La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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dimanche 31 juillet 2016

Bilan du mois [Juillet 2016]

Bonjour à tous !

Juillet, juillet, joie, paix, félicité et extase littéraire. Trente-et-une longues journées disponibles qui ne demandent qu'à être comblées d'heures délicieuses de prélassement et de lecture. 
Alors forcément, je me suis lâchée.
Et j'ai lu vingt-quatre livres.

Non, je n'ai aucun sens de la mesure. 
Mais si, j'ai parlé à des gens au cours de ce mois de juillet. Et je suis sortie de chez moi.

J'ai adoré...
Salt to the Sea de Ruta Sepetys – VO : un drame historique passionnant, aux personnages principaux qui ne peuvent laisser indifférents...
#Bleue de Florence Hinckel : un roman d'anticipation remarquable, qui nourrit une réflexion frappante sur les dangers du comportement de notre société...
Journal d'un vampire en pyjama de Mathias Malzieu : une autobiographie bouleversante, dont l'auteur décrit sa propre maladie avec poésie et sensibilité.

J'ai beaucoup aimé...
The Unexpected Everything de Morgan Matson – VO : un roman un peu long, mais tout de même très agréable à découvrir, drôle, entraînant, et décrivant de beaux liens d'amitié et d'amour entre ses personnages.
Hate List de Jennifer Brown : une de mes meilleures surprises de ce mois-ci, un roman qui décrit de façon juste et pudique la reconstruction d'une jeune fille après un drame terrible, la fusillade de son lycée par son propre petit ami...
Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosnay : un roman que je voulais lire depuis une éternité, et qui est loin de m'avoir déçue. Le destin de son héroïne Sarah, victime de la Rafle du Vél d'Hiv', m'a transportée d'un bout à l'autre !
Les Vivants de Matt de la Peña : un roman d'apocalypse efficace et prenant, au rythme un peu inégal, mais qui constitue tout de même une bonne lecture !

J'ai bien aimé...
Bonjour Tristesse de Françoise Sagan : un roman mythique qu'il me fallait découvrir depuis longtemps, et dont l'héroïne et l'atmosphère m'ont complètement envoûtée...
Le Chœur des Femmes de Martin Winckler : ce livre à l'écriture atypique et au personnage principal marquant a su me séduire, s'intéressant à la médecine, ses devoirs, ses limites, aux femmes, à leurs questionnements... et ce malgré une dernière partie un peu rocambolesque à mon goût.
La Voleuse de Secrets de Brenda Drake : une histoire séduisante et pleine d'imagination qui saura sans aucun doute enchanter ses lecteurs, entre voyages fantastiques et batailles effrénées !
Geek Girl tome 4 de Holly Smale : un tome qui réinvestit l'humour fantasque de son héroïne, de façon plus réussie que dans le troisième opus, bien trop répétitif et mou. On sent enfin une volonté tout à fait appréciable de la part de l'auteure de faire évoluer son héroïne...

J'ai plutôt aimé...
L'Amie Prodigieuse d'Elena Ferrante : un roman dont on m'a dit énormément de bien et qui m'a finalement donné beaucoup de fil à retordre. J'ai apprécié les idées de l'auteure, la tournure générale de l'intrigue, mais j'ai eu beaucoup de mal avec le style, le rythme lent et les personnages...
Le Voyant de Jérôme Garcin : une biographie décrivant le destin passionnant d'un héros de la Résistance, mais dont le style de l'auteur m'a... déstabilisée, et même déplu.

Je suis déçue...
Dis-moi si tu souris d'Eric Linstrom : hum. Hum. Une histoire dont j'attendais beaucoup, notamment à cause de son héroïne aveugle, mais qui m'a surtout ennuyée. Terriblement.

D'agréables relectures...

Je me suis également, comme chaque été, livré à mon traditionnel marathon de relecture Harry Potter... et ai pour l'instant terminé les cinq premiers volumes.

Ainsi qu'à un moins habituel marathon de relecture de Cherub – je viens d'achever le tome 7 –, en attendant de découvrir le tome 17, ultime titre de la saga !
Deux sagas à propos desquelles je compte rédiger des articles récapitulatifs !

Sur ce, je vous souhaite un excellent mois d'août !

vendredi 29 juillet 2016

The Unexpected Everything de Morgan Matson — Chronique n°227

“You have to try. You have to take your chances. Go and attempt and see what happens. And even if you fail - especially if you fail - come back with your experience and your hard-won knowledge and a story you can tell. And then later you can say, without regret or hesitation... 'Once, I dared to dare greatly'” 

Titre : The Unexpected Everything
Auteure : Morgan Matson
Genre : Contemporain
Éditions : Simon & Schuster
Lu en : anglais
Nombre de pages : 517
Résumé : Andie had it all planned out. 

When you are a politician’s daughter who’s pretty much raised yourself, you learn everything can be planned or spun, or both. Especially your future.

Important internship? Check.

Amazing friends? Check.

Guys? Check (as long as we’re talking no more than three weeks).

But that was before the scandal. Before having to be in the same house with her dad. Before walking an insane number of dogs. That was before Clark and those few months that might change her whole life.

Because here’s the thing—if everything’s planned out, you can never find the unexpected. 

And where’s the fun in that?

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J'ai eu l'occasion de découvrir Morgan Matson avec ses romans Since You've Been Gone et L'Été des Secondes Chances, deux lectures estivales marquées par des coups de cœur. J'apprécie énormément les relations touchantes et profondes qu'elles parvient à tisser entre ses personnages, ses atmosphères estivales douces-amères... Aussi, lorsque j'ai appris la parution d'un nouveau roman de l'auteure, après avoir calmé mes nerfs, une opération qui a pris à peu près trois jours, je me suis empressée de me le procurer pour le dévorer avec un plaisir non dissimulé. Et s'il ne s'agit pas du meilleur titre de l'auteure, The Unexpected Everything demeure une lecture très agréable à découvrir, enjouée et divertissante, qui ne demande qu'à passer quelques heures entre vos petites mains avides de délassement et de jolis petits sentiments émouvants.

Ce roman se déroule donc, comme toujours avec cette auteure, le temps d'un été, et est porté par la narration d'Andie, fille d'un célèbre politicien dont elle n'a jamais été très proche. La jeune fille sait ce qu'elle veut : passer son été dans une prépa huppée de médecine, sans se laisser distraire par des histoires dérisoires avec des garçons, ni par le scandale politique qui menace d'éclabousser son père. Mais du jour au lendemain, tous ses plans soigneusement élaborés volent en éclats, et Andie se retrouve livrée à elle-même pour un été entier... Le temps d'apprendre à vivre différemment ?

The Unexpected Everything permet de renouer avec la plume délicieuse de Morgan Matson, tout en fluidité, et de rencontrer un personnage principal surprenant et très intéressant, Andie. La jeune fille suit en effet toute une évolution au cours du roman se détachant peu à peu de ces certitudes d'autrefois, de sa crispation et de son perfectionnisme obsédant, pour devenir plus mûre et plus légère en même temps. Même si l'on ne se sent guère d'affinités au départ avec cette adolescente privilégiée et gâtée, on se laisse inévitablement toucher par sa personnalité et son parcours.

On ne peut qu'apprécier le soin tout particulier que l'auteure porte aux liens qui unissent ses personnages, qu'il s'agisse d'une amitié touchante entre quatre adolescentes, d'une romance attachante ou même, beaucoup plus rare dans ce genre de romans, de la construction réussie d'une complicité et d'une confiance mutuelles entre un père et une fille qui n'ont jamais partagé grand-chose. On referme The Unexpected Everything avec le sentiment déchirant de quitter de véritables amis, et on conserve de ces figures humaines et réalistes un beau souvenir.

Mais. Un problème.
Il n'y a pas d'intrigue.

On découvre de nombreux décors, des rencontres, des dialogues entraînants, des scènes amusantes, mais il ne s'agit que d'une enfilade de souvenirs joyeux d'été... et on en arrive parfois à se demander où est le fond, où l'auteure désire emmener son lecteur. 

Un autre problème.
Ce livre est long.

Un livre sans intrigue peut parfaitement être excellent – il suffit de se pencher sur la littérature classique avec un roman comme Madame Bovary pour s'en rendre compte, n'est-ce pas –, mais ici, l'auteure dépasse les 500 pages alors que 300 ou 400 auraient largement suffi à nous séduire. Le deuxième tiers du roman est malheureusement trop répétitif, très agréable en soi, mais terriblement similaire au premier. Les dialogues et échanges de SMS sont toujours vifs, les situations amusantes, mais... on voudrait passer à la suite !

Ces deux points noirs sont heureusement contrebalancés par le plaisir que l'on éprouve à vivre l'été d'Andie et des autres personnages, entre promenades de chiens et chasses au trésor, révélations et désillusions... et on prend beaucoup de plaisir à se plonger dans The Unexpected Everything, un roman sensible, drôle et touchant, même s'il n'atteint pas à mes yeux le niveau de ses prédécesseurs. 

C'était léger, frais, entraînant. Oui, c'était un peu long, répétitif parfois, mais sans que cela soit trop dérangeant. C'était bien pensé, tout de même porteur de sens. Tout ce qu'on s'attend à trouver dans une lecture de vacances : divertissante mais pas insignifiante. Alors que demande le peuple ?

Note attribuée : 8/10

mercredi 27 juillet 2016

Dis-moi si tu souris d'Erik Lindstrom — Chronique n°226

"Les gens ne changent pas. Ils se contentent d'acquérir de l'expérience et de devenir meilleurs comédiens."

Titre : Dis-moi si tu souris
Auteur : Erik Lindstrom
Genre : Contemporain
Éditions : Nathan
Lu en : français
Nombre de pages : 390
Résumé : Je suis Parker, j'ai 16 ans et je suis aveugle. Bon j'y vois rien, mais remettez-vous : je suis pareille que vous, juste plus intelligente. D'ailleurs j'ai établi Les Règles :

- Ne me touchez pas sans me prévenir ;

- Ne me traitez pas comme si j'étais idiote ; 
- Ne me parlez pas super fort (je ne suis pas sourde) ;
- Ne cherchez jamais à me duper. 
Depuis la trahison de Scott, mon meilleur pote et petit ami, j'en ai même rajouté une dernière. Alors quand il débarque à nouveau dans ma vie, tout est chamboulé. Parce que la dernière règle est claire : Il n'y a AUCUNE seconde chance. La trahison est impardonnable.


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Dis-moi si tu souris et son héroïne aveugle me faisaient de l'œil – pardon pour ce jeu de mots. C'était vraiment trop tentant – depuis quelque temps déjà, aussi, lorsque j'ai déniché en occasion, je n'ai pas hésité longtemps.

Et je me suis lancée.

Et je me suis ennuyée.
Mais ennuyée.
Je ne voyais tout simplement pas le bout de ce livre.

Dis-moi si tu souris, aussi intrigant soit-il, n'est pas une lecture entièrement satisfaisante. Sa promesse de départ, offrir une histoire originale racontée par une narratrice hors-normes,  n'est pas entièrement respectée. L'intrigue reste en effet extrêmement prévisible, majoritairement rythmée par des petits drames sentimentaux qui ne suscitent que des roulements d'yeux chez le lecteur, et s'achève de façon très décevante, donnant une impression d'incomplétude...

Certaines idées étaient bien trouvées et auraient pu rendre ce roman captivant, notamment le fait d'être confronté à un narrateur aveugle, et donc de n'avoir droit à aucune description des personnages ou des décors, et de devoir s'imaginer la moindre de leurs mimiques, le moindre de leurs déplacements. En tant que lecteurs habitués à se laisser guider, il est assez déstabilisant de naviguer dans un tel récit, finalement aussi aveugle que Parker : on perd parfois ses repères, on oublie que tel personnage se trouve à tel endroit... il s'agit à mon sens d'une expérience de lecture très intéressante, mais il est regrettable que l'auteur ne se soit pas penché sur les autres sens. Le roman devient presque stérile, une suite assez lassante de dialogues, dont on peine parfois à se souvenir des interlocuteurs lorsque l'on est un esprit un peu perturbé comme moi. 
L'auteur s'attache pourtant, sans doute pour contrebalancer cette perte de la description, à transcrire ces dialogues de manière particulièrement vivante, les ponctuant de multiples piques et autres touches d'humour... Mais cela ne suffit pas.

Parker enfin s'est avérée être une véritable antihéroïne, premièrement à cause de sa cécité, et ensuite à cause de son caractère de cochon de sa propension à donner envie de l'étriper de sa personnalité vive. Et violente.
Elle réagit à la moindre tentative d'approche avec une violence inouïe – verbalement, hein. Pas de baston au programme dans ce roman –, et apparaît comme une jeune fille intransigeante, terriblement égocentrée, qui ne sait pas grand-chose de ses amis même après les avoir fréquentés pendant dix ans. Alors oui, il peut être intéressant de suivre des personnalités aussi... intenses. Mais ici, je n'ai trouvé aucune saveur à cette figure principale, aucune sensibilité. Son évolution n'était que partielle, son parcours n'a pas su me toucher, alors qu'il avait tout pour plaire.

Enfin, le plus regrettable reste sans doute le message que ce roman transmet par rapport au handicap. Parker n'est que colère et agressivité, et n'apporte finalement pas de tendresse, de sensibilité. On ne retient que sa résignation face à sa cécité, et absolument aucune note d'espoir, aucune réflexion touchante sur sa condition. N'est-ce pas un peu regrettable pour un roman jeunesse ?

En bref, un roman décevant dont ni l'héroïne, ni l'écriture, ni le dénouement ne parviennent à séduire son lecteur. Les idées de départ sont originales, l'histoire aurait pu être plaisante, mais le tout est bien trop lassant, et le personnage principal bien trop antipathique pour constituer une histoire mémorable et réussie.

Note attribuée : 4/10

samedi 23 juillet 2016

#Bleue de Florence Hinckel — Chronique n°225

"Souviens-toi que notre monde est fait d'oppositions : mal et bien, ombre et lumière, douleur et joie... inhumain et humain. Souviens-toi que si tu supprimes un élément d'un couple, tu anéantis le couple entier.
Souviens-toi de la vie. De toutes les couleurs de la vie."

Titre : #Bleue
Auteure : Florence Hinckel
Genre : Dystopie | Science-Fiction
Éditions : Syros (collection Soon)
Lu en : français
Nombre de pages : 255
Résumé : Depuis la création de la Cellule d’Éradication de la Douleur Émotionnelle, la souffrance psychologique n’a plus cours. Il suffit de se faire oblitérer, et on ressort comme neuf ; seul un point bleu à l’intérieur du poignet garde la trace de cette douleur effacée. L’intervention est obligatoire pour les mineurs. Les adultes, eux, ont le choix. Le jour où sa petite amie Astrid se fait renverser par une voiture, le jeune Silas est aussitôt emmené par les agents en combinaison jaune. Le lendemain, lorsque ses parents viennent le chercher, le garçon se sent bien. Tout n’est-il pas pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

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Comme un certain nombre d'entre vous, j'ai découvert avec un grand plaisir la plume recherchée de Florence Hinckel avec son roman Yannis, l'un des quatre volumes de la saga phénomène U4, parue il y a déjà un an – mes aïeux, que le temps passe vite. Bref, si vous ne l'avez pas encore fait, n'hésitez pas à vous jeter dessus. Ce bon souvenir m'a poussée à me laisser tenter par #Bleue, une autre parution récente de l'auteure, bien que je n'eusse jamais lu aucun avis à son sujet. Et cette lecture à l'aveuglette s'est avérée être une excellente découverte !

Avec #Bleue, un récit d'anticipation fulgurant, Florence Hinckel introduit un univers à donner la chair de poule, dans lequel il est désormais possible, et même imposé en cas de traumatisme pour les adolescents, d'être oblitéré par un organisme nommé la CEDE, la Cellule d'Éradication de la Douleur Émotionnelle – youpi. En quelques mots, les émotions négatives associées à des souvenirs tels que des accidents ou des décès sont tout simplement annihilés, de sorte que l'on ne ressent aucune souffrance en repensant à la perte de tel parent, à son échec à tel examen. Après oblitération, on ne garde qu'un point bleu sur le poignet, en souvenir de son joyeux petit passage à la CEDE. Il ne reste à chacun qu'à vivre sa vie en toute gaieté, en partageant le moindre de ses gestes sur le Réseau, dont il est impensable de se déconnecter en dehors des heures de sommeil. 
Plus de dépressifs, plus de criminels, plus de violence, de personnalités imprévisibles. Que du bonheur... n'est-ce pas ?

Le récit reste prévisible, la fin survient peut-être un peu trop rapidement pour être frappante, mais le tout fonctionne terriblement bien. La plume délicieusement poétique de l'auteure porte le récit, ses personnages principaux émeuvent – si, ce verbe est français. Oui, j'ai moi aussi l'impression d'entendre une vache meugler lorsque je lis la forme "émeuvent". Mais poursuivons, voulez-vous ? – profondément son lecteur, et ces quelques 250 pages suffisent à construire une véritable atmosphère, un climat de tension redoutable. On éprouve un grand plaisir, mêlé d'une certaine angoisse, à se plonger dans l'intrigue, à travers la narration plaisante de Silas et d'Astrid, deux adolescents touchants. 

Avec une justesse troublante, Florence Hinckel met le doigt sur l'une des plus grandes menaces qui pèsent sur notre société, le renfermement sur soi, l'artificialisation des sentiments, la surexposition sur les réseaux sociaux. Bien sûr, l'univers dystopique qu'elle décrit est évidemment fictif, et personne n'est aussi dépourvu d'émotions, aussi obsédé par le virtuel que dans son roman...
Du moins pas encore.
Cette société épouvantable, stérilisée, n'est-elle pas l'aboutissement logique de notre manière de nous comporter ? Quelle est exactement la hauteur de la marche qui nous sépare de ces personnages ? Il n'est fait mention d'aucune date, d'aucun repère temporel, de sorte que ce futur funeste pourrait très bien être plus proche qu'il n'y paraît. Florence Hinckel nous enjoint à être plus vigilants, à prendre conscience de ce qu'il est en train de se produire dans notre environnement. Elle souligne la beauté de l'être humain, des sentiments de toutes natures qui le font vivre, qui lui confèrent justement toute sa beauté et sa richesse.
À travers ce récit fluide et entraînant, elle délivre une réflexion frappante, poétique et perturbante à la fois, pour un court roman facile à lire qui mériterait d'être placé entre toutes les mains, adolescentes comme adultes.

Note attribuée : 8,5/10 : un ouvrage de qualité, intelligent et prenant. Je valide hautement !

vendredi 22 juillet 2016

Salt to the Sea de Ruta Sepetys — Chronique n°224

“What had human beings become? Did war make us evil or just activate an evil already lurking within us?” 

(Qu'étaient devenus les êtres humains ? La guerre nous avait-elle rendus mauvais, ou n'avait-elle fait que réveiller une malfaisance qui sommeillait déjà en nous ?)

Titre : Salt to the Sea
Auteure : Ruta Sepetys
Genre : Historique
Éditions :  Philomel
Lu en : anglais
Nombre de pages : 391
Résumé : Winter, 1945. Four teenagers. Four secrets.


Each one born of a different homeland; each one hunted, and haunted, by tragedy, lies…and war.

As thousands of desperate refugees flock to the coast in the midst of a Soviet advance, four paths converge, vying for passage aboard the Wilhelm Gustloff, a ship that promises safety and freedom.

Yet not all promises can be kept.


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Existe également en français

Titre : Le Sel de nos Larmes
Éditions : Gallimard (collection Scripto)
Résumé : Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.

Chacun né dans un pays différent. Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l'avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes... Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté...


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Emballée par Big Easy de Ruta Sepetys, un roman au cadre tout à fait différent de celui-ci puisque se déroulant à la Nouvelle-Orléans dans les années 50, j'ai cependant eu l'envie de poursuivre ma découverte de l'œuvre de cette auteure, avec son tout dernier roman, Salt to the Sea, traduit en français sous le titre Le Sel de nos Larmes

L'intrigue décrit ici un drame épouvantable, six fois plus meurtrier que le  naufrage du Titanic et pourtant soigneusement effacé de la mémoire collective. Je pense ne pas me tromper en affirmant qu'aucun d'entre vous n'a jamais entendu parler du naufrage du Wilhelm Gustloff, un navire qui promettait liberté et protection à ses passagers, et qui a en réalité précipité leur perte non pas que je doute de vos capacités intellectuelles, dont je suis certaine qu'elles sont hors-normes. Ne vous vexez pas. Je vous aime.
Il n'en sera plus ainsi après votre lecture de cet ouvrage...

On se lance donc dans ce roman à l'aveuglette, dans l'ignorance des faits historiques, et on fait connaissance avec un carré inoubliable de personnages principaux qui porte le récit et lui confère une grande richesse.
Une Polonaise désormais apatride, en exil, traumatisée, qui cache un terrible secret.
Une Lituanienne aux rêves de médecine brisés, qui mène un groupe de réfugiés vers ce qu'elle espère être une issue de secours, le point de départ d'une vie meilleure.
Un jeune homme prussien, traître envers l'Allemagne, dont le contenu des bagages est plus précieux que quiconque n'oserait l'imaginer.
Un soldat allemand, qui pense nazi, vit nazi, combat nazi, se rêve héros nazi, et dont on a lavé le cerveau au point qu'il est étonnant qu'il parvienne encore à penser par lui-même.

Ces quatre adolescents, violentés par une Seconde Guerre mondiale qui tire vers son dénouement, s'expriment à tour de rôle dans des chapitres extrêmement courts. Il est impossible de s'arracher à leur narration passionnée, désespérée, d'une intensité remarquable. On peut avoir peur de ne pas parvenir à s'attacher à ces figures avec des chapitres d'une ou deux pages seulement, et pourtant le charme opère. Chacune des histoires des personnages est dévoilée au compte-gouttes, de façon subtile, et le lecteur a si envie d'être en possession de toutes les pièces du puzzle qu'il ne peut faire autrement que de lire encore un chapitre, et un autre...

Il  faut en revanche admettre que la majeure partie du roman ne témoigne pas d'une action follement trépidante, et que seule la dernière cinquantaine de pages... bouge réellement. 
Personnellement, je n'ai pas été gênée par cette configuration, tant j'ai été séduite par la plume délicate de l'auteure et sa façon de brosser par à-coups de nombreux portraits de personnages tous différents, cependant, il est possible que certains lecteurs s'attendant à un déferlement d'action soient déconcertés, voire déçus. À vous de voir donc s'il vous faut absolument des batailles sanglantes et des coups de théâtre toutes les trois pages pour maintenir votre intérêt constant, ou si vous n'avez aucun mal à accrocher à des histoires plus tranquilles d'un point de vue physique, mais intenses émotionnellement.

Les cinquante premières pages que j'évoquais plus haut sont cependant d'une intensité bouleversante, et menées à un rythme effréné insoutenable – enfin, je vous rassure, on y survit. On ressort de Salt to the Sea hébété, frappé, et en tant que pauvre petit lecteur fragile, on a tout de même besoin d'un peu de temps pour se remettre. 
Enfin, c'était mon ressenti.
Peut-être serez-vous plus forts que moi.
Ruta Sepetys sait comment toucher son lecteur, sans cependant tomber dans un pathos peu naturel. Rien n'est forcé, il ne s'agit que de l'épouvantable réalité.

Il s'agit donc d'un roman indéniablement prenant, recherché mais accessible, qui se dévore en un temps record et témoigne d'un grand travail de l'auteure, tant sur un plan historique qu'émotionnel. Salt to the Sea apporte un éclairage bouleversant et inattendu sur un épisode injustement méconnu de la fin de la Seconde Guerre mondiale, et confirme le talent de Ruta Sepetys pour le roman historique. Une très belle découverte – et pourquoi pas à lire en anglais, le niveau de langue étant plutôt accessible !

Et puis... Il est si picturalement beau.

Note attribuée : 8,5/10

lundi 18 juillet 2016

Geek Girl tome 4 de Holly Smale — Chronique n°223

"Dire que l'on aime ne suffit pas ; même l'éprouver ne suffit pas. L'amour est une action qu'il faut accomplir en continu, chaque jour, même si c'est douloureux. Quoi qu'il nous en coûte."

Titre : Geek Girl tome 4
Auteure : Holly Smale
Genre : Contemporain | Jeunesse
Éditions : Nathan
Lu en : français
Résumé : Je m'appelle Harriet Manners et je suis un génie.

Je sais que je suis un génie parce que j'en présente tous les symptômes : je range les soupes par ordre alphabétique, je m'entraîne à ramasser des crayons avec les orteils et je suis socialement assez inadaptée.

Alors j'ai une idée de génie : je vais profiter de ma toute nouvelle célébrité de mannequin pour devenir enfin populaire au lycée !



Découvrir le dernier roman de la saga Geek Girl, pour le moins originale et mouvementée, me procure toujours beaucoup de plaisir et surtout d’amusement, grâce à l’humour déjanté et au caractère survolté de son héroïne, Harriet Manners… Et ce malgré un troisième tome plus décevant, presque poussif et répétitif. Loin d’être rancunière, je me suis donc lancée dans ce quatrième opus, espérant retrouver la fraîcheur qui me plaisait tant dans les volumes précédents.

Nouvelle année, nouveaux enjeux pour Harriet, qui, à l’occasion de sa rentrée au lycée, espère enfin devenir populaire et se faire une multitude d’amis, elle qui n’a jamais été rien d’autre qu’une geek aux yeux de ses joyeux petits camarades. Comme toujours, ses espoirs se retrouvent rapidement déçus, mais c’est sans compter sur la détermination, voire l’entêtement de notre héroïne, qui compte bien utiliser le moindre outil à sa disposition pour enfin susciter l’admiration… et même sa carrière dans le mannequinat.

Après un troisième tome franchement fade, l’auteure retrouve un regain d’inspiration et d’énergie, et livre un roman plus réussi que son prédécesseur, assez prévisible, comme toujours, mais pas lassant pour autant. Les montagnes russes émotionnelles propres à Harriet demeurent amusantes, ses bévues et autres gaffes confèrent un rythme on ne peut plus vif à l’intrigue, et les quiproquos dans lesquels elle parvient à s’emmêler ne manquent pas de renforcer le climat loufoque et risible du roman. On a la bonne surprise de constater une certaine évolution chez Harriet, qui abandonne certains de ses anciens comportements et semble presque éventuellement enfin peut-être par moments se lancer sur le chemin de la maturité. Presque j’ai dit. 

Le tout se lit à un rythme fulgurant, et son intensité ne peut laisser le lecteur indifférent ! L’héroïne navigue en permanence entre espoir et désillusion, surexcitation et dépression. L’écriture n’est pas extrêmement recherchée, mais ce n’est définitivement pas l’enjeu de ces romans, et l’important reste la fluidité et la vivacité de la plume de Holly Smale. Les anecdotes scientifiques, littéraires et autres faits divers incongrus que l’on adorait découvrir dans les livres précédents sont toujours et même encore plus présents, et apportent une touche d'originalité pour le moins appréciable !

En bref, une lecture indéniablement rafraîchissante, toujours bonne à savourer en période de vacances, qui ne manquera pas de procurer détente et hilarité chez un lecteur en quête d’un peu de légèreté, à qui la tonalité des premiers tomes de la saga aura déjà plu... tout en apportant une réflexion plus poussée sur les thèmes centraux de l'adolescence et de la construction de soi.

Note attribuée : 7/10 : un tome qui tient ses promesses de divertissement et d’atypisme – si, si, ce mot existe –, offrant force anecdotes hilarantes et situations cocasses qui ne peuvent que plaire à ses lecteurs. Il ne s’agit sans doute pas de l’opus le plus réussi de la saga, et certaines ficelles commencent à s’user, mais il est toujours aussi agréable de voir Harriet grandir et apprendre – lentement mais sûrement – des leçons qui ne se trouvent pas dans ses ouvrages de culture générale.

vendredi 15 juillet 2016

Hate List de Jennifer Brown — Chronique n°222

"Beaucoup de ceux qui sont morts ont perdu la vie parce que celui qui a tiré... parce que mon petit ami, Nick Levil, et moi pensions que ces personnes étaient malveillantes. Mais nous ne voyions en eux que ce que nous voulions voir... Nick et moi, nous ne savions pas... nous ne connaissions pas la réalité de ce que ces personnes étaient vraiment."

Titre : Hate List
Auteure : Jennifer Brown
Genre : Contemporain
Éditions : Albin Michel (collection Wiz)
Lu en : français
Nombre de pages : 389
Résumé : « C'est moi qui ai eu idée de la liste. Je n'ai jamais voulu que quelqu'un meure. Est-ce qu'un jour, on me pardonnera ? »
C'est ce que pense Valérie, effondrée après un drame inexplicable survenu au lycée. Son petit ami Nick a ouvert le feu dans la cafétéria, visant un à un tous les élèves de la liste.
Cette fameuse liste qu'ils avaient écrite pour s'amuser et où figurent ceux qui étaient odieux, lâches, méprisants. Maintenant, ils sont blessés ou morts.
Et Nick s'est suicidé.
Mais Valérie, elle, est toujours là, enfermée, dans une bulle de questions sans réponses. 
Jusqu'au matin où elle se lève, et quitte sa chambre pour retourner au lycée.

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Cela fait longtemps que je croise Hate List, dans les rayonnages de librairies, dans des chroniques de blogueurs, et je n'en ai d'ailleurs reçus que des échos positifs. Pourtant, je n'ai jamais été particulièrement tentée... Jusqu'à ce que je le trouve en bibliothèque, pour enfin sauter le pas. Et grand bien m'en a pris ! Rien ne me préparait à une aussi bonne surprise, qui se rapproche même du coup de cœur.

Hate List est un roman bouleversant abordant un événement aux résonances malheureusement assez funestes et familières de nos jours : une fusillade, lancée dans la cafétéria d'un lycée par un étudiant sans histoires, Nick. Six personnes ont ainsi trouvé la mort, plus encore ont été blessées, et Nick s'est suicidé.
Cet acte épouvantable suscite naturellement l'incompréhension chez toutes les victimes et les lycéens, mais plus encore chez Valérie, meilleure et petite amie de Nick, qui ne parvient pas à réaliser qu'il est non seulement un meurtrier, mais également disparu à jamais. La jeune fille, plus seule que jamais et portant le poids d'une culpabilité intenable, va devoir apprendre à apprivoiser ce deuil, ces regrets... à vivre à nouveau.

Avec un sujet aussi difficile et actuel que celui d'une tuerie de masse, il peut paraître difficile de livrer un roman sensible et pudique sans basculer dans le mélodrame, dans quelque chose de trop cru. Et pourtant, Jennifer Brown réussit ici le petit prodige de rester toujours pudique et sensible, de conserver une écriture juste, de proposer des portraits touchants et crédibles.
On s'attarde sur chaque personnage secondaire, chacune de leurs expériences est lourde de sens. Chacun apporte sa part de morale à l'histoire, aide l'héroïne à se reconstruire. On est bien conscient de leurs failles, de leur souffrance, mais l'on retient surtout leur combativité, leur force, et on referme ce roman gonflé d'espoir. 
L'héroïne notamment, Valérie, est particulièrement inspirante. Si elle a évidemment beaucoup de difficultés à se remette, elle reste d'une force exemplaire... tout en conservant son humanité, ses défauts, et donc sa crédibilité. 
Si c'est pas positif, tout ça.

Je ne saurais trop vous recommander de vous lancer dans cette lecture, qui a de plus l'atout d'être très, très prenante, avec des chapitres courts qui ne peuvent qu'être dévorés, une écriture entraînante et fluide, une héroïne forte, dont les défauts ne l'empêchent pas de nous sentir propre d'elle, bien au contraire. Hate List est une réussite sur toute la ligne, un récit poignant et parfaitement mené, qui sait respecter les frontières de la pudeur, et parvient réellement à toucher son lecteur. On ne cherche pas à désigner des coupables, à comprendre le pourquoi du comment. On tente avant tout de se relever, de porter un regard plein d'espérance sur l'avenir.
Et c'est un message qui ne peut que nous faire du bien et nous inspirer en ces temps troublés.

Un roman fort, profond, à la plume authentique et délicate, qui décrit le parcours d'une héroïne terriblement humaine à laquelle on ne peut que s'attacher, et des événements qui font malheureusement écho chez nous, mais qui apportent une belle réflexion, assez appropriée à notre époque, même s'il n'est absolument pas question de religion ou de politique ici.

Note attribuée : 9/10

mardi 12 juillet 2016

La Voleuse de Secrets de Brenda Drake — Chronique n°221

Titre : La Voleuse de Secrets
Auteure : Brenda Drake
Genre : Fantastique
Éditions : Lumen
Lu en : français
Nombre de pages : 493
Résumé : 

Avertissement – résumé qui en dévoile trop à mes yeux !

Fervente lectrice, passionnée d'escrime, Gianna a perdu sa mère à l'âge de quatre ans. Elle visite pour la première fois l'Athenæum, l'une des plus anciennes bibliothèques de Boston, accompagnée de ses deux meilleurs amis, quand elle remarque le comportement étrange d'un mystérieux jeune homme. L'inconnu finit même par se volatiliser presque sous ses yeux, penché sur un volume des Plus Belles Bibliothèques du monde. Lorsque Gia s'approche à son tour de l'ouvrage, elle se retrouve transportée de l'autre côté du globe, à Paris, dans une magnifique salle de lecture dont une bête menaçante arpente les rayons, comme elle ne tarde pas à le réaliser avec un frisson...


La jeune fille vient de mettre le doigt dans un terrible engrenage : une poignée de bibliothèques anciennes mène en effet vers un monde où magiciens, sorcières et créatures surnaturelles s'affrontent depuis des siècles pour éviter que le peuple des hommes ne découvre leur existence. Gia apprend qu'elle est l'une des Sentinelles chargées de protéger cette société secrète. Pire encore, qu'elle est la fille de deux de ces guerriers d'exception – une union interdite – et que sa naissance n'est autre que le présage de la fin du monde. Une malédiction qui lui interdit absolument de se rapprocher d'Arik, l'inconnu aux yeux noirs de l'Athenæum...


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Je fais facilement confiance aux éditions Lumen, dont les parutions sont pratiquement toujours plaisantes et de qualité, et il ne m'en faut donc pas beaucoup pour me convaincre de céder à l'appel de leurs derniers titres – mais si, vous savez, ce petit cri sournois que poussent les romans sur les étagères des librairies, répété en boucle, "achète-moi, achète-moi, achète-moi !"... Vous ne voyez pas, vraiment ? Bref.
La Voleuse de Secrets s'annonçait comme un roman de fantastique original et mystérieux, j'étais donc impatiente de voir ce qu'il se cachait derrière cette intrigante couverture violette. Et j'ai été très agréablement surprise !

Ce roman nous entraîne aux côtés de Gia et de ses deux meilleurs amis, Nick et Afton, qui, alors qu'ils visitaient innocemment l'Athenæum, une bibliothèque mythique de Boston, suivent un mystérieux inconnu, franchissent sans trop savoir comment un portail créé par un roman, et se retrouvent propulsés à Paris en l'espace de quelques secondes. Encore sous le choc de ce voyage surprenant, ils font bientôt face à des révélations encore plus incroyables, et découvrent tout un monde dont ils n'avaient absolument pas connaissance...

L'univers créé par l'auteure se révèle tout à fait original, et délicieux pour qui apprécie un tant soit peu la thématique des livres – ce qui, il me semble, concerne une majorité des visiteurs de cet humble blog – et surtout bien exploité tout au long du roman. Une fois la première centaine de pages un peu plus lente dépassée, on rentre enfin dans le vif du sujet, et il ne suffit que de quelques chapitres pour que tous les rouages de l'intrigue se mettent en place.  Dès lors, il devient difficile de s'arracher à cette lecture rythmée par de nombreuses péripéties et autres retournements de situation ! 
Les explications à propos du monde des Sentinelles sont livrées au bon moment, ne laissant pas le lecteur dans l'ignorance trop longtemps, mais ne se précipitant pas non plus. Mêlant les mythologies, investissant des aspects très variés, ces informations peuvent être un peu denses à digérer dans un premier temps, mais il suffit de quelques chapitres pour se sentir à nouveau tout à fait à l'aise dans le récit. Les personnages principaux intègrent d'ailleurs un peu vite à mon goût ces changements, qui remettent pourtant en question... l'intégralité de leur existence sur Terre ?

" — Gia, tu n'es pas humaine, et tu possèdes des pouvoirs magiques exceptionnels qui te permettent de voyager à travers les livres. Allez viens, je t'emmène dans un univers parallèle.
— Cool. On va s'acheter des sandwichs ?"


La magie introduite dans le roman est réellement fascinante, originale, et surtout belle. Les descriptions sont vivantes et évoquent de multiples sensations, les scènes proposées sont variées... Un vrai plaisir !
L'auteure brosse par ailleurs toute une galerie de personnages divers et variés qui donnent une impression de grande vitalité au récit, et dont les caractères affirmés ne peuvent laisser le lecteur indifférent. J'émets cependant un petit bémol quant à l'héroïne, Gia, que je ne suis pas vraiment parvenue à cerner. J'aurais aimé la voir faire preuve de plus de... caractère, qu'elle soit plus nuancée, moins lisse ! 

Et puis, bon, la romance. 
*soupir*
La romance. C'est... une romance. Avec un triangle amoureux. Je ne m'attarderai pas sur le sujet, voulez-vous ?

En bref,  un premier tome prometteur, qui réunit tous les ingrédients nécessaires à un bon roman fantastique ! La Voleuse de Secrets, roman très prenant et vivant, introduit un univers très original qui ravira tout bibliophile qui se respecte ! Il est très agréable de voyager aux côtés des Sentinelles, de découvrir leurs pouvoirs si particuliers, et de se passionner pour les complots et autres secrets qui régissent leurs existences. La suite déterminera s'il s'agit simplement d'une saga agréable ou de titres véritablement excellents ! 

Note attribuée : 7/10

samedi 9 juillet 2016

Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosnay — Chronique n°220

"Comment se pouvait-il que des existences changent si radicalement, soient détruites et que les rues et les immeubles restent les mêmes ?"

Titre : Elle s'appelait Sarah 
Auteure : Tatiana de Rosnay
Genre : Historique | Drame
Éditions : Le Livre de Poche
Lu en : français
Nombre de pages : 415
Résumé : Paris 2002. Julia Jarmond, journaliste américaine, est chargée de couvrir la commémoration du Vél d'Hiv. Découvrant avec horreur le calvaire de ces familles juives qui furent déportées à Auschwitz, elle s'attache en particulier au destin de Sarah et mène l'enquête jusqu'au bout, au péril de ce qu'elle a de plus cher.

Paris 16 juillet 1942. A l'aube la police française fait irruption dans un appartement du Marais. Paniqué, le petit Michel se cache dans un placard. Pour le protéger, sa grande soeur l'enferme et emporte la clef, en lui promettant de revenir. Mais elle fait partie des quatre mille enfants raflés ce jour-là...

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On m'avait parlé un nombre incalculable de fois de ce roman, toujours en des termes élogieux, et je n'avais pourtant – à ma honte suprême – jamais trouvé l'occasion de le découvrir. Étant la première à reconnaître qu'il s'agissait d'un trou considérable dans ma culture littéraire, j'ai fini par me lancer... Et j'aurais dû le faire plus tôt !

L'histoire de ce roman désormais célèbre est à la fois simple et touchante, présentant deux protagonistes à deux époques bien différentes : Sarah, fillette juive victime de la Rafle du Vél d'Hiv en 1942, et Julia, journaliste américaine vivant à Paris de nos jours, chargée d'écrire un article à propos de la commémoration de cet événement tragique, qui se retrouve par hasard à marcher dans les pas de cette dernière. 

La plume sensible et fluide de Tatiana de Rosnay ne peut que plaire, tout comme l'alternance judicieuse entre les points de vue des deux héroïnes. L'innocence perdue de Sarah brise notre cœur, la détermination et le courage de Julia ne peuvent que susciter notre admiration, et le fait de croiser leurs deux histoires permet de créer une attente, une véritable tension qui rendent insupportable le fait de reposer le livre. Les très courts chapitres s'enchaînent à une vitesse folle tandis que notre gorge se serre de plus en plus, que la tension ne fait que croître et que le dévoilement de la vérité se rapproche.  Tatiana de Rosnay sait parfaitement comment toucher son lecteur, comment lui faire ressentir les émotions si intenses qui traversent ses personnages. Au travers de descriptions saisissantes de réalisme, de tableaux poignants et de portraits touchants, on se retrouve profondément impliqué dans l'intrigue... et on ressort indéniablement ému du roman – selon votre degré de sensibilité, vous pourrez tourner la dernière page dans un état potable, ou finir dégoulinant de larmes, c'est selon.

D'un point de vue romanesque, je n'ai donc rien à redire. J'ai simplement un petit bémol à émettre pour ce qui est de l'aspect "moral" du roman – oui, la littéraire que je suis aime créer le débat
J'ai en effet regretté la dimension trop moralisatrice que l'on retrouve à travers le point de vue de Julia notamment. Julia, totalement extérieure aux événements, qui n'en avait pas même connaissance, en vient un peu trop rapidement à donner des leçons et à désigner des coupables. Naturellement, on ne peut que condamner l'acte odieux de livrer des Juifs aux camps, mais j'ai trouvé qu'il était un peu facile pour quelqu'un d'étranger au conflit, des années après les faits, d'avoir un point de vue aussi manichéen sur la question, en s'enflammant contre les "méchants policiers français", en arrivant presque à blâmer le peuple français entier, à vouloir absolument chercher des coupables... 
J'ai été presque choquée de constater que le message qu'un lecteur étranger devait retenir était que les Français ne connaissaient absolument pas la Rafle, qu'ils étaient dans un déni total, et qu'ils portaient globalement la responsabilité de ce qu'il s'était passé, laissant faire les policiers français et s'accaparant sans vergogne les appartements des Juifs raflés. Mais il n'est pas possible de prendre parti à ce point l'on n'est pas directement impliqué dans des faits aussi épouvantables et complexes... du moins à mon sens.

Enfin, ce petit point noir n'a en rien gâché ma lecture, et vous retiendrez bien ce message : n'hésitez pas un instant à découvrir ce livre si vous cherchez à en savoir plus sur la Rafle, si vous cherchez une lecture émouvante et facile d'accès, ou tout simplement si vous avez aimé le film !

Note attribuée : 9/10 : une très belle histoire qui s'intéresse de façon bouleversante à la Rafle du Vél d'Hiv, présente deux héroïnes inoubliables et dévoile des secrets poignants de façon toujours sensible. Prochaine mission : regarder l'adaptation cinématographique... Et vous en parler !