La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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jeudi 29 octobre 2015

Amelia de Kimberly McCreight — Chronique n°137

"— Tu étais la meilleure chose qui me soit arrivée. Tu le seras toujours." 

Titre : Amelia
Auteure : Kimberly McCreight
Genre : Realistic Fiction | Contemporain
Nombre de pages : 523
Résumé : New York. Kate élève seule sa fille de 15 ans, Amelia. Malgré un rythme professionnel soutenu, elle arrive tout de même à être à l’écoute de sa fille, une adolescente intelligente et responsable, ouverte et bien dans sa peau. Très proches, elles n’ont pas de secret l’une pour l’autre. C’est tout du moins ce que croit Kate, jusqu’à ce matin d’octobre où elle reçoit un appel de Grace Hall, le lycée d’Amelia. On lui demande de venir de toute urgence. Lorsqu’elle arrive, Kate se retrouve face à une cohorte d’ambulances et de voitures de police. Elle comprend vite qu’elle ne reverra plus jamais sa fille. Amelia a sauté du toit de l’établissement. Le désespoir laisse peu à peu place à l’incompréhension : pourquoi une adolescente en apparence si épanouie déciderait-elle de mettre fin à ses jours ? Rongée par le chagrin et la culpabilité, Kate tente d’accepter l’inacceptable jusqu’au jour où elle reçoit un SMS anonyme qui vient tout remettre en question : « Amelia n’a pas sauté. » Obsédée par cette révélation, Kate commence alors à s’immiscer dans la vie privée de sa fille et réalise bientôt qu’elle ne la connaissait pas aussi bien qu’elle le croyait. À travers les SMS, les mails d’Amelia, les réseaux sociaux, Kate va tenter de reconstruire la vie de sa fille afin de comprendre qui elle était vraiment et ce qui l’a poussée à monter sur le toit ce jour-là. Elle va devoir affronter une réalité beaucoup plus sombre que tout ce qu’elle a pu imaginer.

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Je vais vous parler d'un livre dont la simple évocation fait naître des étoiles dans mes yeux, et des papillons dans mon ventre. 
Repenser à Amelia me donne tout simplement envie de hurler d'excitation en dansant de façon complètement incontrôlée, tant il m'a passionnée et fait vibrer de la première à la dernière page.
Non, je n'ai aucun problème d'ordre psychiatrique. Je suis juste une lectrice survoltée.

Ce livre retrace les dernières semaines de la vie d'Amelia, 15 ans, qui vit seule à New York avec sa mère, une avocate surchargée de travail. Toutes deux entretiennent une relation fusionnelle et semblent n'avoir pratiquement aucun secret l'une pour l'autre, jusqu'au jour où Amelia, élève brillante et épanouie, est accusée de tricherie et saute du toit de son lycée. L'incompréhension est totale pour sa mère, Kate, qui sombre dans la dépression, avant de recevoir un SMS anonyme lui assurant qu'Amelia ne s'est pas suicidée... Kate relance alors l'enquête, cherchant désespérément à comprendre ce qu'il est véritablement arrivé à sa fille... 

En commençant ce roman, je me suis répété intérieurement : "ne commence pas à trouver Amelia sympathique. Tu sais qu'elle va mourir. Tu vas te faire du mal". Naturellement, je me suis attachée on ne peut plus solidement à ce personnage vif, intelligent et sensible. Son évolution m'a touchée, son sort m'a fendu le cœur – en toute logique –, et j'étais profondément déprimée de la quitter en refermant le roman. 
Les autres personnages, très nombreux, étaient tous intéressants à leur manière, dissimulant tous une part d'ombre et permettant souvent à l'histoire de prendre des directions inattendues. 

J'ai cependant été assez exaspérée par le langage SMS exagéré utilisé par les adolescents de ce roman... Il ne reste à mon avis plus grand-monde qui écrive des textos comme "l é nrv".  Et puis, d'un point pratique, la plupart des téléphones possèdent un correcteur automatique qui empêche ces pratiques orthographiques pour le moins douteuses.
Et tant qu'on y est, les jeunes d'aujourd'hui sont capables d'aligner trois phrases sans utiliser systématiquement des mots comme "genre" ou "grave". Dommage que cela soit le cas dans tout le roman. 

L'atmosphère de ce roman et sa tension croissante sont impressionnantes, on est pris à la gorge par cette histoire et son suspense à couper le souffle. Les rebondissements sont multiples, la plume de l'auteure très fluide, le rythme effréné.
L'auteure nous entraîne dans le passé, avec une narration du point de vue d'Amelia, ses publications Facebook, ses SMS, des articles de blogs, tissant des liens avec le présent, et la narration du point de vue de Kate. On est fasciné par ce que l'on découvre, et si le début peut paraître assez lent, il est absolument impossible de reposer Amelia une fois le premier tiers dépassé.

Le dénouement est pour le moins... spectaculaire. Si j'avais deviné certains éléments mineurs, je restais stupéfaite par la tournure que prenait les événements, à la fois dévastée et convaincue par ces derniers chapitres. Certaines questions mineures restent en suspens, mais... on survit sans en avoir la réponse. Promis.

En bref, vous l'aurez compris, je suis conquise par ce roman si prenant et terriblement angoissant. J'ai adoré les personnages, surtout Amelia, j'ai adoré l'ambiance oppressante mise en place par l'auteure, j'ai adoré la richesse de l'intrigue et la complexité de l'énigme...

Note attribuée : 9/10 : un thriller psychologique captivant qui dépeint avec justesse l'univers si cruel du lycée. Un roman coup de poing dont on ne ressort pas tout à fait indemne, que j'ai refermé avec l'impression d'avoir été pulvérisée de l'intérieur – je sais, je fais dans l'image glamour aujourd'hui.
L'auteure délivre des réflexions poignantes sur la monoparentalité, le harcèlement, l'homosexualité, la quête d'identité, le suicide, qui m'ont personnellement bouleversée. À découvrir absolument – s'armer de mouchoirs est recommandé par l'Émotive en Chef, à savoir moi-même.

mardi 27 octobre 2015

Les Clans Seekers d'Arwen Elys Dayton — Chronique n°136

Titre : Les Clans Seekers
Auteure : Arwen Elys Dayton
Genre : Fanstasy
Éditions : Robert Laffont (collection R)
Nombre de pages : 473
Résumé : Lorsque Quin Kincaid aura prêté serment, elle deviendra ce pour quoi elle s’est entraînée toute sa vie : une Seeker. Dernière de son clan, elle se doit de perpétuer la légende. Une fois initiée, Quin pourra se battre aux côtés de ses deux plus proches compagnons, Shinobu et John, pour défendre le pauvre et l’opprimé. Ensemble, ils porteront la lumière au coeur des ténèbres. Mais au cours de la nuit tant attendue de l’initiation, tout bascule. Les masques tombent et Quin découvre qu’elle a été élevée dans le mensonge. Ni sa mission, ni sa famille, ni même ses amis ne sont ce qu’elle croyait.


Il est trop tard pour faire marche arrière...
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Ce roman me tentait énormément, pour son résumé très convaincant, pour tout le bruit qu'il faisait au moment de sa parution en France, ou encore pour sa couverture. Je me suis donc empressée de l'acheter, pour le commencer très rapidement... Et après quelques dizaines de pages à peine, constater que je n'arrivais pas du tout à rentrer dans l'histoire. J'ai persévéré avec vaillance. Je n'ai jamais renoncé. Je suis allée au bout de ces 473 pages. Mais cela a été extrêmement laborieux, et je suis très loin d'être convaincue par Les Clans Seekers...

Pour commencer, l'univers créé par l'auteure m'a paru trop sombre, complexe, peu attrayant... mais surtout, j'avais l'impression d'être dans un flou total et de ne rien comprendre. L'auteure utilisait des mots créés de toutes pièces sans nous en donner la définition, n'expliquait même pas clairement le concept de Seeker, changeait assez brusquement de lieu et d'époque... Je n'étais même pas capable de situer l'époque à laquelle se déroulait cette histoire... J'avais parfois le sentiment que l'écrivain considérait toutes ses créations comme acquises, et me laissait comme une pauvre petite fille malheureuse sur le bord du chemin, ignorante et abandonnée de tous. Et je me suis donc traînée laborieusement et misérablement pendant presque deux semaines pour terminer ce roman.

Forcément, je ne comprenais rien, alors je me suis très rapidement ennuyée, d'autant plus que les personnages ne m'ont pas séduite du tout. Ils m'ont semblé trop vite brossés, presque manichéens, pas très sympathiques, et le triangle amoureux qui naît rapidement n'a pas arrangé la situation – il faut savoir que j'ai un énorme blocage avec ce genre de situation. Bon, cela doit sûrement être de la frustration de la part d'une personne qui est tout simplement jalouse de ne pas avoir deux chevaliers servants à ses pieds comme Quin, mais passons.  

Je disais donc que le début avait été particulièrement laborieux, et j'espérais que cela s'améliorerait par la suite, mais j'ai eu au contraire le sentiment que j'avais de plus en plus de mal à progresser. Ce n'était pas tant à cause de l'écriture de l'auteure, qui me semble avec du recul très fluide et adaptée à ce genre de roman, qu'à cause de mon ennui profond et de mon manque, voire absence d'intérêt pour le sort des personnages... Certains passages étaient particulièrement difficiles, je ne comprenais absolument rien, je devais revenir en arrière toutes les deux pages, je ne savais pas ce que signifiaient les termes employés... Je confesse publiquement avoir commis le crime livresque d'avoir lu les 100 dernières pages en diagonale – mais j'étais toujours emplie d'un indicible espoir d'apprécier les chapitres suivants.

Je sais, je sais, je continue à utiliser des mots non employés depuis trois siècles. Peu importe.

Je suis consciente du fait que cette critique paraît extrêmement dure, mais sachez que tout n'est pas mauvais dans ce livre, loin de là ! Les idées de base de l'auteure sont bonnes, j'ai  malheureusement eu du mal avec la façon dont elle les développait, mais ce ne sera sans doute pas le cas de tout le monde.
Je pense simplement que je n'étais pas faite pour ce livre, mais beaucoup d'autres trouveront leur bonheur avec Les Clans Seekers. Seulement, si vous avez besoin de beaucoup d'explications détaillées à propos de l'univers d'un roman pour y accrocher, et que si en plus vous avez du mal avec les triangles amoureux, vous risquez d'avoir quelques difficultés avec ce roman, au début du moins.

En bref, une histoire qui avait du potentiel, mais à laquelle je n'ai absolument pas accroché. L'univers ne m'a pas paru attrayant, et je n'y ai d'ailleurs rien compris – mais ma blondeur doit y être pour quelque chose –, les personnages m'ont laissée assez indifférente, et j'avoue m'être beaucoup ennuyée... 

Note attribuée : 3/10 : je n'aime pas donner de notes aussi basses que celle-ci, mais je reste très déçue par cette lecture, que j'ai pourtant réussi à terminer  – par perfectionnisme ou par masochisme, cela reste à déterminer. Une déception, mais un roman qui pourra sans aucun doute en convaincre d'autres, pour son univers original ou la richesse de l'intrigue imaginée par l'auteure.

lundi 26 octobre 2015

Starters de Lissa Price — Chronique n°135

"Donnez un masque à un homme et il vous dira la vérité."

Titre : Starters
Auteure : Lissa Price
Genre : Dystopie | Post-Apocalyptique
Éditions : Robert Laffont (collection R)
Résumé : Dans un futur proche : après les ravages d’un virus mortel, seules ont survécu les populations très jeunes ou très âgées : les Starters et les Enders. Réduite à la misère, la jeune Callie, du haut de ses seize ans, tente de survivre dans la rue avec son petit frère. Elle prend alors une décision inimaginable : louer son corps à un mystérieux institut scientifique, la Banque des Corps. L’esprit d’une vieille femme en prend possession pour retrouver sa jeunesse perdue. Malheureusement, rien ne se déroule comme prévu… Et Callie réalise bientôt que son corps n’a été loué que dans un seul but : exécuter un sinistre plan qu’elle devra contrecarrer à tout prix !

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J'avais entendu parler de ce roman à de très nombreuses reprises, toujours en de très bons termes, et il était temps que je me penche de plus près sur cette dystopie si intrigante. Ma lecture a été fulgurante, et s'il ne s'agit pas d'une lecture transcendante dont je chérirai le souvenir jusqu'à mon dernier souffle, j'ai tout de même bien apprécié cette lecture prenante et bien ficelée.

Dans un futur relativement proche, tous les êtres humains de plus de vingt ans et de moins de soixante ans ont été décimés par un virus diffusé lors de la Guerre des Spores – dont on ne sait d'ailleurs pas grand-chose, ce que je regrette. Depuis, les jeunes Starters, souvent sans famille et à la rue, et les vieux Enders qui vivent désormais jusqu'à 200 ans et plus et dont certains sont très, très riches, cohabitent plus ou moins paisiblement. Callie, 16 ans, survit tant bien que mal dans des squats, en compagnie de son petit frère Tyler et de son ami Michael. En désespoir de cause, Callie se rend à la Banque des Corps, une sinistre entreprise qui propose à des Starters, au physique de préférence avantageux, de louer leurs corps pour une durée déterminée à des Enders en quête de... rafraîchissement, disons. Un service complètement indolore dont on n'a même pas conscience et pour lequel on est fort bien rémunéré, du moins, c'est ce que l'on explique à Callie. Mais tout est loin de se dérouler comme prévu...

On rentre extrêmement facilement dans ce roman, quelques pages ont suffi à capter mon intérêt, et j'ai enfilé les chapitres compulsivement pour terminer ma lecture d'une traite, sans me lasser ! L'auteure sait très bien où elle va et enchaîne les événements au bon rythme, avec quelques rebondissements intéressants et révélations auxquelles je ne m'attendais pas toujours. Son écriture est simple, fluide, les décors se succèdent, les personnages sont nombreux et variés... Le tout fonctionne, on est happé par l'histoire !
Callie est par ailleurs une héroïne très sympathique pour laquelle il est plutôt facile de se prendre d'amitié, même si elle reste assez lisse – trop ? 

Par contre, je suis très loin d'être convaincue par la romance – comprenez qu'elle me donne une envie irrépressible de me frapper la tête contre un mur. À plusieurs reprises.
Je suis avant tout horripilée légèrement agacée par la systématisation d'une romance dans le moindre roman s'apparentant plus ou moins à du YA ou à de la dystopie. Il semblerait que pour certains, une intrigue n'ait pas lieu d'être si elle n'est pas doublée d'une histoire d'amour ! Non, je vous le déclare, un livre peut nous intéresser sans protagonistes follement amourachés d'un spécimen séduisant. Promis.
L'histoire d'amour de Starters ne m'a donc pas passionnée, dans le sens où on la sentait venir à l'instant où on lisait le nom du spécimen séduisant mâle, et où les dialogues et scènes de duos entre les deux mignons petits amoureux m'ont plus ennuyée qu'autre chose.
Cependant, dans les toutes dernières pages, on a droit à une révélation à propos du mignon petit couple dont je ne me doutais absolument pas, dans ma grande perspicacité, et qui contrebalance mon peu d'intérêt pour la romance... 

J'ai également trouvé ce livre un peu trop... sage, trop convenu, manquant légèrement de caractère ou d'unicité. J'aurais aimé que l'auteure mette l'accent sur la cruauté des Enders, sur la violence de leur affrontement avec les Starters, sur l'horreur de la Banque des Corps, tout simplement, pour rendre son roman véritablement inoubliable et marquant... 
Starters a de très bonnes bases, une idée de départ bien trouvée, un développement judicieux, mais il manque à mon sens un peu d'intensité pour atteindre l'excellence. Il m'aurait fallu plus d'horreur, plus de violence ! 
Oui, je sais, quand je parle de cette façon, on dirait que je suis une brute assoiffée de sang. Mais je vous promets que c'est faux.

Note attribuée : 7/10 : une bonne lecture, prenante à souhait, dont j'ai hâte de découvrir la suite. Je suis en revanche mitigée par rapport à la romance, et j'aurais aimé que l'auteure aille encore plus loin, en insufflant plus de tension et d'horreur dans son livre, pour le faire sortir quelque peu des sentiers battus.

vendredi 23 octobre 2015

L'Élite de Joëlle Charbonneau — Chronique n°134

"Je ne suis plus si certaine de vouloir devenir une dirigeante de la Communauté Unifiée. Pas s'il s'avère que le meurtre est une valeur plus estimés que la compassion."

Titre : L'Élite tome 1
Auteure : Joëlle Charbonneau
Genre : Dystopie | Post-apocalyptique
Éditions : Milan (collection Macadam)
Nombre de pages : 313
Résumé : La Terre ne ressemble plus à la planète sur laquelle nous vivons. Les Sept Guerres en ont détruit la quasi-totalité et les hommes essaient de la reconstruire. C’est dans cet environnement que vivent Cia et sa famille. A 16 ans, la majorité des adolescents doit trouver un travail. Les autres, l’Élite de la Communauté, sont choisis pour le Testing. L’épreuve suprême. Un test ultime qui promet l’entrée à l’université pour les gagnants. Ou plutôt pour les survivants… Cia a été choisie. Et elle va rapidement comprendre qu’elle ne peut faire confiance à personne.

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J'avais envie de découvrir une bonne petite dystopie comme je les aime, avec l'espoir ténu de trouver un livre qui sorte du lot – et au vu du nombre de dystopies YA qui pullulent en ce moment, c'était loin d'être gagné.
Ténu : mot non employé depuis l'an de grâce 1791.
Pulluler : verbe non employé depuis l'an de grâce 1873. 
Je sais.
J'ai dévoré L'Élite en l'espace de quelques heures seulement, complètement captivée par l'histoire, bien qu'elle ne soit pas spécialement novatrice. 

L'histoire m'a au premier abord beaucoup fait penser à Red Rising de Pierce Brown, une autre dystopie pour laquelle j'avais eu un coup de cœur intersidéral ; en effet, dans ces deux romans, les adolescents les plus prometteurs de leur génération sont testés, lors d'épreuves qui s'avèrent terriblement dangereuses, voire mortelles... Cependant, je n'ai absolument pas eu l'impression de lire une pâle copie de ce roman, ou d'Hunger Games, même si un certain nombre d'éléments sont semblables.

À la suite de sept grandes périodes de guerre, la population mondiale a été drastiquement diminuée, et les quelques centaines de milliers de survivants se sont regroupés dans diverses colonies, sur les ruines des États-Unis. Cia, 16 ans, a été sélectionnée pour passer le Test, une suite d'épreuves dont personne ne connaît la teneur, pas même les anciens candidats, dont les souvenirs du Test ont été effacés. Elle embarque pour la capitale, et passe déjà les premiers examens... mais elle réalise bientôt que cette compétition est bien plus cruelle qu'elle ne le pensait.
Alors non, il ne s'agit pas de l'histoire la plus novatrice que vous aurez jamais l'occasion de découvrir. Mais elle fonctionne extrêmement bien.

On est totalement immergé dans l'intrigue, et ce dès les tous premiers chapitres, qui captent immédiatement l'intérêt du lecteur. L'auteure fait bien attention à délivrer suffisamment d'explications à propos de l'univers de Cia pour que l'on se ne soit pas perdus, tout en conservant une part d'ombre pour pousser le lecteur à continuer à lire encore une page, et encore une...

Tout au long de ce roman, j'ai vibré, et je me suis totalement laissé emporter par ce que nous proposait l'auteure, à l'écriture très fluide et efficace. Les épreuves du Test m'ont passionnée, fait frémir d'horreur, le personnage de Cia, bien qu'un peu trop parfait pour être totalement crédible, m'a beaucoup plu, et je n'ai tout simplement pas pu reposer mon livre avant d'avoir atteint la dernière page. La fin a achevé de me convaincre, avec un choix de l'auteure très intéressant, et un dernier paragraphe qui donne envie de se jeter sur la suite !

Je regrette simplement le manque de profondeur de certains personnages, qui m'ont semblé assez plats et pas aussi attachants que je l'aurais souhaité. Ainsi, j'ai notamment eu du mal à me préoccuper du sort de Tomas, un personnage qui me laissait en vérité assez indifférente. En revanche, d'autres personnages secondaires plus ambigus, comme Will, m'ont beaucoup intriguée, et j'ai hâte de les retrouver dans le tome suivant...
Et pour ce qui est de la romance, qui semble être devenu un élément obligatoire de toutes les dystopies YA... J'ai beaucoup apprécié les débuts de cette histoire d'amour, que l'on devinait mais qui n'était ni forcée ni trop évidente, même si elle perdait quelque peu par la suite de sa saveur et de son unicité.

En bref, une dystopie convaincante, un roman addictif qui, s'il ne figure pas dans mon palmarès des meilleurs livres de tous les temps, m'a tout de même fait passer un excellent moment, grâce à de nombreux rebondissements et à un univers captivant ! J'espère cependant que l'auteure ne sombrera pas dans la facilité par la suite,  et qu'elle saura se démarquer encore plus des autres romans du même genre, en évitant de suivre le schéma désormais classique de la dystopie YA type : l'épreuve imposée par un gouvernement totalitaire, suivie de la lente prise de conscience du héros et enfin de sa rébellion.
À découvrir ! 
Note attribuée : 8,5/10

jeudi 22 octobre 2015

All the Bright Places de Jennifer Niven — Chronique n°133

“The thing I realize is, that it's not what you take, it's what you leave.” 

“The problem with people is they forget that most of the time it's the small things that count.” 

“It's my experience that people are a lot more sympathetic if they can see you hurting, and for the millionth time in my life I wish for measles or smallpox or some other easily understood disease just to make it easier on me and also on them.” 

Titre : All the Bright Places
Auteure : Jennifer Niven
Genre : Contemporain | Realistic Fiction
Nombre de pages : 378
Éditions : Knopf
Résumé : Theodore Finch is fascinated by death, and he constantly thinks of ways he might kill himself. But each time, something good, no matter how small, stops him.
 
Violet Markey lives for the future, counting the days until graduation, when she can escape her Indiana town and her aching grief in the wake of her sister’s recent death.
 
When Finch and Violet meet on the ledge of the bell tower at school, it’s unclear who saves whom. And when they pair up on a project to discover the “natural wonders” of their state, both Finch and Violet make more important discoveries: It’s only with Violet that Finch can be himself—a weird, funny, live-out-loud guy who’s not such a freak after all. And it’s only with Finch that Violet can forget to count away the days and start living them. But as Violet’s world grows, Finch’s begins to shrink.

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Existe également en français

Titre : Tous nos Jours Parfaits
Éditions : Gallimard Jeunesse
Résumé : Quand Violet et Finch se rencontrent, ils sont au bord du vide, en haut du clocher du lycée, décidés à en finir avec la vie.
Finch est la "bête curieuse" de l'école. Il oscille entre les périodes d'accablement, dominées par des idées morbides et les phases "d'éveil" où il déborde d'énergie. De son côté, Violet avait tout pour elle. Mais neuf mois plus tôt, sa sœur adorée est morte dans un accident de voiture. La survivante a perdu pied, s'est isolée et s'est laissée submerger par la culpabilité.
Pour Violet et Finch, c'est le début d'une histoire d'amour bouleversante: l'histoire d'une fille qui réapprend à vivre avec un garçon qui veut mourir.

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En commençant ce roman, j'avais très peur d'être déçue. Il avait en effet eu un tel retentissement sur la blogosphère et suscité tellement de critiques dithyrambiques que je m'attendais à quelque chose de tout simplement exceptionnel – et ce qui augmentait donc dangereusement le risque que je sois déçue.
Heureusement, je ne suis pas déçue, loin de là, et je ressors de ce roman très émue et pas tout à fait indemne...

Ce roman parle de suicide. Finch et Violet, les deux personnages principaux, ont un rapport inhabituel avec la mort. L'un pense à chaque instant à mettre fin à ses jours, l'autre est traumatisée par le décès de sa sœur et ne tient plus le coup. Tous deux se rencontrent sur le clocher de leur lycée, cherchant plus ou moins à sauter – je sais, dit comme ça, ça semble étrange. Progressivement, après avoir abandonné l'idée de se jeter du haut du bâtiment, ils apprennent à se connaître, forment bientôt un binôme pour leur cours de géographie, et partent explorer les moindres recoins de leur État...
J'ai purement et simplement adoré ces personnages si complexes, aux personnalités si travaillées et marquantes. Leur duo est fascinant, leurs dialogues dégoulinent de justesse – je sais, les images que j'utilise sont on ne peut plus glamour

On peut craindre que le roman ne devienne pesant ou dérangeant, avec une thématique et des personnages pareils. Et effectivement, je reconnais que certains passages sont difficiles, au point que poursuivre sa lecture peut parfois être éprouvant. Mais cela ne devient jamais lourd, jamais malsain. Le thème est dur, soit. Mais la façon dont il est traité est splendide.

En toute honnêteté, il ne se passe pas grand-chose dans ce roman. Le suspense est loin d'être insoutenable, on devine la fin dès les premiers chapitres, et il se passe parfois plusieurs dizaines de pages sans événement notable. Mais peu importe. Chaque chapitre a un arrière-goût unique, chaque scène est plaisante, même lorsqu'il ne se passe a priori... rien. Les personnages seuls et leur relations suffisent à retenir tout notre intérêt, et les pages se tournent bien trop vite... nous laissant désemparés face à une fin qui arrive bien plus tôt que ce que nous aurions souhaité, et qui nous brise tout simplement le cœur.

Et une dernière chose, à propos du niveau d'anglais... On m'avait demandé si ce roman était abordable en VO, la réponse est oui, puisque même une blonde comme moi a pu le déchiffrer. Je ne le recommande cependant pas pour une toute première lecture en VO... Mais si êtes plus habitué, absolument !

En bref, un roman lumineux, magnifiquement écrit, porté par deux personnages inoubliables, délivrant des messages d'une justesse et d'une profondeur saisissantes. Il aborde le thème du suicide et des maladies mentales avec beaucoup d'habileté, sans jamais sombrer dans le glauque ou le pathos. Il nous prend à la gorge, nous fait rire, peut même nous faire pleurer – mais pas moi, voyons. Ça ne me ressemble pas – et nous fait mal. 
Mais tout en justesse, beauté et poésie, hein. Pas d'inquiétude. Pas de traumatisme.

Un coup de cœur, bien sûr.

Note attribuée : 9,5/10
Et non, ce roman n'est pas Nos Étoiles Contraires et n'a pas à être assimilé systématiquement à ce roman, aussi beaux et touchants tous deux soient-ils.

dimanche 18 octobre 2015

La Rose Blanche d'Amy Ewing — Chronique n°132

"Nous ne sommes pas des objets. Nous sommes des êtres humains. À moi de faire en sorte que tout cela cesse."

Titre : Le Joyau tome 2 – La Rose Blanche
Auteure : Amy Ewing
Éditions : Robert Laffont (collection R)
Genre : Dystopie
Nombre de pages : 396

Avertissement : si vous avez eu le privilège incomparable d'avoir été doté d'une paire d'yeux fonctionnant correctement à votre naissance, vous avez pu constater qu'il s'agit du second tome du saga. Par conséquent, je vous conseille de ne pas aventurer lesdits globes oculaires sur le résumé du roman – ma chronique est cependant exempte de spoilers. Enfin, vous faites ce que vous voulez, vous restez unique décisionnaire de vos actions, et je n'ai pas la prétention de m'interposer dans une décision aussi personnelle. Sur ce, bonne lecture.

Résumé : Le Joyau, haut lieu et cœur de la Cité Solitaire, représente la vanité, la cruauté, la servitude. Après que la Duchesse du Lac l'a surprise avec Ash, le compagnon qu'elle avait loué pour sa nièce, Violet n'a plus le choix : elle doit s'enfuir sous peine d'être exécutée. 
Accompagnée de sa meilleure amie, Raven, et d'Ash, Violet laisse donc derrière elle cette vie d'esclave. Mais personne n'a dit que sortir du Joyau serait une partie de plaisir : les régimentaires les traquent sans pitié à travers les anneaux de la Cité Solitaire. Violet, pourtant, va découvrir que ses pouvoirs sont bien plus puissants que ce qu'elle avait imaginé...

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Si vous me suivez depuis quelques mois, vous connaissez peut-être mon engouement pour Le Joyau, le premier tome de la trilogie La Cité Solitaire d'Amy Ewing... J'avais instantanément adhéré à l'univers, et le seul élément à avoir empêché un coup de cœur était la romance, trop rapide et trop lourde  à mes yeux. 
Aussi, lorsque La Rose Blanche, le deuxième tome, est sorti – à savoir il y a quelques jours à peine – je suis entrée dans un état d'hystérie assez inquiétant, et ai remué ciel et terre pour tenir ce livre entre mes mains. J'ai cependant assez vite déchanté, dès la page 7 en fait, parce que je ne me souvenais globalement de rien. J'ai donc relu le premier tome avec rapidité et délices – 550 pages en une soirée, tout de même –, pour terminer le second dans la matinée suivante. 

Le tome 2 reprend donc à l'instant précis auquel se terminait le livre précédent, et l'intrigue repart donc quasi-instantanément. 
On ne peut pas dénier l'addictivité de ces livres, qui se retrouvent greffés à nos mains dès qu'on pose nos yeux sur la première ligne. Le rythme est extrêmement soutenu, les rebondissements multiples, et on passe par énormément d'émotions, par l'horreur comme par la surprise ou l'attendrissement.
Mon intérêt était cependant inégal : le premier tiers m'a moins plu que les deux suivants : il était plus répétitif, et m'aurait lassé s'il avait duré plus longtemps. Cependant, la dernière partie du roman était très convaincante, abordant des thématiques captivantes.

Violet est un personnage qui me plaît toujours autant, pour sa loyauté, sa détermination, et sa capacité à ne pas passer des pages et des pages à se lamenter sur son sort. Elle fait souvent de – grosses – erreurs, mais cela ne la rend que plus attachante.
Les compagnons de Violet sont toujours très sympathiques, ses ennemis toujours aussi abominables, et tous sont rejoints par quelques nouvelles têtes, ce qui est fort appréciable. 
Le seul qui m'avait posé problème dans Le Joyau était Ash, que j'avais trouvé creux, et qui m'avait profondément agacée. Dans ce tome-ci, l'auteure s'efforce de lui faire gagner en profondeur, et on apprend beaucoup d'éléments sur sa vie, sa famille... Il devient donc plus intéressant, même si, globalement, il ne sert pas à grand-chose. À mes yeux. Il peut éventuellement bonifier un paysage grâce à sa beauté, mais il passe tout de même trop de temps à se plaindre pour que sa présence soit appréciable.

Par ailleurs, j'ai toujours énormément de mal avec la romance, comme c'était déjà le cas dans le premier tome. Elle est ici assez plate, n'apportant pas grand-chose à l'intrigue, et surtout terriblement ennuyeuse. On ne sent pas d'étincelles, d'alchimie, aucune de ces petites choses qui rendent une romance... Ici, Ash et Violet sont ensemble, ils s'embrassent toutes les 100 pages pour confirmer que c'est l'amour fou, ont des petites disputes parce que c'est le deuxième tome d'une trilogie de dystopie et que les petites crises de couple sont un passage obligé dans les livres de ce genre, et on leur reproche d'avoir pris autant de risques à chaque chapitre. 
Et... disons que je ne suis pas survoltée par ce mignon petit couple.
Qu'est-ce que je suis acerbe. En fait, je dois être jalouse d'eux. C'est ça. De l'amertume de célibataire.

J'ai préféré le premier tome à La Rose Blanche, mais ce dernier une très bonne lecture, très différente de son prédécesseur. J'avais peur d'être très déçue, mais cela n'a heureusement pas été le cas.
L'auteure a su renouveler sa saga, en utilisant des décors, une atmosphère et des enjeux qui n'ont rien à voir. On s'intéresse ici aux mères porteuses et au pourquoi du comment de leurs pouvoirs, ce qui donne lieu à quelques passages passionnants. L'auteure met tout doucement en place les bases de son dénouement, que j'attends désormais avec ferveur ! Oui, parce que la fin réserve un splendide cliffhanger, encore pire que celui du Joyau. Vous êtes prévenus.

Et puis, cette couverture. Mes yeux pleurent de joie à sa simple vue.

Note attribuée : 8/10 : une saga toujours aussi prenante et divertissante, malgré un deuxième tome légèrement en dessous du premier, comme c'est pratiquement toujours le cas dans les trilogies dystopiques. Des personnages attachants, un rythme effréné, parfois quelques passages un peu répétitifs, mais dans l'ensemble une suite tout à fait satisfaisante ! Sans doute pas le livre de l'année, certes, mais cela reste très agréable à lire.

jeudi 15 octobre 2015

Toute la Lumière que nous ne pouvons voir d'Anthony Doerr — Chronique n°131

"— Tu sais quelle est la plus grande leçon de l'Histoire? C'est qu'elle est toujours écrite par les vainqueurs. La voilà, la leçon. Celui qui juge, c'est le vainqueur."

"Pourquoi faire de la musique, alors que le silence est tellement plus puissant ? Pourquoi faire de la lumière, alors que les ténèbres éteindront tout, inévitablement ?"


Titre : Toute la Lumière que nous ne pouvons voir
Auteur : Anthony Doerr
Éditions : Albin Michel
Genre : Historique
Nombre de pages : 610
Résumé : Marie-Laure Leblanc vit avec son père près du Muséum d’histoire naturelle de Paris où il travaille. A six ans, la petite fille devient aveugle, et son père crée alors pour elle une maquette reconstituant fidèlement leur quartier pour l’aider à s’orienter et à se déplacer. Six ans plus tard, l’Occupation nazie les pousse à trouver refuge à Saint-Malo chez l’oncle du père de Marie-Laure, un excentrique profondément marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, qui vit reclus dans sa maison en bord de mer. [...]
Loin de là, en Allemagne, Werner grandit dans un pensionnat pour enfants de mineurs décédés. Curieux et intelligent, l’orphelin se passionne pour la science et la mécanique et apprend rapidement à réparer les machines qui lui tombent sous la main. Un talent rare repéré par les Jeunesses hitlériennes où il se trouve enrôlé. Prenant conscience des fins auxquelles est utilisée son intelligence, il est sanctionné, devenant un simple soldat de la Wehrmacht. En 1944, son chemin croise en France celui de Marie-Laure alors que Saint-Malo est incendiée et pilonnée par les bombes.

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J'ai vu ce roman pour la première fois dans les mains d'une amie de ma correspondante américaine, plongée dedans avec passion et dévotion et sans interruption pendant un trajet de quatre heures. Lorsque je lui ai demandé ce qu'elle en pensait, elle m'a répondu avec emphase, des étoiles dans les yeux, qu'il était just amazing – admirez mon bilinguisme –, avant de retourner à sa lecture.
J'ai donc noté le titre dans un recoin plus ou moins lointain de mon esprit, avant de me rendre compte au moment de sa sortie VF qu'il avait reçu le Pulitzer... Il me fallait donc ce livre, je me devais de me le procurer au plus vite. J'ai finalement mis quelques mois à enfin pouvoir le commencer, et à partir du moment où mes yeux se sont posés sur les premières lignes, j'ai eu énormément de mal à le reposer...

Ce roman est un joli petit pavé de 610 pages, qu'on se surprend pourtant à dévorer en quelques jours à peine. On suit avec beaucoup d'intérêt les deux héros, deux jeunes gens qui n'ont absolument rien à voir, si ce n'est qu'ils sont orphelins et passionnés de science. Ainsi, Marie-Laure a 16 ans en 1944, est aveugle depuis ses six ans, et est réfugiée à Saint-Malo depuis quatre ans déjà, tandis que Werner, un jeune orphelin allemand repéré par la Werhmarcht pour son don en matière de science et de transmissions électromagnétiques, tente d'intercepter les émissions clandestines de résistants.  
Pendant une grande partie du roman, on ignore ce que ces deux personnages peuvent bien avoir en commun, puis on s'en doute, sans en être totalement certain, et lorsqu'enfin on prend conscience du lien qui les unit, on s'est déjà solidement attaché à eux... J'ai personnellement du mal à déterminer lequel des deux j'ai préféré !  J'ai d'ailleurs été particulièrement émue par les épilogues, et ai eu du mal à me séparer de ces chers petits personnages.

Le roman est long, bien sûr, mais les chapitres, qui alternent entre un point de vue centré sur Marie-Laure et un autre sur Werner, sont extrêmement courts – je doute que le plus long fasse plus de six pages. Les phrases en elles-même sont concises, l'écriture vraiment fluide, l'action toujours effrénée... Le roman est découpé en une dizaine de grandes parties, qui alternent là aussi entre des flashs-back et la "véritable" action, durant un bombardement de Saint-Malo, en 1944, et si j'ai eu un peu de mal dans un premier temps à tout assimiler, ces difficultés n'ont pas duré !
En fait, j'ai été surprise d'entrer avec autant de facilité dans l'histoire, je lisais de grandes tranches de 100 pages d'une traite, comme en apnée... Et il ne m'aura fallu qu'un peu plus d'une semaine pour le terminer, avec d'autres lectures en parallèle !

Il s'agit d'un livre très imaginatif, complexe sans être incompréhensible, avec une intrigue qui se révèle bien plus captivante qu'on ne pourrait le soupçonner au premier abord... Le cadre de la ville de Saint-Malo est magnifiquement bien décrit – les meilleurs passages de ce roman sont à mes  yeux les descriptions. 
Je n'aurais jamais cru pouvoir dire cela, après avoir été traumatisée par ce cher Balzac.
J'ai également trouvé que la passion commune de Werner et Marie-Laure pour les sciences apportait une saveur particulière et très intéressante, une dimension agréable à cette intrigue déjà très riche. 
Oui, je suis une L qui vous parle de sciences et qui aime les sciences. Je suis un oxymore sur pattes.

Bon, après, il ne s'agit sans doute pas du roman du siècle que les critiques dithyrambiques laissaient prévoir. C'est un très bon moment de lecture et une belle découverte, certes, mais sans être un coup de cœur et encore moins un roman qui me marquera des années et des années durant.
Parmi les petites choses que je pourrais reprocher à ce livre, certains passages étaient un peu trop tirés vers le mélodrame à mon goût, un peu trop américains en fait – je pense notamment au passage avec la petite Autrichienne, pour les connaisseurs.

Note attribuée : 9/10 : pas un coup de cœur, mais tout de même une excellente lecture. Un roman que je vous recommande très vivement si vous cherchez un roman pour vous tenir compagnie lors des vacances, ou si vous souhaitez illuminer de mornes soirées de novembre !

samedi 10 octobre 2015

U4 – Stéphane de Vincent Villeminot — Chronique n°130

"Je m'appelle Stéphane. Ce rendez-vous, j'y vais pour retrouver mon père."

Titre : U4 – Stéphane
Auteur : Vincent Villeminot
Genre : Post-apocalyptique
Éditions : Nathan | Syros
Nombre de pages : 385
Résumé : Cela fait dix jours que le virus U4 accomplit ses ravages. Plus de 90% de la population mondiale a été décimé. Les seuls survivants sont des adolescents. L'électricité et l'eau potable commence à manquer, tous les réseaux de communication s'éteignent. 
Dans ce monde dévasté, Koridwen, Yannis, Jules et Stéphane se rendent, sans se connaître, à un même rendez-vous. 
Parviendront-t-ils à survivre, et pourront-ils changer le cours des choses ?

Je m'appelle Stéphane. Je vis à Lyon. C'est le chaos. Des bandes de jeunes commencent à piller les appartements vides. D'autres investissent les lycées désertés... Moi, je préfère attendre mon père, chez nous. Et s'il ne revient pas, j'irai au rendez-vous. J'irai jusqu'à Paris pour le retrouver dans son bunker de l'armée.

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Stéphane est le dernier roman de la saga U4 que j'ai pu découvrir, et j'avoue être à la fois désespérée et ravie d'avoir lu ces quatre livres dans un intervalle aussi réduit... Désespérée, parce qu'il ne m'en reste plus aucun à savourer, et ravie, parce que je connais enfin l'histoire dans sa globalité, et que j'ai beaucoup apprécié cette tétralogie au concept inédit. 
En effet, les quatre romans d'U4 ont tous été écrits par un auteur différent, et mettent chacun en scène un personnage principal différent. Ces derniers évoluent dans un même univers apocalyptique, qui interagissent, et qui se rendent tous quatre à un même mystérieux rendez-vous lancé par le maître de leur jeu vidéo favori...

Ce roman était sans doute celui que j'appréhendais le plus, et je n'étais vraiment pas sûre d'accrocher aussi bien qu'aux trois autres livres. Stéphane est en effet un personnage pour le moins imprévisible et brutal, et elle ne m'avait pas fait excellente impression dans les trois tomes que j'avais déjà lus... Non mais c'est vrai ! Regardez sa mine réjouie sur la couverture, elle veut tout dire !
Enfin, les têtes d'enterrement, c'est valable pour les trois autres, tous ont l'air complètement neurasthéniques... Jugez plutôt : 
Enfin, passons. 
Si Stéphane m'avait beaucoup agacée dans les tomes des autres personnages, j'ai bien mieux compris sa personnalité complexe ici, allant jusqu'à m'attacher à elle ! Enfin, dans une certaine mesure. Parce qu'il faut avouer qu'elle reste sacrément ingrate et agressive. 

Au cours de ce livre, Stéphane passe énormément de temps avec Yannis, et ayant déjà lu le tome consacré à ce dernier, je connaissais déjà la majorité des scènes décrites... et je craignais que Stéphane et Yannis ne soient trop semblables,  et donc de m'ennuyer. 
Il n'en a rien été, puisqu'il restait un certain nombre de passages inédits, dans le premier tiers et vers la fin principalement. Il était également très intéressant de voir ces événements à travers le regard si acerbe de Stéphane, de comprendre ce qu'elle ressent à tel moment précis... et je n'ai absolument pas  éprouvé le sentiment pesant de déjà-vu que je redoutais.

Le père de Stéphane est un éminent épidémiologiste, et par conséquent, sa fille est assez calée en matière de médecine. Ce tome-ci a donc toute une dimension médicale, – puisque Stéphane s'intéresse beaucoup au virus et côtoie des scientifiques qui travaillent sur la question – un univers pour lequel j'éprouve d'ailleurs un grand intérêt.
Cet aspect lui permet de se démarquer des trois autres tomes et de lui conférer une petite touche d'originalité, comme avec la mythologie celte dans Koridwen je sais, je radote.

Stéphane est avant tout un roman extrêmement prenant qu'on dévore d'une traite... tout comme Yannis, Jules et Koridwen. Cette série reste remarquable, pour le travail que ses auteurs ont fourni, pour la cohérence et la justesse de son histoire et de ses personnages, mais surtout pour son addictivité ! L'action reste on ne peut plus trépidante et immédiate dans tous les tomes – peut-être légèrement moins dans Jules, mais tout de même !

En bref, un tome qui m'a énormément plu, presque autant que Koridwen – c'est dire ! – qui reste, lui, mon tome-préféré-de-tous-les-temps-que-j'aime-à-la-folie. Son personnage principal m'a agréablement surprise, son action m'a captivée, son concept me plaît toujours autant. Dans l'ensemble, une saga qui m'a beaucoup plu, portée par des personnages féminins au caractère bien trempé – girl power ! – et par des personnages masculins plus sensibles, tout aussi attachants. Une réussite, encore une fois !
Note attribuée : 9/10 : si vous n'avez pas encore eu l'occasion de découvrir ce petit phénomène de la blogosphère et de la rentrée littéraire, faites confiance à Tante Capucine et foncez en librairie ! 

mercredi 7 octobre 2015

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan — Chronique n°129

"L'écriture est une arme de défense, de tir, d'alarme, l'écriture est une grenade, un missile, un lance-flammes, une arme de guerre. Elle peut tout dévaster, mais elle peut aussi tout reconstruire."

Titre : D'après une histoire vraie
Auteure : Delphine de Vigan
Genre : Contemporain | Roman à caractère autobiographique
Éditions : JC Lattès
Nombre de pages : 479
Résumé : "Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."


Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai.


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Je connaissais Delphine de Vigan pour ses romans No et moi et Jours Sans Faim, que j'avais tous deux énormément appréciés. Lorsque j'ai vu à quel point ma mère avait adoré D'après une histoire vraie, le tout dernier roman de l'auteure, il m'a semblé évident que je ne pouvais pas passer à côté de ce livre, et que je me devais de le dérober subtilement de l'emprunter à ma très chère et estimée génitrice.

J'ai rarement lu un roman à un rythme aussi... phénoménal. J'ai été aspirée par l'intrigue dès les tous premiers chapitres, et j'aurais pu terminer ce roman en une soirée si seulement mes yeux ne s'étaient pas fermés tous seuls aux alentours de la page 350. Je me suis naturellement empressée d'achever ce petit bijou dès le lendemain matin,

La narratrice, Delphine, est une écrivaine à très grand succès depuis la parution de son dernier roman qui retrace la vie de sa mère, et dont le succès l'a énormément surprise. Delphine n'a absolument aucune idée de ce qu'elle va pouvoir écrire "après ça", et alors qu'elle est en pleine remise en question, elle rencontre une énigmatique jeune femme, L., une "nègre" qui manifeste immédiatement une immense amitié à son égard. L. devient cependant de plus en plus proche de Delphine, exerçant sur l'écrivaine une influence de plus en plus importante... qui devient bientôt inquiétante...
Ce roman est à évidemment à très fort caractère autobiographique, mais pas totalement... Et j'avais peur, avant de commencer ma lecture, de passer mon temps à me demander ce qui était réel et ce qui relevait de la fiction. Mais finalement, passés les premiers chapitres, peu m'importait de savoir ce qu'avait réellement vécu Delphine de Vigan, l'essentiel était de lire encore un autre chapitre, et un autre, captivée que j'étais par le récit...

Le roman prend bientôt la tournure d'un véritable thriller psychologique, dont l'écriture terriblement prenante nous emporte et nous convainc immédiatement, faisant ressortir à merveille les différents états d'esprit par lesquels passe Delphine, du doute à la peur en passant par la colère. On est tout de suite captivé par l'histoire de cette amitié qui change lentement, insidieusement de nature, par cette ambiance oppressante, par cette tension de plus en plus intense... 

D'après une histoire vraie a également toute une dimension plus littéraire, avec de très belles réflexions sur l'inspiration d'un auteur, la création littéraire et la rédaction d'un roman... mais également l'angoisse de la page blanche qu'un auteur peut développer, voire même un blocage total par rapport à l'écriture. Delphine de Vigan réalise ici une mise en abyme assez vertigineuse et vraiment intéressante, surtout lorsqu'on est soi-même apprenti écrivain amateur en herbe à ses heures perdues. 

Note attribuée : 9,5/10 : je valide entièrement ! Un excellent roman à ne pas manquer si vous avez déjà lu et apprécié d'autres romans de l'auteure... et même si vous n'avez jamais eu l'occasion de la lire ! Un roman on ne peut plus prenant, à la dimension psychologique passionnante !