



But as Monty embarks on his Grand Tour of Europe, his quest for a life filled with pleasure and vice is in danger of coming to an end. Not only does his father expect him to take over the family’s estate upon his return, but Monty is also nursing an impossible crush on his best friend and traveling companion, Percy.

Still it isn’t in Monty’s nature to give up. Even with his younger sister, Felicity, in tow, he vows to make this yearlong escapade one last hedonistic hurrah and flirt with Percy from Paris to Rome. But when one of Monty’s reckless decisions turns their trip abroad into a harrowing manhunt that spans across Europe, it calls into question everything he knows, including his relationship with the boy he adores. 

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Henry "Monty" Montague a vu le jour et a été élevé tel le gentilhomme qu'il doit devenir, mais il n'a jamais été de ceux qui se laissent domestiquer. Les efforts conjugués ds pensionnats les plus prestigieux d'Angleterre et la désapprobation constante de son père n'ont pas suffi à assagir la moindre de ses passions rebelles - ni les jeux d'argents, ni les soirées bien arrosées, ni ses réveils dans les bras aussi bien de femmes que d'hommes.
Mais le départ de Monty pour son Grand Tour en Europe pourrait bien marquer le terme de sa vie de plaisirs et de vices. Son père attend tout déjà de lui qu'il prenne le domaine familial sous sa responsabilité à son retour, mais en plus de cela, Monty est désespérément tombé sous le charme de son meilleur ami et compagnon de voyage, Percy.
Mais abandonner n'est pas dans la nature de Monty. Même avec sa sœur Felicity dans ses basques, il se jure de faire de cette escapade d'un an sa dernière épopée hédoniste et de flirter avec Percy de Paris à Rome. Mais lorsque l'une des nombreuses décisions inconscientes de Monty fait de leur voyage à l'étranger une véritable chasse à l'homme qui s'étend dans toute l'Europe, tout ce qu'il croit savoir est remis en question, et même sa relation avec le garçon qu'il adore. 


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This book is hilarious.

I was told it would be so, and I feared it wouldn't be so, but all the reviews were right. This book is abso-bloody-lutely funny, as Percy would say.

If you are looking for a fresh, original, deeply entertaining while clever and well-crafted book, I have just found the perfect release for you! The Gentleman's Guide to Vice and Virtue intertwines a historical novel, a road-trip, LGBT content, an astonishing amount of exquisite humor as well as some sparkles of insolence. 

The novel begins in England, as Henry braces himself for his last year of relative freedom before a whole life of contraint under his father's surveillance, separated from his best friend and deep love-interest Percy, who is going to study law in the Netherlands. Until this terrible perspective, he has more or less twelve months in Europe's most famous cities. Although he will be accompanied by a severe chaperone, he is convinced he will find some way to make this year unforgettable.
He is right.
He will never be able to forget what is going to occur. 

The novel progresses at a exhilarating pace, from one of Henry's numerous blunders to another, with an incredibly endearing trio of main characters and a highly enjoyable writing, in perfect accordance to Henry's cynical personality. 
One might fear that a character like Henry, whose immaturity reaches unseen peaks, would become utterly unbearable or at least annoying with time, but thanks to the book's dynamics and its perpetual creativity, one never feels any sort of weariness. It is actually the opposite: as the novel goes on, you cannot but become more involved in Henry's adventures, more familiar with his humor, or more eager to discover his latest faux pas. It is absolutely thrilling being confronted with Henry's sarcasm or the aristocracy's buffoonery.

However, this novel is not only a book filled with humor, but also a real adventure story, with pirates, ambushes and hidden treasures, a tale that involves some truly interesting topics, although taboo back in the XVIIIth century, such as Henry's bisexuality, girl's education, or racism, to mention just a few. Of course, this is not a History memoir, but it offers some perspectives in a very clever way. 

As a conclusion, if you are craving for a sweet but not naive, entertaining but not stupid, and packed with action and deeply surprising story, don't hesitate anymore and dive into this book, whose lightness and lack of reverence will without a doubt charm you!

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On m'avait dit que ce livre était hilarant.
J'ai eu peur d'être le seul individu sur Terre à ne pas le trouver hilarant. 

Et bon sang, il est bel et bien hilarant. 

The Gentleman's Guide to Vice and Virtue est le récit du Grand Tour de Henry Montague, aristocrate britannique qui se prépare, comme tout gentilhomme bien né de l'époque, à passer un an à naviguer entre les plus grandes villes de l'Europe occidentale. La tradition veut qu'un tel voyage constitue un moment d'ouverture pour le futur noble, et surtout l'occasion parfaite de nouer des relations fructueuses avec les grands de ce monde. 

Mais il n'en sera pas ainsi pour Henry Montague, sans aucun doute l'adolescent le plus irrévérencieux et provocateur de toute la Grande-Bretagne.
Fraîchement expulsé d'un prestigieux pensionnat, Henry ne voit cette année que comme son ultime fenêtre de liberté avant une vie d'ennui sous le joug de son père tyrannique, et surtout comme les tous derniers instants qu'il pourra partager avec son meilleur ami, compagnon de toujours et pourquoi-pas-un-peu-plus-que-cela-si-seulement-c'était-possible Percy. Percy, dont Henry est en effet complètement fou amoureux, s'apprête à étudier le droit loin de lui, en Hollande, et Henry entend donc profiter comme il se doit de ce périple qui s'annonce, malgré la présence intempestive d'un austère chaperon, et un programme aussi ennuyeux que la conversation de son géniteur. 


Rien ne se déroulera comme son père l'a prévu, tel est le souhait d'Henry.
Et en effet. Rien, mais rien, ne se déroulera comme prévu. 

Le livre est en effet toute une odyssée improbable passionnante, rythmée par les innombrables gaffes de Henry et scandée par sa narration au sarcasme permanent. De ville en ville, la situation de Percy et Henry, accompagnés de Felicity, la petite sœur de Henry, ne fait qu'empirer, pour donner lieu à des aventures aussi imprévisibles que jouissives pour un lecteur qui ne peut plus s'empêcher de tourner les pages. Loin de se limiter à un simple récit de voyage, l'auteure livre ainsi toute une aventure fantasque mais pas brouillonne, dont l'on suit les rebondissements avec un véritable plaisir.

Aucune forme de lassitude n'est au programme : le rythme enlevé et frais de l'histoire parvient à rendre ces 500 pages aussi fluides qu'agréables, sans le moindre temps mort et surtout sans de "phénomène de trop-plein". On pourrait redouter qu'avec un personnage aussi immature et fantaisiste que Henry, ou des événements aussi rocambolesques, le roman ne devienne grotesque et répétitif, mais loin s'en faut : lorsque l'histoire s'achève, on n'hésite qu'entre le ravissement d'un final tout aussi réjouissant que le reste de l'intrigue et la frustration d'avoir déjà terminé cette petite pépite d'humour et de fraîcheur. 

N'hésitez donc pas à découvrir cette palpitante parenthèse de créativité qu'est The Gentleman's Guide to Vice and Virtue, roman insolent et inventif, au contexte historique d'autant plus entraînant que l'auteure en joue et y incorpore des thématiques taboues à l'époque, comme le racisme, la bisexualité, l'éducation de la femme et bien d'autres. Le niveau d'anglais est tout à fait abordable, et une fois que vous vous serez familiarisé avec les quelques mots de vocabulaire liés au XVIIIème siècle comme "clavecin" ou "chausses", aucun obstacle ne saura empêcher votre compréhension du texte ! 
Ce roman décapant recèle une multitude de surprises que je ne saurais vous dévoiler, et saura à n'en pas douter vous faire passer de l'affection pour ses personnages à la surprise ou à l'effroi, le tout en vous faisant rire à gorge déployée. Du moins, sourire franchement. Voire pouffer. Ou plus si affinités. 

                              ★

samedi 2 septembre 2017

Bilan du mois [Août 2017]

Bonjour à tous !

Septembre arrive, la rentrée est déjà passée pour moi - oui, rentrer le 28 août peut légitimement être qualifié de crime -, et... c'est formidablement génial. Je commence des études qui m'enthousiasment réellement, et j'espère que vous profiterez indirectement de toute cette énergie positive avec des articles que je tente de rendre toujours plus complets et intéressants.

Voici donc mon bilan du mois d'août, avec 10 romans lus dont 7 en anglais, sans doute mon meilleur ratio VO depuis la création du blog ! 

Le coup de coeur du mois...
Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain : un roman complexe à l'atmosphère riche et pleine de tension, entre biographie, théorie du complot et enquête policière... On en reparle très vite !

J'ai adoré...
Les Garçons de l'Ete de Rebecca Lighieri : pratiquement un coup de coeur pour ce roman sombre, tortueux, passionnel, passionné et passionnant, aux confins de la nature humaine... tout en se déroulant au sein d'une seule famille. 
The Unseen World de Liz Moore - VO : le récit vibrant et sensible de la quête d'une jeune fille sur les traces de son père, navigant entre les époques, et ouvrant à de merveilleuses perspectives, aussi bien humaines que technologiques ! 
The Gentleman's Guide to Vice and Virtue de Mackenzi Lee - VO : un roman hilarant et surtout comme vous n'en avez encore jamais lu, jouant avec le cadre du Grand Tour au XVIIIème siècle pour livrer une véritable épopée aussi déjantée qu'entraînante ! 
The Hours de Michael Cunningham - VO : un roman dont j'avais déjà vu et adoré l'adaptation cinématographique et qui m'a tout sauf déçue. Il se dévore en une traite et bouleverse par la justesse de ses réflexions sur ses personnages et même sur la condition humaine en général.

J'ai beaucoup aimé...
Little & Lion de Brandy Colbert - VO : un joli roman au fort souci de représentativité et de diversité, ce qui fait du bien. Il cherche à aborder de nombreux sujets forts et importants comme la santé mentale, la religion ou l'identité sexuelle, et le fait dans l'ensemble avec naturel et talent.
Midnight at the Electric de Joan Lynn Anderson - VO : un roman très réflexif, avec trois récits enchâssés les uns dans les autres, qui fait voguer entre deux continents et ouvre à des perspectives philosophiques tout à fait intéressantes. 
The Handmaid's Tale de Margaret Atwood - VO : un titre que l'on voit désormais défiler partout, pour une histoire peut-être pas à la hauteur de ce que mes espoirs excessifs imaginaient, mais tout à fait terrifiante, immersive et évocatrice, surtout sous l'ère Trump !

J'ai bien aimé...
Marx et la Poupée de Maryam Madjidi : 

Une relecture débordante de passion...

Harry Potter and the Order of the Phoenix - VO : je poursuis ma relecture de la saga en anglais dans la joie et l'allégresse, avec le projet d'un article dans la veine potteresque...




mardi 29 août 2017

Marx et la Poupée de Maryam Madjidi - Chronique n°368

Titre : Marx et la Poupée
Auteure : Maryam Madjidi
Genre : Autobiographie | Contemporain
Editions : Le Nouvel Attila
Lu en : français
Nombre de pages : 202
Résumé : Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.

À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan, qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.


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Maryam est iranienne. Elle est née à Téhéran dans une famille aux idées bien éloignées de celles de la République Islamique, et suit ainsi ses parents lorsque ses derniers décident de quitter le pays pour Paris. 
Déboussolée, la petite fille mutique apprend bien vite le français, en tombe même amoureuse, au point même d'en rejeter le persan, sa langue maternelle qui constitue pour elle une attache insupportable à un pays auquel elle n'associe que souffrance. Hors de question d'être rejetée. Mais jusqu'à où s'intégrer ? Que faire de cette langue, cette vieille femme à la plainte lancinante, comme Madjidi la décrit elle-même ? 

C'est ainsi que l'auteure entraîne le lecteur dans une succession de souvenirs qui peuvent paraître chaotiques du fait de leur ordre tout sauf chronologiques, mais qui suivent en réalité une subtile progression, des souvenirs rattachés à une espèce de dualité, voire de duel entre ses deux pays, jusqu'à ceux de l'harmonie, de la cohabitation, de la sublimation de l'un par l'autre en réalité. L'écriture est simple mais poétique, esthétique, maîtrisée surtout, jouant avec tous les sens du lecteur. Rien de plus efficace en effet pour transporter quelqu'un sur des milliers de kilomètres que ces mots riches d'odeurs, de goûts et d'autres sensations. 

Voilà comment se déploie tout un réseau de questions essentielles à partir de ces faits, qui ne sont en apparence qu'anecdotes, mais s'avèrent bien plus profonds et évocateurs que les simples réminiscences d'une petite fille. Maryam Madjidi pose bien entendu la question des origines et de la construction de l'identité, voire d'une double identité, mais aussi celle de l'exil, de la construction et de l'union d'une société, des valeurs, de la culture. A travers son parcours, qui l'a vue tout d'abord taire sa culture iranienne pour embrasser la française avant d'accorder à nouveau une chance à son patrimoine natale, on ne peut qu'être frappé par des problématiques si actuelles, à l'heure où l'on entend tout et n'importe quoi sur les migrants, et surtout n'importe quoi, en fait.

Marx et la Poupée est donc un roman qui se déguste aussi vite qu'il s'implante avec force dans l'esprit du lecteur. Son écriture unique en fait pratiquement un recueil de poèmes en vers libres, dans une atmosphère particulièrement travaillée, entre nostalgie et ouverture. Une lecture douce-amère, un peu déstabilisante parfois, comme en écho à la perte de repères de la petite fille à laquelle on a demandé de donner sa poupée aux petits enfants iraniens, à la fois terriblement actuelle, historique et intemporelle, à découvrir pour peu que de tels thèmes vous intéressent ! 

                                ★

samedi 26 août 2017

The Unseen World de Liz Moore - Chronique n°347

“If a machine can convincingly imitate humanity—can persuade a human being of its kinship—then what makes it inhuman? What, after all, is human thought but a series of electrical impulses?” 

Titre : The Unseen World
Auteure : Liz Moore
Genre : Contemporain
Editions : WW Norton
Lu en : anglais
Nombre de pages : 464
Résumé : 
Ada Sibelius is raised by David, her brilliant, eccentric, socially inept single father, who directs a computer science lab in 1980s-era Boston. Home-schooled, Ada accompanies David to work every day; by twelve, she is a painfully shy prodigy. The lab begins to gain acclaim at the same time that David’s mysterious history comes into question. When his mind begins to falter, leaving Ada virtually an orphan, she is taken in by one of David’s colleagues. Soon she embarks on a mission to uncover her father’s secrets: a process that carries her from childhood to adulthood.

Ada Sibelius est élevée par David, son brillant, excentrique et socialement inadapté père célibataire, qui dirige un laboratoire informatique dans le Boston des années 80. Eduquée chez elle, Ada accompagne David au travail tous les jours: à douze ans, elle est un prodige à la timidité maladive. Le labo se construit progressivement une petite réputation, alors que le passé mystérieux de David commence à poser question. Quand la mémoire de ce dernier commence à chanceler, faisant d'Ada une quasi-orpheline avant l'heure, cette dernière est prise en charge par une des collègues de David. Très vite, elle se lance dans une mission dans le but de révéler les secrets de son père : une obsession qui la mène de l'enfance à l'âge adulte. 

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Some books let you speechless.
Some books won't even let you analyze how and why you liked them.
Some books just make you feel.

That is what The Unseen World does to one. 

Brace yourself.

Meet Ada, twelve, and her father, whom she has never called nothing but David, who live between their house and David's lab, where he studies computer science, language and Artificial Intelligence. Ada, as a home-schooled-child, spends her early years developing her outstanding cleverness, challenged by her father's multiple tasks and other riddles.
But her unusual life finds an end with David's precocious illness. As her father's memory fades away, Ada realizes the only way she might reconnect with her disappearing father would be discovering the truth about David's past, which he has always kept secret. 

But this novel is way more than a "coming-of-age" or "family secret" story.
With a deeply mature and sensitive writing, it raises deep questions about humanity, human relationships, what makes us human. The reader may find himself as lost in his life as Ada, until a beautifully-depicted ending. Everything in this book seems at its place: Ada's social-awkwardness, for instance, a metaphor for our own errances in this world. But see, I don't even want to over-analyse this book. It is a whole adventure, an indescriptible atmosphere, that you have to discover by yourself, and again, to feel for yourself. I know that might sound a bit blurry, but believe me, this book is a haunting one. And the only thing you risk by giving it a chance is emotional drowning. So don't hesitate anymore to discover such a thought-provoking and heart-wrenching story, with such endearing characters!

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Il y a des livres dont on n'a pas envie d'analyser les raisons pour lesquelles on les a aimés.
On sait qu'on a été touché. On sait qu'on est hanté par une histoire, des personnages, des lieux, des fragments de phrases. Et c'est déjà énorme.

The Unseen World puise sa force dans la relation entre Ada, une petite fille "prodige" qui manipule les mathématiques appliquées et la physique à douze ans, et David, son père célibataire qui l'élève et l'éduque depuis toujours entre leur maison et le laboratoire où il mène ses recherches sur le langage et l'intelligence artificielle. Enigmes, défis, échanges intellectuels captivants : la vie avec David est une succession de découvertes merveilleuses qui ne font que stimuler des esprits déjà brillants.
Cette vie hors du commun se voit cependant menacée lorsque la mémoire exceptionnelle de David, celle qui faisait sa fierté, celle qui servait de repère à sa fille, se voit grignotée par une maladie incurable.

Pour une Ada terrifiée par le monde extérieur à son petit cocon d'ébullition scientifique, c'est comme un abandon précoce, un lâcher dans la cage des bêtes sauvages. Il ne lui reste plus qu'une chose à laquelle s'accrocher pour maintenir un lien avec son père qui s'étiole : la piste de son passé. Quels secrets s'est-il efforcé de taire ? Quels indices a-t-il pu laisser derrière lui ? Qu'apprendra-t-elle sur elle-même dans son enquête aussi désespérée que passionnée ? 

Et ce sont ainsi plus de 450 pages qui défilent sans que l'on ne s'en rende compte, alors qu'une intrigue déjà captivante se voit renforcée par la multitude d'interrogations existentielles - mais jamais pesantes - qui se frappent une Ada sans repères. L'écriture, intimiste, douce, tout en délicatesse, ne fait que renforcer une immersion réussie, accordant encore un peu plus de crédibilité à un récit loin d'être insignifiant.
Cette enquête, ce parcours, ces peurs hantent le lecteur. Ces personnages resurgiront dans l'esprit du lecteur avec bien plus de force qu'il ne pourrait le soupçonner, car cette intrigue ne se réduit pas à la révélation d'un secret de famille. 

N'hésitez pas plus longtemps, si vous voulez tenter l'aventure d'une lecture aussi perturbante qu'intelligente et poétique, à suivre les pas d'Ada, à vous immerger dans cette histoire, plongée au coeur des sciences, de l'humanité, de cette frontière poreuse entre la réalité décevante d'Ada et ce mystérieux "unseen world", monde invisible, hors de portée. Le niveau de langue plutôt accessible ne constituera pas un obstacle pour qui dispose d'un anglais intermédiaire ou courant, et pourrait même constituer une première lecture en VO. Ne me reste désormais qu'à espérer que cette belle histoire, à la fois intimiste, émouvante et aux frontières du philosophique, touche le plus grand nombre d'entre vous !

                             ★