La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

-

Dernières chroniques...

Dernières chroniques...

Hebergeur d'image Hebergeur d'image"> Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image

lundi 24 juillet 2017

Les Vigilantes tome 1 - Le Foyer de Fabien Clavel - Chronique n°340

Titre : Les Vigilantes
Auteur : Fabien Clavel
Editions : Rageot
Genre : Dystopie
Lu en : français
Nombre de pages : 366
Résumé : À la sortie du Foyer, l’institution paramilitaire où elle a grandi, Anna devient une Vigilante. Elle découvre à la fois le monde extérieur, un pays étouffé par la dictature du Parti, et sa mission : espionner une famille d’opposants supposés. Au fil des jours, elle s’attache à cette famille aimante dans laquelle elle n’a pas eu la chance de grandir. Quand elle comprend qu’ils fomentent un complot, elle doit choisir son camp…

----------------------------------------------------------------

Un grand merci aux éditions Rageot et en particulier à Benoit pour cet envoi ! 

----------------------------------------------------------------

Les dystopies, on connaît, certes.
Mais on en lit encore et toujours.
Parce qu'on a l'espoir d'en trouver qui innovent, qui portent un nouveau regard sur le genre, ou tout simplement qui parviennent à trouver cette vibration, ce ton, qui font des romans d'anticipations des récits si parlants. 

Les Vigilantes, soyons clairs, n'est pas le roman qui signe une révolution du genre. Mais il tient ses promesses, crée un univers convaincant et un rythme efficace, avec un univers pas si éloigné du nôtre, aux problématiques brûlantes d'actualité. Un régime fort qui s'est précipité dans l'autoritarisme, un leader charismatique devenu dictateur, des pays voisins complaisants qui ferment les yeux sur de telles dérives... Rien que de très réaliste, n'est-ce pas ?

La capitale de ce pays crispé, qui évoque férocement Prague, héberge ainsi un orphelinat très particulier, dont les pensionnaires passent un examen capital qui permet aux plus doués d'accéder à des postes-clés du Parti - unique, hein, le Parti - : les Stratèges, les cadres, les dirigeants, les Vigilants, les espions, les traqueurs des dissidents, et les Corvini, sorte de police politique. Anna, notre héroïne, s'attend à intégrer les Stratèges en tant que meilleure élève de sa promotion, si possible en compagnie de sa petite sœur de cœur, Irisz, mais par un processus qu'elle ne s'explique pas, est nommée Vigilante, tandis qu'Irisz accède au rang de Stratège, elle. Dans l'espoir de la rejoindre, Anna s'applique à la tâche qui lui a été confiée : surveiller une famille d'opposants politiques... Dont elle ne soupçonne pas la place majeure que ces ennemis vont finir par prendre dans son existence.

Le principal élément qui fait plaisir dans ce roman jeunesse est la force du personnage principal, Anna, une héroïne forte au sang-froid irréprochable et à la tête solide qui ne se laisse pas mettre à terre par la première difficulté et se souvient toujours de ses priorités. Elle voit Irisz en difficulté ? Cela va de soi, elle fait de son mieux pour l'aider. Elle est rétrogradée ? Qu'à cela ne tienne, elle travaillera pour obtenir une promotion. 
Pas de romance dans laquelle s'embourber dans ce roman, contrairement à de nombreux titres du même genre : Anna se suffit à elle-même et a bien assez à faire pour s'encombrer de triangles amoureux ou autres clichés. Dynamisme et efficacité sont au rendez-vous, au détriment peut-être de quelques scènes plus posées qui auraient permis un approfondissement de la structure du Foyer ou de la personnalité de l'héroïne. Les scènes d'action s'enchaînent à toute allure, garantissant l'intérêt du lecteur mais menaçant peut-être l'équilibre d'un récit qui ne dévoile que le sensationnel. 

Mais cela ne remet pas en cause l'indéniable : Les Vigilantes est un roman efficace et intelligent, qui ne parvient certes pas à éviter quelques petits écueils du genre de l'anticipation, comme la révélation sur les origines, le héros qui prend conscience des failles de son monde ou le retournement de situation final, mais qui laisse tout de même une impression finale de fraîcheur. Quelques petits défauts émaillent cette histoire que l'on souhaiterait un rien plus surprenante, mais rien d'handicapant pour un roman qui plaira certainement à des lecteurs en quête de récits empreints de dynamisme, de méfiance, d'oppression et de réflexion...

Note attribuée : 7/10

samedi 22 juillet 2017

The Hate U Give d'Angie Thomas - Chronique n°339

Titre : The Hate U Give
Auteure : Angie Thomas
Genre : Contemporain
Editions : Walker Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 438
Résumé : Sixteen-year-old Starr Carter moves between two worlds: the poor neighborhood where she lives and the fancy suburban prep school she attends. The uneasy balance between these worlds is shattered when Starr witnesses the fatal shooting of her childhood best friend Khalil at the hands of a police officer. Khalil was unarmed.


Soon afterward, his death is a national headline. Some are calling him a thug, maybe even a drug dealer and a gangbanger. Protesters are taking to the streets in Khalil's name. Some cops and the local drug lord try to intimidate Starr and her family. What everyone wants to know is: what really went down that night? And the only person alive who can answer that is Starr.

But what Starr does or does not say could upend her community. It could also endanger her life. 


------------------------------------------------------------------------

This is an important novel.
One of these books that, while being read, appears more and more worthy of discovering. 
One of these stories that you know, even before you have finished it, you will recommend to each and everyone.
One of these few works that succeeds offering both an highly entertaining and realistic plot and an essential and timely message.

This is Starr speaking.
Sometimes with a shaking and insecure voice, but still, she is speaking.
She has to tell the world about what she saw.
About this cop who murdered her friend for no other reason than the color of his skin. 
About this racism that everyone claims to be dead and buried but that is still devastating, as vicious and violent as it has always been. 
About her life as an African-American teenager, studying at a all-white-and-privileged high school, where she has to avoid using slang, control her behavior, because what would be seen as cool or rebellious for white teens would seem offensive and scaring with her. 

People have to read The Hate U Give. First, because it is an amazing book you won't be able to put down. You will rarely have the opportunity to be confronted to such a believable narration. This is a teenager speaking, describing a highly realistic family whose feelings and bonds are deepened in a unique way in YA. Starr explains what might happen in a teenager's head, what are her expectations for her future, and her fears as well. The story is told in an amazingly powerful and moving way, led by a highly-reliable voice and a beautiful writing.

On the other hand, at an equally important level, this is also a book inspired by the Black Lives Matter movement, a call out for tolerance and awareness. This story might not be authentic, as Starr remains a fictional character, but the events depicted are real. This is happening. Unarmed African-American people are being shot by policemen. It has been happening for decades, with an alarming list of victims growing every year. And it is going on ever since.
In a very personal way, this book opened my eyes on privileges I have as a white person, because I will never have to worry about the way I behave around policemen. As I never think about the way my gestures, voice, words might be analyzed in function of the color of my skin. 
Khalil, Starr's friend, never had this kind of privilege. 
His fate was not imagined out of the blue because the author was seized by some kind of fancy. 
It is horrifying. It is unfair. And more importantly, it is real.

The main strength of The Hate U Give is this subtle balance between the strength of its message and its capacity to break your heart and convince your with only a few paragraphs. It manages capturing relationships with a accuracy : nothing escapes the scope of the author's eye, whether is it friendship, love, family, identity, adulthood, or loyalty. 

We must open our eyes.
And this book will help us doing it.

---------------------------------------------------------------

Il faut lire ce livre.

Il s'agit de l'un de ces romans dont l'on sait avant même de le refermer que l'on va parler de lui un certain temps. 
Une de ces histoires qui marquent aussi bien par la force de leur message que par la maîtrise de leur dimension romanesque.
Un récit qui fait l'unanimité chez les lecteurs anglophones. 
Un livre qui happe, émeut, horrifie, ouvre les yeux. 

Ceci est l'histoire de Starr.
Elle a dix-sept ans. La peau noire.
Elle a un meilleur ami. Elle l'avait.
Jusqu'à ce qu'il se fasse tirer dessus par un policier.
Il n'était pas armé.
Il n'avait rien volé, rien transgressé, rien fait de mal.
Si ce n'est être né Afro-Américain dans un pays qui ne s'est pas encore débarrassé des traumatismes de la ségrégation, quoi qu'on en dise. 

Starr a peur.
Peur que ce drame ne se reproduise.
Peur de ne pas savoir quel rôle elle a à jouer.
Peur de voir l'identité de son ami Khalil trahie, alors que les médias ne se concentrent que sur son activité supposée de dealer, négligeant l'injustice commise, et que la machine juridique s'emballe dans une direction qu'elle redoute. 

Elle doit agir. Mais comment ? Avec quelle prise de risque ? 

Il y a une chose majeure à dire à propos de ce livre : ce n'est pas qu'un roman à message. Certes, il a été inspiré par le mouvement Black Lives Matter et a indéniablement pour but de sensibiliser à cette cause.
Mais ce n'est pas tout.
Ce n'est pas une coquille vide, sèche, sans âme. 
C'est un roman juste, puissant, touchant, qui saisit le lecteur dès la toute première page et ne le lâche jamais. Porté par la voix de sa narratrice, le livre déroule tout un spectre de thématiques et de situations aussi émouvantes qu'authentiques.

On a rarement vu une famille décrite avec autant de justesse dans un roman YA, où les liens familiaux sont souvent réduits à quelques dialogues du style "mes parents me saoulent" et "vous ne me comprenez pas". Ici, c'est bien des éclats de vie que l'on capture, au coeur de la tourmente aussi bien que dans les instants les plus authentiques du quotidien. Rien n'échappe au regard perçant et sagace de l'auteure : ni l'amitié, ni l'amour, ni l'identité, ni la loyauté. The Hate U Give pose un dilemme perçant : Starr doit-elle se taire pour se protéger, mais trahir à ses yeux et à ceux de sa communauté la mémoire de Khalil, ou élever la voix, dire la vérité, au risque de se mettre elle-même en danger, sans avoir la garantie d'être entendue ? Doit-elle renverser l'image d'elle qu'elle a mis des années à construire dans un lycée blanc et privilégié où elle se censure en permanence, veillant à ne rien dire ou faire qui puisse la désigner comme "racaille" ? Comment parvenir à regarder ses amis blancs dans les yeux, eux qui ne manifestent en mémoire de Khalil que pour sécher les cours et qui estiment qu'après tout... il dealait de la drogue, quoi...

The Hate U Give, non content de disposer de cette maîtrise romanesque si convaincante, se double d'une dimension essentielle : la dénonciation d'événements aussi effarants qu'authentiques. Des Afro-Américains non-armés se font assassiner par des policiers dans des circonstances qui ne le justifient pas. Ce n'est ni anecdotique, ni exceptionnel, ni pardonnable. La liste s'allonge d'année en année, il suffit de lancer une recherche pour le réaliser. Et on n'en parle pas. On considère que le racisme appartient au passé, que les tragédies comme celles de Rodney King, un de ces hommes dont le meurtre dans les années 80 à Los Angeles avait fait scandale, sont révolues. Mais ce n'est pas le cas.
Et ce livre, avec sa force, sa justesse et sa sensibilité, ouvre les yeux. Il fait prendre conscience à certains lecteurs de leur chance de ne pas avoir à s'inquiéter outre-mesure de leur attitude en face de policiers. De ne pas être considéré comme suspect par défaut. 
Ce n'est pas le cas pour tout le monde.
Ca n'a pas été le cas pour Khalil, dans le roman. Ni pour tant d'autres, dans la réalité.

Voilà pourquoi The Hate U Give doit être placé entre toutes les mains qui s'y sentent prêtes. Il est excellent dans tous les sens du terme, grave, beau, marquant, il fait l'unanimité outre-Atlantique, et ce n'est pas sans raison. Il s'agit sans le moindre doute d'une de mes plus belles lectures de l'année, et peut-être même d'une de mes plus belles lectures tout court. 

Note attribuée : 10/10



jeudi 20 juillet 2017

Inséparables de Sarah Crossan - Chronique n°338

"Elle n'est pas un morceau de moi.

Elle est moi totalement, 
et sans elle
il s'ouvrirait 
un dévorant espace
dans ma poitrine, 
un trou noir en expansion
que rien d'autre
ne pourrait
combler."

Titre : Inséparables
Auteure : Sarah Crossan

Genre : Contemporain | Novel in verse
Editions : Rageot
Lu en : français
Nombre de pages : 406
Résumé : Grace et Tippi. Tippi et Grace. Deux sœurs siamoises, deux ados inséparables, rentrent au lycée pour la première fois. Comme toujours, elles se soutiennent face à l'intolérance, à la peur, à la pitié, et envers et contre tout, elles vivent. Mais Grace tombe amoureuse, et son monde vacille. Aura-t-elle jamais une vie qui lui appartienne ? 

-----------------------------------------------------------------------

Inséparables, One dans sa version originale, est un roman qui fait beaucoup parler de lui. Et c'est tant mieux. Pour trois raisons.

1 - Parce que c'est un roman en vers libre et que le vers libre est un format d'écriture merveilleux, injustement méconnu dans nos contrées, qui peut donner lieu à de grands moments d'émotion.
2 - Parce qu'il délivre une plongée juste, sensible et bien loin du sensationnel dans la vie de deux sœurs siamoises. 
3 - Parce qu'il est bon. Tout simplement.

Ce qui marque en premier lieu, c'est la recherche attentive menée par l'auteure sur ce que peut être la vie de jumeaux siamois.
Eh oui, ils mettent des vêtements spéciaux. Eh oui, ils ne peuvent pas avoir de moments en tête-à-tête avec un amoureux ou un conjoint. Eh oui, on les pousse parfois à faire des émissions de téléréalité, ils consultent des thérapeutes et se bouchent les oreilles lorsque c'est l'autre qui parlent, ils sont contraints à suivre des traitements à vie, et surtout, surtout, ils doivent affronter la plaie qu'est le regard des autres.

Ce même regard auquel se confrontent pour la première fois Grace et Tippi, qui suivaient jusqu'à leur rentrée en première une scolarité à domicile, et se retrouvent catapultées dans un lycée. Au milieu d'une foule de regards curieux. De filles, de garçons, attentionnés, hostiles, dérangeants. De deux amis, dont l'un que Grace voudrait pouvoir considérer comme un peu plus que cela.

Ensuite, c'est la justesse de la voix de la narratrice, Grace, qui stupéfait. Non, elle n'est pas une héroïne parfaite, brave, digne et supérieure même dans les pires instants. Elle doute. Elle est blessée. Elle est en colère, contre sa soeur, sa famille, son monde. Et même Josh, dont elle voudrait qu'il soit parfait, mais qui commet des erreurs comme tout le monde.
Les mois se succèdent, les espoirs, les déceptions, les anecdotes, les fous rires, mais aussi les épreuves. Et ce que l'on retient vraiment - au risque de tomber dans le gros cliché bien niais -, c'est l'amour qui unit ces deux soeurs, cette famille, ces individus unis dans l'épreuve.

La traduction d'un roman en vers libre est un exercice tout particulier auquel s'est livré la talentueuse Clémentine Beauvais, dont le travail est d'une qualité remarquable, comme l'ont déjà souligné beaucoup. Elle parvient à jouer avec le rythme des mots, des sonorités, sans trahir et même en respectant le style original de l'auteure d'après les extraits que l'on peut trouver en ligne. Il s'agit de l'une de ces traductions que l'on lit avec un véritable plaisir, qui révèle un travail approfondi à découvrir pour lui-même. La voix de l'adolescente résonne avec justesse, et un mélange fragilité et de force à la fois. Chaque phrase tranche, chaque saut de ligne ponctue le récit comme un battement de coeur.  
Défi relevé !

Difficile de reposer ce roman, chronique d'une année mouvementée. Vous vous en doutez, on peut avancer très vite puisqu'il n'y a finalement que peu de texte, mais on n'a pas intérêt à se précipiter. On savoure chaque page, chaque vers, on en relit même souvent, on apprécie la mélodie et le rythme uniques créés par les choix d'écriture. Une atmosphère douce-amère se crée et invite le lecteur dans une sorte d'odyssée mélancolique, touchante, mais jamais mélodramatique. Tout est naturel et léger dans un tumulte d'extraordinaire. 

Un roman lumineux et puissant, qui ouvre les yeux et parvient à rendre intime, touchante et poétique cette situation extraordinaire, en contournant tous les clichés et les écueils faciles. Les pages se tournent, les émotions déferlent, le temps passe, et le cœur du lecteur chavire. Inséparables est un beau moment de lecture, déchirant et délicat, accessible pour tous, et qui aura un impact fort et singulier sur chacun de ses lecteurs. On ne retiendra pas tous les mêmes passages. Mais on en retiendra tous.

Note attribuée : 9/10

lundi 17 juillet 2017

The Outliers de Kimberly McCreight - Chronique n°337

Titre : The Outliers
Auteure : Kimberly McCreight
Genre : Contemporain | Thriller
Editions : HarperTeen
Lu en : anglais
Nombre de pages : 336

Résumé : It all starts with a text: Please, Wylie, I need your help.


Wylie hasn’t heard from Cassie in over a week, not since their last fight. But that doesn’t matter. Cassie’s in trouble, so Wylie decides to do what she has done so many times before: save her best friend from herself.

This time it’s different, though. Instead of telling Wylie where she is, Cassie sends cryptic clues. And instead of having Wylie come by herself, Jasper shows up saying Cassie sent him to help. Trusting the guy who sent Cassie off the rails doesn’t feel right, but Wylie has no choice: she has to ignore her gut instinct and go with him.

But figuring out where Cassie is goes from difficult to dangerous, fast. As Wylie and Jasper head farther and farther north into the dense woods of Maine, Wylie struggles to control her growing sense that something is really wrong. What isn’t Cassie telling them? And could finding her be only the beginning? 


-------------------------------------------------------


Existe également en français


Titre : Outliers
Editions : Robert Laffont (collection R)
Résumé : Tout commence par un texto : Wylie, stp, j'ai besoin de ton aide.

Cassie a disparu et ses SMS laissent craindre le pire : qu'est-elle partie faire dans les forêts denses du Maine ? A-t-elle été kidnappée ? Est-elle en danger de mort ?
Aidée de Jasper, petit ami de Cassie, Wylie surmonte son agoraphobie pour aller à sa recherche. Mais son mauvais pressentiment se fait de plus en plus insistant : et si de bien plus noirs secrets se cachaient derrière la disparition de Cassie ? Des secrets à même de bouleverser l'équilibre du monde ?


----------------------------------------------------------

Livre lu en LC avec Tess : sa chronique !

----------------------------------------------------------

Where They Found Her and especially Finding Amelia were two amazing thrillers that I both enjoyed discovering.
(Translation: I was expecting The Outliers to be truly amazing.)
Unfortunately, the book did not really live up to my expectations. 

Which is an euphemism meaning I was stunned by how much I disliked this book.

The main problem of this novel is its lack of credibility. From the agoraphobic character who has locked herself in her house for three weeks and suddenly becomes able to go out to the absurd plot twists that convey more irritation than enthusiasm, the whole book seems utterly unbelievable. The author went too far into her research of originality: her characters react in contradictory ways, the story brutally shifts into a completely different genre in an unnatural way, the rhythm lacks balancement. If only The Outliers were an easy and nice reading, maybe its flaws would be less disturbing, but even finishing this book was a struggle. 

The tension that the author tried to create during the major part of the books was not enough for me to become hooked by the story, and the characters' fate remained something that let me cold and uninterested. Maybe The Outliers will succeed convincing other readers who will appreciate the surprising tonality of the plot twist, but for my part, my experience with this series will stop here. 

---------------------------------------------------------

The Outliers est mon troisième roman de l'auteure, après l'excellent Amelia et le très bon Là où elle repose, deux thrillers psychologiques étiquetés " littérature générale" mais tout aussi parlants pour un public "jeunes adultes". Pour la première fois, elle tente une incursion dans ce genre particulier, avec des personnages principaux adolescents et une nouvelle histoire de disparition mystérieuse.

Malheureusement, vous le comprendrez très vite, le résultat n'est pas convaincant.

A trop chercher l'originalité et la tension, l'auteure se perd entre stéréotypes, raccourcis stupéfiants de facilité, incohérences et surtout révélations aussi improbables que déstabilisantes, plus à même de sortir le lecteur du roman que de le convaincre. On a le sentiment qu'elle ne parvient pas à poser des bases solides à développer tout au long du roman : l'héroïne est introduite comme souffrant d'anxiété généralisée, de stress post-traumatique et d'agoraphobie au point de vivre cloîtrée chez elle, mais il suffit de la visite d'un quasi-étranger pour la faire sortir de chez elle.
NON.
La meilleure amie de cette héroïne disparaît et envoie des SMS dans lesquels elle se dit en danger et menacée, et notre héroïne en conclut qu'il faut fuguer et ne surtout pas prévenir la police. 
Non. 

Le roman, au-delà de ses incohérences scénaristiques, ne parvient même pas à trouver un équilibre. Le rythme demeure mal équilibré, la progression de l'histoire poussive, entre longues plages d'inaction et scènes assez rocambolesques de péripéties difficile à suivre aussi bien qu'à croire. Les personnages principaux enfin sont également tout sauf un moyen de s'accrocher au récit : présentés d'emblée comme très antipathiques et demeurant dans un comportement aussi imprévisible que déconcertant, leur sort n'importe finalement guère au lecteur qui a surtout envie de voir où ce road-trip assez chaotique va mener. 

On peut comprendre la volonté de l'auteure de livrer un récit original en partant d'un postulat aussi fréquemment traité que le motif de "la meilleure amie qui disparaît et des proches qui enquêtent pour dévoiler la vérité", mais l'excès n'est pas la solution. L'auteure opère un véritable basculement de genre, quittant le thriller pour sauter à pieds joints dans une atmosphère à laquelle on n'est pas préparé, et qui n'est hélas pas suffisamment construite et approfondie pour convaincre malgré tout. L'effet de surprise aurait pu être accrocheur, mais ici, on ne fait que lever les sourcils.

En bref, un roman qui souffre d'incohérences de bout en bout et d'un sérieux problème de ton : est-on dans un drame psychologique, un thriller, voire du fantastique ? Jouer avec les genres peut être passionnant, mais ici, le récit n'est pas assez équilibré ou séduisant pour se le permettre. Les sentiments des personnages sont décrits avec une maladresse assez surprenante pour une auteure qui les maîtrisait si bien dans ses précédents romans, avec surtout une description irréaliste de ce que peut être un trouble d'anxiété généralisée ou un syndrome de stress post-traumatique. 
Le charme a cependant opéré pour certains lecteurs, alors si vous êtes vraiment séduit par le résumé, pourquoi pas tenter l'expérience malgré tout ? 

Note attribuée : 3/10 

dimanche 16 juillet 2017

La Passe-Miroir tome 3 - La Mémoire de Babel de Christelle Dabos - Chronique n°336

Titre : La Passe-Miroir tome 3 - La Mémoire de Babel 
Auteure : Christelle Dabos
Genre : Fantasy
Editions : Gallimard
Lu en : français
Nombre de pages : 497
Résumé : Deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur son arche d'Anima. Aujourd'hui il lui faut agir, exploiter ce qu'elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d'informations divulgées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d'adversaires toujours plus redoutables ? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ?

--------------------------------------------------------

Chronique dénuée de toute sorte de spoiler. Parce que vous le valez bien.


--------------------------------------------------------

La saga de La Passe-Miroir est une petite révolution à elle seule.
En trois tomes, elle a réussi à fédérer les amateurs de fantasy aussi bien que les néophytes, les jeunes lecteurs aussi bien que les confirmés, les amoureux de lecture aussi bien que ceux qui y sont moins habitués. Elle déploie avec fluidité, féerie et tension un univers colossal dans lequel gronde une menace de plus en plus palpable au fil des tomes. Au coeur de ces arches disséminées dans l'espace se tient une héroïne qui n'en est pas vraiment une, Ophélie, promise contre son gré à un inconnu, jouet politique et diplomatique, petit bout de femme maladroit et mal assuré, qui affronte seule les périls d'un complot dont elle ne soupçonne pas même la portée. 


Par le pouvoir de son imagination, Christelle Dabos a su mettre en place un univers pérenne qui ne cesse de déployer des possibilités passionnantes et jamais envisagées auparavant. Elle contourne les clichés du genre, assumant de mettre en place une longue ellipse de près de trois ans entre les tomes 2 et 3, ou d'affubler Ophélie d'une timidité maladive et Thorn d'une calvitie naissante. 
Quand même. Thorn. Une calvitie. C'est une épreuve. Mais c'est beau, notre amour du personnage surpasse son potentiel de densité capillaire.

Encore une fois, les quelques 500 pages de ce volume défilent à une vitesse rare et avec un plaisir non dissimulé, alors que l'exposition savamment dosée laisse place à des péripéties captivantes au coeur d'un décor qui donne l'occasion à l'auteure de déployer des trésors d'inventivité. On découvre une myriade de nouveaux personnages, pouvoirs, enjeux, décors, tout en approfondissant ceux des tomes précédents, toujours avec cet équilibre qui fait la force de la saga.
On navigue dans le récit avec cet enthousiasme rare que l'on n'éprouve que devant les plus riches des contes et des épopées. Entre merveilles et horreurs, émotion et tension, réconfort et péril, on ne peut qu'une fois de plus se laisser ensorceler par cette aventure tout en subtilité, mais qui ne se départit jamais d'une vraie intensité dramatique. Le récit demeure passionnant à lui seul et c'est sans compter sur son sous-texte passionnant à décrypter. Une réussite en tous points ! Difficile en effet de ne pas être touché par les questions soulevées avec justesse et sensibilité par certains passages de l'histoire : intégration, sentiments, loyauté, intégrité, identité, c'est bien tout un éventail de problématiques universelles qui est donné à voir et à réfléchir au lecteur. 

Ce troisième tome accomplit l'exploit d'égaler et même de surpasser les deux tomes précédents, et confirme la constance d'une Christelle Dabos au sommet de son art. L'histoire est marquée une fois de plus par une créativité rare, avec de subtiles influences qui ne prennent jamais le pas sur l'intrigue, mais dont l'ombre portée demeure des plus agréables, ainsi que par un humour indéfectible et surtout un travail remarquable sur les personnages, principaux bien sûr, mais aussi secondaires, aux nuances toujours appréciables. 

Lisez ce livre. Pitié.
Si j'ai un blog, c'est bien pour vous faire lire des livres comme celui-ci, qui montrent que le genre de la fantasy ou du Jeunes adultes a encore de beaux jours devant lui, que l'on n'est pas condamné à réécrire indéfiniment la même histoire en changeant juste quelques détails. Bien au contraire, une infinité de surprises sont encore possibles. Dans ce roman se ressent la joie de l'écriture, à tous les niveaux. C'est l'une de ces histoires qui donne envie d'en écrire une soi-même, un texte qui, dans sa sincérité, s'affirme comme une petite exception. 

Mais qu'attendez-vous pour aller l'acheter ? Ce que je viens de raconter n'est pas assez dithyrambique à vous yeux ? 

Note attribuée : 10/10

vendredi 14 juillet 2017

Wells et Wong tome 2 - De l'Arsenic pour le Goûter - Chronique n°335

Titre : Les enquêtes de Wells et Wong tome 2 - De l'Arsenic pour le Goûter
Auteure : Robin Stevens
Editions : Flammarion Jeunesse
Genre : Détective | Jeunesse
Lu en : français
Nombre de pages : 350
Résumé : 
Nouvelle affaire pour les détectives privées Daisy et Hazel !
Daisy fête son anniversaire avec la famille au grand complet dans sa maison de Fallingford. Mais l’ambiance est étrange : M. Curtis, un invité surprise que tout le monde déteste, ne semble vraiment pas digne de confiance. Le thé est servi, M. Curtis tombe gravement malade, empoisonné. Que s’est-il passé ? Difficile d’enquêter quand on imagine que tout le monde a une bonne raison d’être coupable...

-----------------------------------------------------------------

Un grand merci aux éditions Flammarion et en particulier à Brigitte pour cet envoi !

-----------------------------------------------------------------

Difficile de mêler de façon harmonieuse le genre très sombre d'une enquête policière à celui plus léger et pétillant d'un roman jeunesse.
Difficile, mais pas impossible.
Cette série en fournit la preuve !

On retrouve avec plaisir le duo charismatique et juvénile formé par de charmantes enquêtrices collégiennes. Il y a d'un côté Daisy, présidente autoproclamée de son club de détectives, et de l'autre Hazel, sa meilleure amie, quoiqu'un peu maintenue dans l'ombre de la flamboyante Daisy, qui a enfin été promue de secrétaire à secrétaire et vice-présidence. Après leur brillante résolution du meurtre de leur professeur dans le premier tome, les deux acolytes pensent pouvoir profiter de leurs vacances de Pâques, dans le manoir où vit la famille de Daisy.
Mais c'est sans compter sans la poisse assez considérable qui semble les accompagner.
M. Curtis, invité au manoir par la mère de Daisy, est empoisonné après avoir bu dans une tasse de thé - vous voyez, le thé n'est pas une boisson digne d'être consommée par des êtres humains. Team café.  

Et qui va se charger de montrer que ce drame est tout sauf un accident, mais bien un meurtre de sang-froid ? 
Notre club de détectives, renforcé pour cette fois par deux nouveaux membres, Kitty et Beanie, qui lance ainsi une enquête méticuleuse dans un manoir dont chaque occupant semble avoir un intérêt à éliminer Curtis...

L'auteure réussit une nouvelle fois, avec encore un peu plus de vivacité que dans le tome précédent, à mener une enquête endiablée tout au long de 300 pages, navigant tout en fluidité entre différentes hypothèses et enchaînant les retournements de situation. Le roman dispose d'un sous-texte très appréciable : le jeune lecteur n'est pas pris pour un imbécile, il est invité à se poser des questions sur de nombreuses problématiques soulevées par le statut des personnages. Racisme, mépris de classe, amitié, liens familiaux, voilà autant de sujets évoqués tout en nuances et jamais dans la lourdeur tout au long du roman. 
Les personnages bénéficient d'un vrai character development comme disent nos amis anglo-saxons, un travail sur leur évolution, trop rare dans des romans jeunesse qui se maintiennent trop souvent dans un manichéisme plus facile à maintenir. Ici, l'amitié entre Daisy et Hazel a ses zones de tension, ses non-dits, tout comme les relations au sein de la famille de Daisy...

L'enquête en elle-même est menée à un rythme maîtrisé, et surprend par sa révélation finale, alors qu'on pourrait croire à un dénouement plutôt prévisible. L'auteure parvient à mener un roman aussi divertissant qu'intelligent, qui constitue à n'en pas douter un ouvrage à mettre entre les mains de jeunes lecteurs avides d'avoir droit à un récit compréhensif, intelligent, palpitant et jamais condescendant. L'atmosphère british des années 50 est le petit ingrédient supplémentaire qui confère au récit un charme vintage indéniable. Ne cherchez plus, si vous  ne savez pas quoi offrir à votre jeune frère/soeur/cousin(e)/nièce/neveu amateur de lectures pétillantes et pleines de suspense, ou souhaitez lui faire découvrir le genre du roman détective, pensez à Daisy et Hazel !

Note attribuée : 8/10




mardi 11 juillet 2017

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie - Chronique n°334

Titre : Americanah
Auteure : Chimamanda Ngozi Adichie
Genre : Contemporain

Editions : Fourth Estate
Lu en : Anglais
Nombre de pages : 477

Résumé : Ifemelu and Obinze are young and in love when they depart military-ruled Nigeria for the West. Beautiful, self-assured Ifemelu heads for America, where despite her academic success, she is forced to grapple with what it means to be black for the first time. Quiet, thoughtful Obinze had hoped to join her, but with post-9/11 America closed to him, he instead plunges into a dangerous, undocumented life in London. Fifteen years later, they reunite in a newly democratic Nigeria, and reignite their passion—for each other and for their homeland. 

--------------------------------------------------------------

Existe également en français
Editions : Folio
Résumé : Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre. 
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés? 
Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

--------------------------------------------------------------
I have been told for a very long time that I had to discover this book.
I obeyed. 
Was I right to do so? 
Absolutely.

Most of you must have heard about Americanah already, so I will keep it short: this book is the tale of two Nigerians, Ifemelu and Obinze, two teenagers in a troubled country, then two young adults confronted to tough choices, and later on, almost strangers to each other, teared apart, building their own lives without any true purpose.

Ifemelu, particularly, as a Nigerian living in America, is confronted every day to intolerance and racism, and is stricken by the omnipresence of such a mentality in the country she used to dream about. And then, she decides to go back home, a choice that is about to turn her life upside down...
Americanah reflects on homesickness, identity, racism, multiculturalism and tolerance in a both clever and entertaining way. From the very first page to the last one, the reader finds himself moved by this story and especially its endearing characters.

Reading this novel is an enrichment because it provides strong and important thoughts and perspectives about the major issues I mentioned above. Cleverly using her own experience as a Nigerian student in the US, Chimamanda Ngozi Adichie reveals multiple aspects of what being an American-African or an African-American may feel like. She points out different situations, sentences, behaviors that might appear meaningless, but that reveal a lot about some problematic mentalities when you put them together. 

And to make it even better, Americanah provides a very entertaining plot, a well-balanced plot and elaborated characters who you will have no choice but to support. You can flip the pages of this novel with as much distraction as criticism. This book is a call out for thinking together, living together and giving credit and esteem to each and everyone. It adresses important topics in an authentic and sensitive way, and gives a very moving message about love and acceptance, avoiding a number of stereotypes. You will remember Ifemelu's clever and critical voice, surely an imperfect one... but overall one to be heard. 

---------------------------------------------------------------

Deux adolescents amoureux dans un pays instable. Ifemelu et Obinze.
Deux étudiants dont l'une qui fait le choix de quitter son pays, cédant aux sirènes de l'Amérique.
Deux jeunes adultes désormais étrangers l'un à l'autre, vivant leurs vies respectives sans réelles perspectives. Lui s'est enrichi, elle est devenue américaine et s'indigne du racisme latent qu'elle subit dans les moindres aspects de sa vie. 
Et puis, elle décide de rentrer "au pays". 
Un choix qui vient ébranler les bases instables de leur deux vies.

Americanah est un roman dont nombre d'entre vous avez déjà dû entendre parler, et ce n'est pas sans raison.
Parce qu'Americanah est un excellent roman, à l'impact tel qu'il est difficile d'en parler en trouvant les mots justes. 
Son importance réside surtout dans l'ouverture qu'il permet, l'exposition à un point de vue que l'on n'envisage pas assez. L'auteure, elle-même nigériane ayant étudié aux Etats-Unis, à l'instar de son héroïne, envisage toutes sortes de situations, remarques ou comportements qui peuvent paraître insignifiantes si on ne les prend qu'individuellement, mais qui mises bout à bout en révèlent beaucoup sur l'état de certaines mentalités. Le racisme n'est plus ce qu'il a pu être il y a un siècle, bien sûr, mais il demeure une problématique plus actuelle que jamais, qui blesse encore et toujours et qu'il serait dramatique d'ignorer. Americanah est tout sauf une dénonciation brutale, non, c'est un moyen de prise de conscience, d'ouverture vers des points de vue auxquels l'on n'est pas suffisamment exposé, le départ d'une réflexion constructive. 

Americanah marque par son authenticité, sa spontanéité et sa fougue. C'est un véritable plaidoyer pour l'acceptation, la tolérance, l'ouverture à l'autre et le respect mutuel. L'héroïne Ifemelu incarne toute la combativité de l'auteure, grande figure féministe et anti-raciste. Sa voix forte, souvent cynique, faillible parfois, mais surtout engagée, parvient à toucher son lecteur, que celui-ci soit noir, blanc, ou de quelconque autre ethnie, qu'il soit étranger aux problématiques étudiées ou directement impliqué. Impossible de ne pas se sentir appelé par les réflexions initiées par l'auteure, impossible de ne pas être touché. 

Le roman, non content d'avoir un fond si dense et si essentiel, fournit par-dessus le marché une intrigue en elle-même bien construite et très entraînante, portée notamment par un couple de personnages principaux aussi imparfait qu'attachant. On se sent au plus proche d'eux, on vit les moments les plus solennels de leurs existences comme les anecdotes honteuses. La fin de l'histoire d'Ifemelu et Obinze ne sonne pas le glas de la réflexion du lecteur, au contraire, elle n'a vocation qu'à en être le commencement ou la poursuite. 

Il faut parler de romans comme celui-ci mais surtout des thèmes dont il parle, d'amour, de famille, de tolérance, de respect, de spontanéité. Se fermer à l'autre par peur de sa réaction ne changera rien, pas plus que d'enfermer celui que l'on croise dans la rue dans un stéréotype.  Americanah réussit, par son ton doux-amer et surtout ses accents de vérité, à émouvoir le lecteur et à dépasser le simple stade d'histoire d'amour, de séparation et de réunion. C'est une lecture qui ose franchir des frontières dans tout les sens du terme, dont on a envie de débattre, un roman simple en apparence mais difficile à résumer, qui vient démêler tout un fouillis de tensions qu'on n'a que trop tendance à ignorer. 

Note attribuée : 9/10

jeudi 6 juillet 2017

Illuminae tome 2 - Dossier Gemina - Chronique n°333

Titre : Illuminae tome 2 - Dossier Gemina
Auteurs : Amie Kaufman et Jay Kristoff
Editions : Casterman
Genre : Science-Fiction
Lu en : français
Nombre de pages : 670
Résumé : Sur la station spatiale Heimdall, tout le monde se prépare à la grande fête de Terra. Certains plus intensément que d'autres : la fille du commandant, Hanna Donnelly, experte en mode et en arts martiaux, aimerait bien faire la fête jusqu'au bout de la nuit. C'est à ce moment précis que BeiTech lance son attaque, envahissant la station avec une violence inouïe. Ceux qui résistent sont éliminés. Les autres, capturés. Quant aux fuyards, ils sont traqués sans relâche. Parmi les rescapés : Hanna et Nik, un véritable bad boy issu d'une grande famille mafieuse. Les deux ados que tout sépare s'allient pour sauver leur peau. Pendant que s'amoncellent les cadavres, dont certains d'êtres très proches...

-------------------------------------------------------

Un grand merci aux éditions Casterman et en particulier à Agnès pour cet envoi !

CHRONIQUE SANS SPOILERS NULLE PART
PARCE QUE JE SUIS UNE ÂME CHARITABLE

-------------------------------------------------------

Illuminae était l'un des romans les plus originaux, déconcertants et renversants que j'ai eu l'occasion de lire. Constitué comme un énorme dossier d'enquête, à base de conversations, d'entretiens, de transcriptions de vidéos, il offrait une expérience de lecture aussi inédite que captivante. Ne vous fiez pas au format...

Il est assez incroyable de constater à quel point ces romans mêlent une intrigue pure et dure de science-fiction avec tout ce que cela implique de palpitant et de passionnant à un humour qui ne s'estompe jamais, grâce notamment à des personnages principaux merveilleux, qu'il s'agisse des nouvelles figures introduites ou de celles du premier tome que l'on a le plaisir de retrouver à un moment donné. 

La maîtrise de ces romans impose le respect : tout est orchestré à la perfection, en particulier le rythme saisissant et haletant de l'intrigue. Il est aussi remarquable de constater à quel point une histoire si complexe s'avère fluide et agréable à suivre pour peu que l'on s'investisse dans sa lecture - car oui, Illuminae et Gemina ne sont pas de ces livres que vous pouvez lire en diagonale tout en en comprenant la portée. Non, ici, il faut se plonger corps et âme dans ces épopées aussi terrifiantes que fascinantes, entre stratégies militaires et théories de physique, pour un résultat hors du commun. 

Un roman renversant dont chaque page est une nouvelle surprise. L'univers riche et original de science-fiction est doublé de personnages auxquels on s'attache très, très fortement, niveau triple ceinture de sécurité cadenassée. On rit, beaucoup, on frémit, beaucoup aussi, mais surtout, on voyage. Poser ses yeux sur les premières lignes de ces rapports colossaux est une téléportation immédiate vers une aventure mémorable. Les pages défilent bien plus vite qu'elles ne peuvent en avoir l'air, les dialogues fusent avec naturel, l'action ne s'essouffle jamais, et le format de l'oeuvre recèle d'innombrables surprises tout en portant l'intrigue. 

N'hésitez donc pas une seconde de plus à vous lancer dans ces lectures, dont la découverte est nécessaire ne serait-ce qu'à cause de l'originalité de leur format. Gemina se place un cran au-dessus d'Illuminae, et insuffle avec un talent rare émotion et surtout poésie à de la science-fiction passionnante. Diable, qu'attendez-vous ? 

De plus, argument non négligeable, il est prouvé par la science que lire un Illuminae fait augmenter la masse musculaire de vos bras de 60%. 

Note attribuée : 10/10

mardi 4 juillet 2017

Prendre la plume - La question de la légitimité [Littératurpitudes #2]

Lire, je ne fais que ça.
Critiquer ces lectures, ça me connaît également.

Mais je n'aspire pas à n'être qu'une critique, j'écris aussi des romans dont j'espère qu'ils trouveront un jour leur place en librairie. Ce qui pose une multitude de questions. 

Quelle harmonie trouver entre celle qui ose critiquer les ouvrages d'autrui et celle qui s'échine à créer le roman le plus abouti possible ? Comment créer lorsque l'on a démontré en des centaines de chroniques que la perfection était inatteignable ? Comment gérer la profonde incohérence qu'il y a entre porter un regard le plus objectif et critique possible sur des oeuvres inconnues et avoir un avis forcément biaisé et affectif quant à ce que l'on écrit soi-même ? Comment écrire sans être dans la paranoïa de tomber dans des défauts qu'on  justement pointés du doigt dans des critiques ? 

La réponse tient sans doute dans un mot : décomplexer.

La littérature est imparfaite.
Aucun de nos écrits ne manquera de tomber dans certains écueils, c'est un fait.
Et avant tout, il faut garder à l'esprit la nature profondément subjective de la littérature, qui relève avant tout du ressenti d'un individu face à un texte et aux émotions et sensations qu'il soulève.
Personne ne peut donner de charte ou de grille d'évaluation claire pour juger du niveau d'un texte - dans le cas contraire, contactez-moi. N'importe quel extrait de roman, de pièce de théâtre, poème ou autre déclenchera un spectre de réactions aux infinies variations. 
Il suffit pour s'en rendre compte de se pencher sur l'exemple de Proust, qui s'est vu refuser d'être publié par Gallimard ! Ses phrases interminables avaient à l'époque été jugées illisibles, et Gide lui-même s'était offusqué de l'image aujourd'hui célébrissime des "vertèbres sur le front" dont la Tante Léonie paraît affublée... Rien pourtant qui n'a empêché Proust de rencontrer le succès que l'on lui connaît. 

Ces phrases et ces images incongrues pourront paraître aussi géniales qu'absurdes, aussi entraînantes que mortellement ennuyeuses... Et c'est bien ce qui fait le sel de la littérature, cette prise de risque de tous les instants, cette succession de paris qui forment une oeuvre, à chaque fois un défi pour le lecteur qui s'en approche. 

Alors écrivez. Prenez le risque de ne pas vous poser trop de questions. Appliquez-vous, bien sûr, mettez-y du vôtre et tentez autant que possible d'éviter les défauts flagrants. Mais osez vous aventurer vers les chemins non balisés, n'ayez pas peur d'offusquer une espèce de dieu suprême des belles lettres qui vous reprocherait un blasphème. La littérature a cela de magnifique qu'elle est universelle, accessible à tous pourvu que l'on ait un stylo ou un clavier. Quoi que vous écriviez, votre production fera débat et divisera plus ou moins. Et s'il vous arrive de remettre en cause votre légitimité et d'avoir peur de ne rendre qu'un navet, dites-vous que quand bien même ce serait le cas, vous auriez déjà accompli beaucoup, et rendu un certain service à l'univers du livre en démontrant une fois de plus qu'il n'est qu'ouverture des possibles.

A vos plumes !