La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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lundi 31 octobre 2016

Bilan du mois [Octobre 2016]

Bonjour à tous !


Le mois d'octobre s'achève - vous n'aviez sans doute pas besoin de moi pour le savoir, mais qu'importe -, laissant place au pire de tous, j'ai nommé NOVEMBRE, oui toi, novembre, odieuse enfilade de trente mornes journées froides, humides et déprimantes. Tout juste a-t-il le bon goût de nous offrir deux jours fériés. 

Ne nous décourageons pas, lisons toujours assidûment - 13 livres ce mois-ci à mon actif - et préparons le meilleur moment de l'année, Noël, fête merveilleuse à l'occasion de laquelle le blog réserve quelques petites surprises !

Et grande nouvelle - pour mon humble petite personne en tout cas.
Après plusieurs mois sans coup de coeur, voici enfin le retour du petit coeur qui palpite, de l'adoration livresque intérieur, avec deux titres plus dégoulinants de génie l'un que l'autre ! 

Les coups de cœur du mois...
Les Belles Vies de Benoît Minville : une plongée délicate et brute à la fois dans un été inoubliable, aux côtés d'adolescents brisés par la vie mais à l'humanité exceptionnelle. Allez le lire, là, tout de suite.
La Danse des Vivants d'Antoine Rault : un titre unique, qui réunit la richesse des meilleurs romans historiques, la tension d'une histoire d'espionnage et des personnages incroyablement bien travaillés...

J'ai adoré...
Dangerous Boys d'Abigail Haas - VO : un récit qui aurait pu être un coup de coeur comme l'autre roman de l'auteure que j'ai pu découvrir, Dangerous Girls. Encore une fois, c'est une immense réussite, à la tension inouïe et aux personnages insaisissables.
Three Dark Crowns de Kendare Blake : un titre de fantasy en tous points réussi : entre personnages complexes, univers riche et bien exploité et intrigue imprévisible, tout est réuni pour une lecture exquise ! 
Macha ou l'Evasion de Jérôme Leroy : un récit saisissant, opposant une utopie délicieuse à notre réalité défaillante, qui inspire bien des réflexions essentielles...
Lou ! tome 7 - La Cabane de Julien Neel : un tome qui permet enfin de faire la lumière sur les bizarreries du tome 6, dont les dessins splendides et les personnages lumineux sont en un mot un délice...

J'ai beaucoup aimé...
Victor Tombe-Dedans sur l'Île au Trésor de Benoît Minville : un titre jeunesse en tous points réussi, qui réexploite ingénieusement et avec humour l'histoire du célèbre livre de Stevenson.
Révolution tome 1 - L'Idéal d'Hilary Mantel : la première partie d'une fresque historique sur fond de Révolution française, qui retrace principalement les destins de Desmoulins, Danton et Robespierre... Un récit passionné et passionnant !
The Thousandth Floor de Katharine McGee - VO : un roman vraiment prenant, à l'intrigue débordant de secrets et manipulations croustillantes, le tout dans un univers futuriste convainquant. 
Esther de Sarah McKay : un roman historique à l'héroïne marquante et au rythme toujours intense, dont j'ai hâte de vous reparler.
Le Journal de Gurty tome 2 - Parée pour l'hiver de Bertrand Santini : un second tome aussi adorable que le précédent, qui plaira aux plus jeunes par son récit hilarant et ses illustrations réussies ! 

J'ai bien aimé...
Espionnage intime de Susie Morgenstein : une histoire aussi jouissive que son résumé le promet : que se passe-t-il lorsqu'une adolescente s'aperçoit que sa mère lit son journal intime ? Pour Angélique, elle continue à écrire... Mais s'agit-il bien de la vérité ?
Happy End d'Anne Loyer : un très court ouvrage, plus une nouvelle qu'un roman, dont le nombre de pages n'est pas proportionnel à l'émotion transmise !

Sur ce, je vous souhaite un excellent mois de novembre !
Allez.
On y croit.

vendredi 28 octobre 2016

Cœurs brisés, têtes coupées de Robyn Schneider - Chronique n°259

"Le monde brise chacun d'entre nous et, après coup, certains sont plus solides à l'endroit de leurs fractures."

Titre : Coeurs brisés, têtes coupées
Auteure : Robyn Schneider
Genre : Contemporain | YA
Editions : Gallimard
Lu en : français
Nombre de pages : 291
Résumé : Ezra Faulkner, 17 ans, sportif, beau, brillant, appartient à la clique branchée du lycée d'Eastwoood High, en Californie. Mais un soir d'été un drame survient et sa vie bascule. Son année de terminale ne se passera pas comme prévu, Ezra ne sera plus le roi de la promo qu'on attendait...Brisé, il est rejeté par toute sa clique d'amis populaires, et n'a d'autre option que de déjeuner avec les losers de son lycée. Parmi eux, il y a une nouvelle, excentrique et fascinante : Cassidy Thorpe...

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Livre lu en Lecture Commune avec Ninon du blog Livres de cœur, à visiter de toute urgence (lien de sa chronique à venir) !

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Les amis, voici l'une de mes plus belles surprises de l'année ! Je dois avouer, à ma grande honte, que ce roman patientait depuis longtemps, trois ans il me semble, dans les étagères de ma bibliothèque, honteusement dédaigné par ma petite personne. Heureusement que j'ai pu compter sur Ninon pour enfin le commencer, car j'étais en train de passer à côté d'une petite pépite !

Coeurs brisés, têtes coupées n'a l'air de rien, à première vue. Son résumé peut paraître, somme toute, assez commun, mais il ne faut pas s'arrêter à cet a priori. L'histoire d'Ezra, ancien golden boy du lycée, sportif et populaire, dont le statut s'effondre avec le terrible accident de voiture dont il est victime après une soirée, s'avère d'une grande richesse. 
Mis au ban de son ancienne petite clique d'amis de la façon la plus sournoise et hypocrite qui soit, le personnage principal se retrouve à passer du temps avec les parias de son lycée, et notamment son ancien meilleur ami, Toby... Sans se douter que cette compagnie qu'il ne désirait pas tout à fait va le faire grandir, lui ouvrir les yeux sur le monde comme jamais, et surtout l'amener à faire la connaissance d'une personne au rôle déterminant dans son cheminement intérieur, Cassidy. 

Ezra est en quelques mots le Personnage Parfait, tel qu'on a rarement l'occasion d'en suivre. Au départ assez insignifiant, il se révèle petit à petit, au fur et à mesure de l'avancée du récit, fait la part des choses, à saisir ce qui compte vraiment. Son humour cynique et mordant est un délice, ses qualités humaines s'affirment et le rendent inoubliables. Un personnage qui constitue tout le sel du récit, en tous points merveilleux donc, malgré et grâce à ses doutes et ses égarements.
Mais qui reste fictif. Hélas.
Et je précise à la cantonade qu'il est à moi. Moi et moi seule l'épouserai.

L'auteure révèle une plume d'une finesse insoupçonnée, un récit lourd de sens mais toujours d'une grande fluidité, et par lequel on se laisse porter avec plaisir. En l'espace de quelques chapitres, on éprouve ainsi une telle sympathie pour le personnage et un tel attrait pour sa narration que l'on se retrouve complètement pris par sa lecture, bien que le récit de l'année de terminale d'un lycéen lambda puisse au premier abord paraître assez fade. 

En bref, un roman inspirant et véritablement émouvant, porteur de belles réflexions tout sauf pesantes sur l'amitié, la maturité, la loyauté, j'en passe et des meilleures. Loin d'avoir une approche moralisatrice, et de nous seriner les mêmes leçons usées, l'auteure livre ici un roman tout en sensibilité et en justesse, fait d'exquises tranches de vies, de dialogues inspirants et surtout hilarants. Le récit n'est évidemment pas totalement dénué de clichés et de lieux communs, mais il se mettent justement au service du message du roman, et ne deviennent jamais agaçants. A découvrir !

Note attribuée : 9/10

mercredi 26 octobre 2016

Mon Livre au Cinéma - Miss Peregrine et les Enfants Particuliers

Titre : Miss Peregrine et les enfants particuliers
Réalisateur : Tim Burton
Scénario : Jane Campion
Adaptation d'un roman de : Ramson Riggs
Synopsis : À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs…  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre "particularité" peut sauver ses nouveaux amis.

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J'ai eu l'occasion de découvrir le roman Miss Peregrine's Home for Peculiar Children cet été, que j'avais bien apprécié, même s'il est vrai que j'en attendais plus à cause des avis dithyrambiques que j'avais pu découvrir. Je demeurais impatiente de découvrir l'adaptation, réalisée par le célébrissime Tim Burton... et à propos de laquelle j'ai beaucoup de choses à dire également ! 

A mes yeux, Miss Peregrine est réussi dans son adaptation, pas dans le sens où il est fidèle à la ligne près au texte du roman - ce qui est d'ailleurs à mes yeux loin d'être un point positif dans les adaptations cinématographiques d'oeuvres littéraires, j'aime justement qu'elles créent leur propre univers, quitte à s'éloigner de l'intrigue originale - mais dans celui où il constitue un film réussi à lui seul, dont on peut profiter sans avoir lu le roman, et qui parvient à instaurer une atmosphère de qualité, propre.

Ce long-métrage est extrêmement dense, constitué de plans très courts et rapprochés, aux personnages nombreux et variés, et impose surtout au spectateur un récit ambitieux, principalement à cause du thème omniprésent du voyage dans le temps - j'ai nommé le thème le plus prise-de-tête de l'univers. L'immersion reste réelle, le tout prenant, et on passe indéniablement un bon moment... même si le film est loin d'être parfait.

En effet, Miss Peregrine souffre d'un certain nombre d'incohérences, de raccourcis scénaristiques et de faux-raccords patents. 
Les cinq dernières minutes surtout donnent l'impression que l'équipe de tournage s'est dit : "mince, les gens, on est déjà à deux heures de film.. Bon, on bâcle un petit épilogue vite fait mal fait ?". En l'espace de quelques plans, le spectateur se fait envoyer douze voyages temporels, six paradoxes et trois réflexions philosophiques en plein visage, et avant d'avoir eu le temps d'envisager à commencer d'essayer d'intégrer ce qui vient de lui être proposé, il est déjà face au générique.
NON.
Je dis, non.

De plus, on rencontre une multitude de petits détails gênants, qui ne concordent pas. Ils ne sont pas dramatiques pris individuellement, mais mis bout à bout, ils constituent un obstacle au véritable divertissement du spectateur. Par exemple, le plan suivant une scène où Jake est seul au monde en Angleterre sans un sou en poche le révèle pédalant comme ça, par la magie du cinéma, dans sa rue en Floride. NON. Je dis, non. 
Un autre plan montre un bateau qui surgit de nulle part et jette son ancre dans un port anglais en pleine Seconde Guerre mondiale, pendant des heures, sans se faire inquiéter par personne. NON.
Des outils qui surgissent de nulle part, des règles enfreintes alors qu'elles étaient expliquées dans la scène antérieure... NON, encore une fois. 

Oui, s'interroger sur ce genre de détails n'est peut-être pas essentiel, mais j'estime que  le contrat tacite qui lie le réalisateur au spectateur engage le premier à proposer une histoire cohérente, et surtout à ne jamais laisser son public dans le flou ou d'exiger qu'il devine de lui-même certains éléments importants.

Par ailleurs, j'avoue ne pas être entièrement séduite par le jeu d'acteurs, notamment et malheureusement par celui des deux figures principales du film, Jake, interprété par Asa Butterfield, et Miss Peregrine, incarnée par Eva Green. L'un comme l'autre ne séduisent pas totalement : lui a un jeu assez plat et une palette d'expression faciales, que dire, assez réduite, et elle donne vie à son rôle d'une façon vraiment particulière - humour, quand tu nous tiens... - assez surjouée et peu naturelle. 

Il me tient enfin à cœur de souligner le caractère assez dérangeant, graphique, de certaines scènes, d'un point de vue visuel comme moral. Les scènes violentes, et quasi-gores, sont légion, l'atmosphère est d'une lourdeur intenable, surtout dans la deuxième moitié du film, et même l'intrigue se caractérise par une tension assez difficile, et touche à des thèmes sensibles. J'avoue qu'il m'arrivé, à moi qui sourcille rarement devant les pires scènes de massacre, d'être franchement déstabilisée par certains plans... Et surtout choquée en pensant aux très, très jeunes spectateurs de la salle, âgés pour certains de moins de six ans. 

En bref, un film intense, très dense, avec énormément de plans très courts, une action ébouriffante et une photographie magnifique. Du bon vieux Tim Burton qui réinvestit beaucoup d'ingrédients savoureux de ses anciens films, comme le stop-motion, et qui promet deux belles heures de divertissement et d'immersion, malgré certains points noirs. Un ressenti mitigé : on passe certes un bon moment, mais il est loin d'être assuré que l'on s'aventurera à un second visionnage.

Note attribuée : 4,5/10

mardi 25 octobre 2016

La Danse des Vivants d'Antoine Rault - Chronique n°258

"Je ne pense pas, je sais ce que j'ai à faire. À la guerre, tout se simplifie. Vivre, c'est juste ne pas mourir."

Titre : La Danse des Vivants
Auteur : Antoine Rault
Genre : Historique
Editions : Albin Michel
Lu en : français
Nombre de pages : 488
Résumé : Eté 1918. Dans un hôpital militaire, un jeune homme se réveille amnésique. Il a tout oublié de son passé, jusqu’à son nom, mais parle aussi bien le français que l’allemand.

Les services secrets français voient en lui l’espion idéal. Ils lui donnent l’identité d’un mort allemand. Mais peut-on être un autre quand pour soi-même on est personne ?
Grande fresque historique et roman d’aventures captivant, où personnages imaginaires et réels se côtoient, La danse des vivants nous entraîne dans une épopée à travers l’Allemagne de Weimar. C’est toute l’Europe de l’entre-deux-guerres déchirée par la violence des nationalismes et des idéologies que nous dépeint l’auteur à travers ce héros sans mémoire.
De surprises en surprises, une réflexion sur l’identité et le destin de l’homme emporté et bouleversé par la marche de l’Histoire.


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A l'été 1918, alors que les combats sur le front continuent avec plus de brutalité que jamais mais que l'issue de la guerre est déjà inéluctable, un soldat français se réveille dans un hôpital de campagne. Extrêmement cultivé et surtout bilingue en français et en allemand, il se révèle cependant totalement amnésique quant à son propre passé... Et constitue ainsi très vite le candidat idéal à une mission d'espionnage en Allemagne, afin de contrôler de l'intérieur le comportement des futurs vaincus...

Ce récit vous paraît alléchant ?
Il est aussi captivant qu'il en a l'air.
Et que diriez-vous si je mentionnais de façon totalement innocente et absolument pas destinée à vous donner envie de vous ruer sur ce titre que ce roman est doublé d'une dimension historique exceptionnelle, et permet de saisir avec plus de justesse que ne le permettra jamais un manuel d'histoire la souffrance profonde des peuples après la guerre, l'humiliation allemande, le casse-tête politique européen et même mondial qu'est la tentative de reconstruction d'une paix que l'on sait de toute façon désespérément fragile, la montée des nationalismes ?

Vous ne diriez rien. Vous vous précipiteriez comme le ferait toute personne sensée dans la librairie la plus proche. Tout simplement.

La connaissance approfondie de l'auteur de la fin de la Première Guerre mondiale et des mois qui la suivent est réellement impressionnante : entre analyses politiques d'une grande clarté, portraits convaincants de grandes figures de l'époque telles que Clemenceau ou Wilson, retranscription de cette atmosphère si tendue et de ces esprits si meurtris après de telles abominations, on est tout simplement sous le charme. 

Loin d'être un tissu illisible de savoirs, La Danse des Vivants jouit d'une écriture d'une fluidité remarquable et toujours très expressive, d'une propension à l'hypotypose - la création de petits tableaux saisissants au sein du récit - tout à fait appréciable, et surtout d'une tension permanente et d'un personnage principal auquel il est humainement impossible de ne pas s'attacher.
Mais un attachement style quadruple ceinture de sécurité cadenassée, je précise.Style "s'il arrive quoi que ce soit à cet homme, je file sous les roues d'un 4x4". Sans disproportion aucune.

Surtout, La Danse des Vivants permet une grande clairvoyance à propos de l'après-guerre à propos du statut de chaque camp après la guerre. Non, la France et ses alliés ne se sont pas comportés en humbles vainqueurs. Non, les Allemands n'étaient pas des monstres belligérants assoiffés de sang qui ont bien mérité leur défaite. Tous partageaient la même responsabilité, les mêmes ressentiments et les mêmes tensions, mais tous n'ont pas eu les mêmes moyens de s'exprimer.

Un roman intelligent et intelligible, subtil et ironique, qui réunit des qualités rares : la richesse historique et culturelle, la fluidité de la narration, la tension permanente au sein de l'intrigue. Un titre obsédant dans lequel on n'a d'autre choix que de s'immerger passionnément, aussi bien réussi sur le plan romanesque qu'historique, à mettre entre toutes les mains.
Même de force. OUI. DE FORCE.


Avertissement : ouvrir La Danse des Vivants signifie à renoncer à toute vie sociale pendant toute la durée de sa lecture. Je vous aurai prévenus.

Note attribuée : 10/10

samedi 22 octobre 2016

Les Belles Vies de Benoît Minville - Chronique n°257

"Et ils savent que demain, pour la première fois, face au monde qu'on leur impose, ils oseront devenir."

Titre : Les Belles Vies
Auteur : Benoît Minville
Genre : Contemporain
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Nombre de pages : 233

Résumé : Turbulents, pas vraiment délinquants, ils cumulent les bêtises plus ou moins graves, les rires et les bleus. Vasco est en CFA BTP, Djib passe en première S. Leur dernière rixe est pour tant celle de trop… 

Afin de leur mettre du plomb dans la tête, leurs parents décident d’employer les grands moyens : ils envoient les deux ados dans la Nièvre, le temps d’un été chez un ami du père de Vasco, entrepreneur local qui propose ses services comme famille d’accueil pour la DDASS. 
C’est dans cette campagne éloignée de tout, France profonde dont on parle peu, qu’ils vont rencontrer et se confronter à une autre forme de jeunesse : celle des enfants élevés par celle que tous surnomment « Tata », une femme qui accueille des enfants placés et donne sa vie aux autres.

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Un grand merci aux éditions Sarbacane pour cet envoi !

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J'ai déjà pu constater à deux reprises le talent d'écrivain de Benoît Minville, avec deux romans aux tons bien différents mais tout aussi convaincants l'un que l'autre : Les Géants et Victor Tombe-Dedans sur l'île au trésor : l'un destiné aux jeunes adultes, l'autre aux enfants, mais tous deux saisissants à leur manière.
Dès lors, que fallait-il légitimement répondre lorsque l'on m'a proposé de découvrir un troisième titre ?
Oui, les enfants, c'est bien. OUI.

Les Belles Vies propose de passer un été envoûtant aux côtés de personnages à l'héroïsme pas forcément évident au premier abord, puisqu'il s'agit d'adolescents en proie à des démons tels que la violence ou l'instabilité familiale.
Et pourtant.
Ces adolescents à la situation précaire passent leurs vacances chez Tata et son mari, un vieux couple qui a fait de ces petits protégés leurs petits-enfants de coeur. Certains vivent en leur compagnie depuis plus longtemps que d'autre, mais au cours de cet été, tous sont à égalité. Des rituels se créent, chacun éprouve de plus en plus de plaisir à demeurer dans cette campagne perdue, et surtout, tous apprennent à se connaître, se jaugent tout d'abord, puis laissent place à une merveilleuse spontanéité et à une sincérité touchante.


Le récit est porté par la plume si talentueuse de Benoît Minville, qui trouve un équilibre remarquable entre lyrisme et quotidien, entre réalité et sublime. Oui, c'est bien cela, le terme à retenir pour parler des Belles Vies, sublime, comme enveloppé d'une aura de beauté. Beauté des sentiments, des échanges, même beauté des jalousies et des disputes, car l'on sait bien que ce ne sont que des étapes vers l'acceptation et la découverte de l'autre. 
On tombe en arrêt devant certaines phrases, aux termes toujours bien choisis, à l'émotion palpable, au message juste et inspirant. Je pense notamment à la citation que j'ai placée en tête d'article, devant laquelle je suis restée hébétée un long moment.
Et non, ce n'était pas parce que je n'arrivais pas à en saisir le sens. Je suis peut-être limitée, mais tout de même.

On est vite à court de termes pour qualifier ce voyage, ce retour à la liberté dans ce qu'elle a de plus tangible et admirable. Alors faites confiance aux idées de Benoît Minville, à sa façon de créer des atmosphères, à sa capacité à mettre le doigt sur ce qui peut sembler ne constituer que des détails, mais qui forme en réalité ce qu'il y a de plus grand dans nos existences. Achetez ce bouquin, que diable.

Oui, si on en arrive au stade des expressions désuètes, c'est que je suis vraiment dans un état de transe profond, et donc qu'il faut lire ce roman.

En bref, une plongée sensible et sensuelle dans un été étourdissant, théâtre de la construction de liens humains beaux à pleurer, entre amitié, amour, rivalité et surtout unité. Un récit d'une maturité exceptionnelle, tout en demeurant profondément réaliste et même réel. Les dialogues fusent avec tant de naturel qu'ils en sont presque audibles, les scènes décrites sont si convaincantes que l'on s'y transporte inconsciemment. C'est triste et beau, doux et brutal. C'est une ode à la tolérance et à l'humanité. C'est un coup de cœur, tout simplement...

Note attribuée : 10/10

jeudi 20 octobre 2016

Three Dark Crowns de Kendare Blake - Chronique n°256

“Three dark queens
Are born in a glen,
Sweet little triplets
Will never be friends

Three dark sisters
All fair to be seen,
Two to devour
And one to be Queen”

Titre : Three Dark Crowns
Auteure : Kendare Blake
Genre : Fantasy
Editions : HarperTeen
Lu en : anglais
Nombre de pages : 416
Résumé : Every generation on the island of Fennbirn, a set of triplets is born: three queens, all equal heirs to the crown and each possessor of a coveted magic. Mirabella is a fierce elemental, able to spark hungry flames or vicious storms at the snap of her fingers. Katharine is a poisoner, one who can ingest the deadliest poisons without so much as a stomachache. Arsinoe, a naturalist, is said to have the ability to bloom the reddest rose and control the fiercest of lions.


But becoming the Queen Crowned isn’t solely a matter of royal birth. Each sister has to fight for it. And it’s not just a game of win or lose…it’s life or death. The night the sisters turn sixteen, the battle begins. The last queen standing gets the crown.


If only it was that simple. Katharine is unable to tolerate the weakest poison, and Arsinoe, no matter how hard she tries, can’t make even a weed grow. The two queens have been shamefully faking their powers, taking care to keep each other, the island, and their powerful sister Mirabella none the wiser. But with alliances being formed, betrayals taking shape, and ruthless revenge haunting the queens’ every move, one thing is certain: the last queen standing might not be the strongest…but she may be the darkest.


A chaque génération sur l'île de Fennbirn, on assiste à la naissance de triplées : trois reines, toutes potentielles héritières de la couronne et chacune détentrice d'un pouvoir magique convoité. Mirabella est une puissante élémentaire, capable de faire surgir des flammes dévorantes ou des tempêtes vicieuses d'un claquement de doigts. Katharine est une empoisonneuse, capable d'ingérer les poisons les plus mortels avec tout au plus de légers maux d'estomac. Arsinoe, une naturaliste, aurait la capacité faire fleurir la plus rouge des roses et de contrôler le lion le plus sauvage. 

Mais devenir la Reine Couronnée n'est pas seulement une question de naissance royale. Chaque soeur doit se battre pour cela. Et il ne s'agit pas uniquement d'un jeu que l'on gagne ou perd... Mais de vie ou de mort. La bataille doit commencer une nuit, quatre mois après les seize ans des héritières. La dernière à tenir debout s'empare de la couronne.

Si seulement cela était aussi simple. Katharine est incapable de tolérer le plus faible des poisons, et Arsinoe, aussi désespérément l'essayerait-t-elle, ne pourrait même pas faire pousser une herbe. Les deux reines ont honteusement prétendu posséder des pouvoirs, veillant à ce que ni l'une, ni l'autre, ni l'île, ni leur soeur si puissante n'apprenne la vérité. Mais avec la formation d'alliances, la menace de trahisons et la revanche insatiable qui hante le moindre des gestes des reines, une seule chose est certaine : la dernière reine à survivre ne sera peut-être pas la plus forte... Mais elle sera sans l'ombre d'un doute la plus sombre.

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Reviewing in English

I'm wondering if there's anything more delightful than an excellent fantasy book.
Well, probably. But I haven't heard of it. 

Three Dark Crowns seemed to have all the attributes necessary to the perfect fantasy reading: a plot based on magic and conflict, a gorgeous cover - seriously, this cover. THIS COVER -, a complete set of utterly different heroines that you will love to hate or support, a complex game of political alliances and betrayals... 

The story is dark, made of untold secrets and mischievous characters, hence highly entertaining. After few chapters only, you'll feel deeply immersed into the book, you'll start judging every single characters, and even making plans for the ending - which will, sorry to disappoint you, never be the one you were expecting. There are a few romances, but they never turn out as you thought they would... The rhythm is terribly intense, and I can assure you that getting back into reality after discovering Fennbirn is... painful.
This book is awesome.   

Some readers complained about the difficulty they had to fully understand how this universe was organized: according to them, there were too many secondary characters, an unclear explanation of the island's political system... I don't really agree with that: to my eyes, although there are definitely a lot of characters, it was really smooth and easy to enter the story, to get to know this cruel world, not at all confusing. Still, you have to be attentive... This is a rich and well-built book, it deserves your full investment!

And this final plot twist.
THIS TWIST. There are no words. 
I need the sequel. 
Please.

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MON DIEU, J'AIME LA FANTASY.

Et des livres comme Three Dark Crowns ne font que me le confirmer.
J'avais entendu parler de cette alléchante lecture sur la blogosphère américaine, qui se répandait en louanges à son sujet. Cela, associé à la magnificence de la couverture, m'a évidemment poussée à me lancer. Et c'était si bien. 

En quelques mots, trois triplées, trois reines aux pouvoirs différents, naissent à chaque génération sur l'île de Fennbirn. Séparées à l'âge de six ans, les fillettes disposent de dix ans pour s'entraîner et s'endurcir en vue d'une terrible année qui verra la mort de deux d'entre elles et le couronnement de leur meurtrière.
Joie, bonne humeur, pitié charitable.

Three Dark Crowns nous présente ainsi la promotion, si j'ose dire, constituée de Mirabella, si puissante que tous le clergé de l'île la soutient en toute partialité, et d'Arsinoe et Katharine, qui ne disposent à leur grande honte toujours pas de leurs pouvoirs : Arsinoe, naturaliste, jouit d'un degré de sensibilité négatif à la nature, tandis que Katharine, empoisonneuse, s'effondre en ingérant la moindre goutte de poison. 
Mais les seize ans des triplées surviennent déjà... Et l'heure du combat se rapproche inéluctablement, alors que, très clairement, personne n'y est prêt - surtout lorsque s'y rajoutent des stratégies politiques et des sentiments difficiles à démêler de chaque côté. 

Il suffit de quelques chapitres à peine pour se trouver complètement immergé, que dis-je, submergé, par cet univers de fantasy riche, bien construit, décrit avec un goût du détail et une vivacité rares. Sentiments et raison d'Etat se heurtent, tout comme hypocrisie et affection, ou mensonges et aveux... Le petit coeur du lecteur ne cesse de palpiter tandis que les rebondissements s'enchaînent, jusqu'à un dénouement qui donne envie de s'arracher lentement les cheveux un à un de frustration.
Et ne cherchez pas à deviner cette issue, si merveilleusement inattendue et épouvantablement bien trouvée. Vous vous tromperez, hélas. J'en ai fait l'expérience. Et j'en ai souffert. 

Il s'agit donc d'un récit captivant, porté par une plume subtile et un rythme maîtrisé. Pour peu que vous ayez déjà lu quelques romans en anglais, Three Dark Crowns me paraît tout à fait abordable - et puis, très honnêtement, s'il ne venait pas à être traduit, j'en serais la première surprise ! N'hésitez donc pas à vous laisser tenter par ce roman, qui demeure certes dans les codes du genre, mais parvient à trouver cette petite étincelle, cette touche de piquant qui le rendent marquant. 

En bref, une histoire à dévorer goulûment, sombre et complexe à souhait, faite de fourbes machinations et de secrets d'Etat. Entre désir de revanche, amour et haine, les personnages se déchirent 

Note attribuée : 9/10

Et petit bonus alléchant, des portraits des trois sœurs, venant de l'excellent site EpicReads...


lundi 17 octobre 2016

Ni le feu ni la foudre de Julien Suaudeau - Chronique n°255

Titre : Ni le feu ni la foudre
Auteur : Julien Suaudeau
Editions : Robert Laffont
Genre : Littérature générale
Lu en : français
Résumé : Du petit matin jusqu'au soir du 13 novembre 2015, cinq personnages hésitent à aller au concert. Ni le feu ni la foudre est leur évangile. Selon Stella, 13 ans, fan de Bowie, personnage et oracle, qui sait que quelque chose va arriver ; selon Raphaël, son père, qui a décidé de changer de vie pour retrouver sa fille qu'il n'a pas vu grandir ; selon Pauline, échographe morphinomane, fâchée avec les siens, qui rend visite à sa mère qui a perdu la tête ; selon Ariane, qui lors de sa deuxième échographie se trouve submergée par ses souvenirs d'enfance et croise son ancien fiancé Raphaël ; selon Igor, vieil ours à qui son médecin apprend qu'il lui reste cinq semaines. 

Cinq personnages et Paris, bien sûr, par un beau jour de novembre qui ressemble au printemps. Et quelque chose de terrible va se produire. 


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Un grand merci aux éditions Robert Laffont et à Babelio pour cet envoi !

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La violence, l'intolérance et le terrorisme font malheureusement partie de notre paysage quotidien, et il est logique que ces problématiques se retrouvent désormais dans la littérature. Nous avons ainsi pu découvrir l'excellent A la Place du Cœur d'Arnaud Cathrine dans la collection R de Robert Laffont... et voici un nouveau titre, de littérature générale cette fois-ci, qui s'appuie sur les récents attentats, bien que d'une façon différente, avec une atmosphère poétique et émouvante.

Julien Suaudeau décrit la journée de cinq individus, aussi différents qu'il est possible de l'imaginer : une jeune adolescente dévorée de solitude et d'incertitudes, son père qui ne l'a pas vue grandir et s'éloigne inexorablement d'elle, un grand dur qui vient d'apprendre qu'il n'a plus que cinq semaines à vivre, une échographe accro à la morphine et une jeune femme enceinte de son premier enfant. Leurs parcours vont bien sûr s'entrelacer, se rapprocher ensemble de la terrible issue de ce 13 Novembre, de ce concert vers lesquels leurs pas semblent irrésistiblement les mener. Les heures défilent, leurs questions se font écho, leurs peurs s'étendent dans une urgence terriblement angoissante, comme s'ils pressentaient le drame qui allait survenir.


Certaines situations sont parfois déstabilisantes, peut-être même obscures, mais les sentiments demeurent intacts, l'émotion prend toujours le lecteur à la gorge. On est tour à tour réjoui, gêné, touché, empli de compassion. On s'attache à certains destins plus qu'à d'autres, mais sans jamais totalement oublier la sourde menace qui plane sur chacun d'entre eux. La tension est à proprement parler insoutenable, au point qu'il en est difficile de lire ce roman d'une traite, qu'on a parfois besoin de le refermer pour respirer, être soulagé un instant de cette chape de plomb qui pèse sur les cinq héros. 

Il s'agit là d'une lecture loin d'être évidente, sombre, et oui, quasi-déprimante. Pas de feu, pas de foudre, pas de violence physique décrite dans le texte, mais pas de lumière non plus, et il faut avouer que l'on referme ce récit dans un état de mornitude assez avancé. 
Oui, mornitude, parfaitement.
Vous n'en serez pas non plus au stade où vous éprouverez un besoin maladif de Valium, mais sachez que se lancer dans Ni le Feu ni la Foudre n'est pas une partie de plaisir. C'est une belle lecture, nécessaire sans doute, à la plume indéniablement brillante et qui vaut le coup d'être découverte... mais loin d'être porteuse d'espoir, du moins l'ai-je perçu ainsi.

Note attribuée : 7,5/10




samedi 15 octobre 2016

The Thousandth Floor de Katharine McGee - Chronique n°254

"Sometimes love and chaos are the same thing."

Titre: The Thousandth Floor
Auteure : Katharine McGee
Editions : HarperTeen
Genre: Science-fiction | Romance
Lu en : anglais
Nombre de pages : 437
Résumé : NEW YORK CITY AS YOU'VE NEVER SEEN IT BEFORE.



A thousand-story tower stretching into the sky. A glittering vision of the future where anything is possible—if you want it enough.


WELCOME TO MANHATTAN, 2118.

A hundred years in the future, New  York is a city of innovation and dreams. Everyone there wants something…and everyone has something to lose.

LEDA COLE’s flawless exterior belies a secret addiction—to a drug she never should have tried and a boy she never should have touched.

ERIS DODD-RADSON’s beautiful, carefree life falls to pieces when a heartbreaking betrayal tears her family apart.

RYLIN MYERS’s job on one of the highest floors sweeps her into a world—and a romance—she never imagined…but will this new life cost Rylin her old one?

WATT BAKRADI is a tech genius with a secret: he knows everything about everyone. But when he’s hired to spy for an upper-floor girl, he finds himself caught up in a complicated web of lies.

And living above everyone else on the thousandth floor is AVERY FULLER, the girl genetically designed to be perfect. The girl who seems to have it all—yet is tormented by the one thing she can never have.

Amid breathtaking advancement and high-tech luxury, five teenagers struggle to find their place at the top of the world. But when you're this high up, there's nowhere to go but down....

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Livre lu en Lecture Commune avec Fanny du blog Livresquement : son avis ! 

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Reviewing in English

This book is the perfect incarnation of the Bookish Guilty Pleasure. Yes, that exact book that you devour until late at night, with thrills of excitement as long as you discover all its twists and highly-enjoyable secrets, all of this of course with a huge mug of hot chocolate. The characters might be a little stereotyped, the plot a little bit too "drama-like", the revelations somehow too intense, you don't care. You just read, like you would binge-watch a TV show. You are of course aware of the story's flaws, but it doesn't matter. You continue reading, you enjoy this distraction, and you spend a great time. 

So if you enjoy the highly dramatic plots full of unpredictable twists, the intense characters who you will either deeply hate or always support, or simply this gorgeous cover, don't hesitate! As I said, TTF is far from being a perfect book, but honestly, if you just want to get distracted, amazed and surprised, it will definitely and largely suit you!

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Vous voyez, ce genre de livres que vous ouvrez avec un petit frisson d'excitation, dont vous savourez les rebondissements, dont vous vous délectez comme d'un plaisir coupable, et qui anime vos sombres soirées d'hiver, de préférence en compagnie d'un plaid et d'un mug de chocolat chaud ?

Oui, ce livre, à la portée philosophique pas toujours forcément très certaine, aux personnages parfois à la limite du stéréotype - et même de façon très certaine -, à l'intrigue un peu trop versée dans le sensationnel et le dramatique, reste très agréable à découvrir.


Il ne marquera sans doute guère votre mémoire d'un souvenir impérissable. Je le reconnais. Certes.

Mais il reste par trop exquisément agréable à découvrir.

Le décor est futuriste et sensationnel : une tour de mille étages très précisément, aussi vaste qu'une ville, qui s'élève en plein New York, et qui fonctionne comme un véritable microcosme - si tu ne connais pas ce terme, c'est que tu as peut-être eu la chance d'échapper à d'éprouvants cours de français sur l'humanisme. Ou que tu les as oubliés. Auquel cas, je t'apprends que cela signifie micro-société - : en effet, les habitants de cette tour se répartissent selon leur classe sociale. Les plus pauvres stagnent dans les étages les plus bas, les plus larges et peuplés, tandis que les élites profitent de logements au luxe indécent dans les petites résidences privées que sont les étages les plus élevés. 

Dans cette tour, dont on ne connaît pas vraiment les circonstances de la construction, gravitent différents personnages principaux : Rylin, qui se démène pour nourrir sa petite sœur, Watt, hacker informatique de génie, Eris, enfant gâtée dont l'existence est sur le point d'être bouleversée, Leda, qui doit cacher à ses amis fortunés ses vieilles casseroles, ou encore Avery, fille chérie du couple le plus riche de la Tour, qui dissimule un amour passionnel qui pourrait lui causer la pire des disgrâces.

Vous le sentez venir, oui, le drame. Vous  les percevez, ces petits secrets croustillants. Entre machinations complexes, coups bas et spéculations, les pages se tournent avec plaisir et facilité, malgré quelques passages peut-être un peu plus lents, des situations un peu trop énormes pour convaincre totalement, de quelques petites facilités.

Mais bon.

Se faire son avis personnel sur chaque personnage est un véritable délice, surtout lorsque l'on est confronté à des personnalités aussi ambiguës que celles-ci ! Tous jouent sur de multiples tableaux, se battent avant tout pour leur peau... Et le résultat est évidemment explosif ! Le final se démarque par son intensité : en l'espace de quelques pages, estomaqué, on se retrouve dans l'urgence de terminer le roman, puis dans la frustration extrême de ne pas avoir le tome suivant sous la main. 
CE DERNIER CHAPITRE, les enfants, je l'ai encore au travers de la gorge.

En bref, une histoire à l'univers convaincant et à l'intrigue débordante de rebondissements à la Gossip Girl, qui saura vous transporter un siècle dans le futur au cœur d'une micro-société impitoyable et de personnages qui se mettent délicieusement en charpie mutuelle. L'écriture fluide porte le récit, qui souffre certes de certaines légèretés, d'un contexte pas très approfondi, et de situations un poil rocambolesques et stéréotypées, mais qu'importe, la lecture est si divertissante ! 

Et cette couverture chatoyante, luminescente, étincelante, débordante de beauté.

A noter qu'il paraîtra en janvier chez Michel Lafon en version française - mais si vous voulez tenter l'aventure VO, le niveau me paraît assez abordable !

Note attribuée : 7,5/10

mercredi 12 octobre 2016

Lou ! tome 7 - La Cabane de Julien Neel - Chronique n°253

"L'amour peut prendre plein de formes surprenantes... [...] On l'a tous en nous, mais il a besoin des autres pour s'épanouir : il lui faut un environnement propice. Et c'est à nous de le construire, en tissant des liens, en construisant des choses, en échangeant des idées..."

Titre : Lou ! tome 7- La Cabane

Auteur et illustrateur : Julien Neel
Genre : Bande-dessinée
Editions : Glénat
Nombre de pages : 48
Résumé : Pour les vacances, Lou a décidé d’emmener ses copines sur la terre de ses ancêtres : à Mortebouse, où la 4G est inexistante ! Le lieu idéal pour s’affranchir des choses superficielles du monde moderne et entrer en communion avec la nature, il paraît que c’est super tendance. L’occasion de revoir Paul, aussi... Point d’orgue de ce programme « retour aux sources » : la construction d’une cabane, sur le terrain de la grand-mère de Lou.
Cette année, retrouvez Lou en compagnie de sa maman, de Mina, Paul, Tristan, Mister Juice, mais aussi d’une myriade d’autres personnages ! Un tout nouvel album dans lequel Mortebouse forme aussi l’épicentre d’une mystérieuse singularité...

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Lou ! est une bande dessinée que je suis avec une grande affection depuis son tout premier tome. Comme beaucoup de lecteurs, j'ai en quelque sorte grandi avec l'héroïne au fil des tomes, et j'ai toujours été une grande admiratrice du dessin de Julien Neel, entre sensibilité, douceur et un certain onirisme.

Mais également comme beaucoup, j'ai été vraiment déconcertée par le tome 6, pas au point de ne pas l'apprécier, mais suffisamment pour conserver un sentiment d'incompréhension pas forcément des plus agréables. Aussi, lorsque  j'ai découvert par le plus merveilleux des hasards, la veille de sa parution officielle, le tome 7 de cette saga adorée, il ne m'a pas fallu longtemps pour craquer de façon excessivement impulsive, foncer chez moi, m'avachir avec grâce dans un canapé et engloutir les quelques 48 pages de ce volume sans - presque - culpabilité.

Et c'était si bien.

Laissez-moi vous dire, sans spoiler de quelque façon que ce soit, évidemment, que La Cabane permet de faire la lumière sur ce que Julien Neel a bien voulu exprimer avec le tome 6, L'Âge de Cristal. On remonte tout simplement dans le temps, pour revenir à la fin des événements du tome 5... Et on suit Lou au cours de l'été qui la mènera au sixième volume.
Je n'en dis pas plus. C'est compliqué, en apparence, en effet. Mais cela prend tout son sens  à la lecture de ce bel ouvrage.

La Cabane  est beau en effet, grâce à son splendide dessin, qui reprend la douceur et l'esthétisme du meilleur tome d'entre tous, j'ai nommé ce cher Idylles, avec un travail sur les lumières, les ombres et les textures en un mot éblouissant. On est aussi séduit par les dialogues vivants et touchants entre les personnages que par leurs illustrations, les symboles qui parsèment l'histoire, les décors baignant d'un soleil aux tons infiniment variés... Julien Neel est ici au sommet de son art, et parvient parfaitement à transporter son lecteur au sein de l'été de Lou et de ses amis à Mortebouse. 

On retrouve la beauté des sentiments, la nostalgie, les questionnements propres à la saga, saupoudrés de la fantaisie si particulière qui fait son charme. La transition vers L'Âge de Cristal se fait tout naturellement, les personnages se font plus familiers et amicaux que jamais. 

L'été s'étire dans une délicieuse langueur, en même temps qu'il file incontrôlablement, jusqu'à un dénouement aussi tourbillonnant qu'enthousiasmant. On parvient véritablement à l'apogée de la saga, les parcours de chacun prennent sens, les sentiments et croyances s'épanouissent. A l'aube de leurs dix-sept ans, Lou, Mina, Tristan et les autres n'ont jamais été si proches.

Et voilà qui ne pourra que vous plaire.

En bref, une très belle surprise, un tome aussi remarquable par son intrigue que par son dessin velouté, coloré, intime et délicat - oui, je suis en mode dictionnaire des synonymes aujourd'hui. On est tellement séduit par l'atmosphère estivale et quasi-irréelle de cet été, au point de redouter d'en atteindre la conclusion - même si cela n'empêche aucunement les pages de se tourner à une vitesse alarmante. Une réussite sur tous les plans !

Note attribuée : 8,5/10 : le tome 8, le tome 8 !

Je vous laisse, je retourne me gargariser de dessins.