La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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lundi 29 mai 2017

Génération K de Marine Carteron - Chronique n°323

"Je suis comme ces plantes qui naissent hors sol et que l'on fait pousser dans des mélanges liquides sous des serres de plastique : je flotte, les racines à vif, submergé par ma non-existence..."

Titre : Génération K
Auteure : Marine Carteron
Genre : Fantastique
Lu en : français
Editions : Editions du Rouergue (collection Epik)
Nombre de pages : 304
Résumé : Kassandre, Mina et Georg, tous trois un peu bizarres et révoltés, ont un point commun que la plupart des gens ignorent : un pouvoir terrifiant… D’un pensionnat luxueux en Suisse aux quartiers chauds de Naples, la traque commence car leurs dons sont convoités par de redoutables puissances.


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Ayant reçu d'excellents échos aussi bien à propos de sa saga Les Autodafeurs que de celle-ci, je me suis laissé tenter par cette intrigante et assez violente couverture rouge sang.

A raison.

Trois adolescents, à première vue, difficilement moins proches les uns des autres.
Kassandre, issue d'un clan aristocratique millénaire dont elle n'est, comment dire, pas vraiment admirative, qui marque son profond désaccord avec la mentalité familiale par moult tatouages, provocations et éloges de groupes de metal. 
Georg, et surtout pas Georges, le patronyme qu'on lui a attribué lorsqu'il a été trouvé, enfant, sur les marches d'une église, délinquant multirécidiviste qui tente d'échapper à ses démons autant qu'à ses geôliers. 
Mina, mère domestique, père inconnu, point final. Même s'il pourrait s'avérer que la moitié inconnue de son patrimoine génétique soit plus pimentée que prévu. 
Tous trois vont bien évidemment être confronté à de grandes révélations et s'avérer avoir bien plus en commun qu'ils ne le pensent... 


Alors oui. Vous pensez actuellement qu'il s'agit d'une énième histoire bancale de pouvoirs et d'âmes reliées. 
QUE NENNI. 
Ecoutez plutôt.

Non content de livrer une intrigue déjà très prenante à elle seule, cet ouvrage vient donner un sérieux coup de frais à de trop nombreux stéréotypes du roman jeunes adultes fantastique. 
Ce texte sonne profondément juste. Il n'est bien sûr pas réaliste dans le sens strict du terme puisqu'il déploie, avec talent d'ailleurs, tout un univers mythologique, mais il se révèle juste dans la façon avec laquelle il exprime la rage de vivre et d'affrontement de ses protagonistes, juste dans sa description les riches décors qu'il donne à voir, dans ses dialogues piquants et entraînants, dans son rythme mouvementé mais tout sauf chaotique.

Les personnages principaux sont tout aussi bien travaillés les uns que les autres, attachants malgré leurs défauts parfois... patents, et apportent chacun leur touche de vie au texte. Ils sont loin de se résumer à trois traits de caractère défaillants comme c'est trop souvent le cas dans certains romans fantastiques qui préfèrent l'originalité de l'univers à la complexité du personnage : ici, c'est bien simple, les deux sont bien creusés et se nourrissent l'un l'autre. La provocation de Kassandre, la dérision de Georg et la sensibilité de Mina rythment l'avancement du récit et attachent fermement le lecteur au destin du trio.

La saga montre sans aucun doute qu'elle a vocation à prendre de l'ampleur et à créer un véritable déferlement d'action, qu'elle a su parfaitement préparer au cours de ce premier tome sans la moindre longueur ou lourdeur. 

En bref, un premier tome bien construit et convaincant en tous points, juste dans son ton et sa forme, tout comme dans la façon dont il introduit ses personnages et ses enjeux. Marine Carteron se fraie un chemin en faisant bien attention à éviter l'écueil que constituent tous les clichés du genre pour livrer le début d'une saga prometteuse, dynamique, prenante et divertissante... Et pourquoi pas une subtile métaphore du sentiment de décalage de l'adolescence ? 
Je dis, oui.

A très bientôt, Génération K

Note attribuée : 8/10

jeudi 25 mai 2017

In the Garden of Beasts de Erik Larson - Chronique n°322

Titre : In the Garden of Beasts
Auteur : Erik Larson
Genre : Historique
Editions : Black Swan
Lu en : anglais
Nombre de pages : 592
Résumé : The time is 1933, the place, Berlin, when William E. Dodd becomes America's first ambassador to Hitler's Germany in a year that proved to be a turning point in history.
A mild-mannered professor from Chicago, Dodd brings along his wife, son, and flamboyant daughter, Martha. At first Martha is entranced by the parties and pomp, and the handsome young men of the Third Reich with their infectious enthusiasm for restoring Germany to a position of world prominence. Enamored of the New Germany, she has one affair after another, including with the surprisingly honorable first chief of the Gestapo, Rudolf Diels. But as evidence of Jewish persecution mounts, confirmed by chilling first-person testimony, her father telegraphs his concerns to a largely indifferent State Department back home. Dodd watches with alarm as Jews are attacked, the press is censored, and drafts of frightening new laws begin to circulate. As that first year unfolds and the shadows deepen, the Dodds experience days full of excitement, intrigue, romance and ultimately, horror, when a climactic spasm of violence and murder reveals Hitler's true character and ruthless ambition.
Suffused with the tense atmosphere of the period, and with unforgettable portraits of the bizarre Goring and the expectedly charming—yet wholly sinister—Goebbels, In the Garden of Beasts lends a stunning, eyewitness perspective on events as they unfold in real time, revealing an era of surprising nuance and complexity. The result is a dazzling, addictively readable work that speaks volumes about why the world did not recognize the grave threat posed by Hitler until Berlin, and Europe, were awash in blood and terror.

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Existe également en français

Titre : Dans le jardin de la bête
Editions : Le Cherche-Midi / Le Livre de Poche
Résumé : Après "Le Diable dans la Ville blanche", Erik Larson nous offre un superbe thriller politique et d'espionnage, fondé sur des événements réels et peu connus qui se sont déroulés en Allemagne pendant l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler.


1933. Berlin. William E. Dodd devient le premier ambassadeur américain en Allemagne nazie. Sa fille, la flamboyante Martha, est vite séduite par les leaders du parti nazi et leur volonté de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d'entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, alors que son père, très vite alerté des premiers projets de persécution envers les juifs, essaie de prévenir le département d'Etat américain, qui fait la sourde oreille. Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d'employer ses charmes et ses talents au profit de l'Union soviétique. Tous les protagonistes de l'histoire vont alors se livrer un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse "Nuit des longs couteaux".


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Do you know how I can attest that this book is an insanely good one? 
I can because when I finished it, I felt the urge to spend hours doing research about each and every character of the novel, about the facts it explained and the atmosphere it depicted. 
This book is a haunting one, both because of its fascinating story and its horrifying context. Erik Larson reaches the impressive goal of creating both a rich and deep historical book and a captivating novel, and the five hundred pages or so fly by with great pleasure. 

The terrifying atmosphere of the 1933 Germany can not but seize the reader, as a complex game of manipulation and geopolitical machinery takes places around William E. Dodd, the new American Ambassador in Berlin, the ideal witness to Hitler's vicious misappropriation of an entire country. The characters created by the author are all deeply fascinating, either because of their reliability or because of their evilness.

An utter success, and a really captivating book I highly recommend, whether you are already aware of these facts or entirely new to the topic. Discovering In the garden of beasts will not be a mistake!

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Ce livre est bon.

Je peux le dire parce qu'il s'agit de l'un de ces livres que l'on referme avec la soif irrésistible de courir faire des recherches sur le moindre de ses personnages, 


Erik Larson raconte ici l'histoire passionnante d'un homme qui n'avait à première vue rien pour l'être, William Dodd, professeur d'histoire vieillissant qui réalise avec effarement qu'il n'aura jamais le temps de terminer son oeuvre, son Histoire du Vieux Sud des Etats-Unis, s'il continue à exercer son métier actuel. Le jeu des circonstances aidant, Dodd se retrouve catapulté à Berlin en tant qu'ambassadeur américain. Sympathique, n'est-ce pas ?
Sauf que l'on est en 1933.
A Berlin.

Oui.
Ambiance moyenne.

Dodd, sa femme et surtout sa fille Martha vont chacun à leur façon explorer une élite allemande corrompue et sur le point de voler en éclat, pions à la fois d'Etats-Unis qui veulent contrôler un chancelier un peu trop ambitieux et d'un régime nazi qui les manipule pour leur faire croire que tout va parfaitement bien dans le meilleur des mondes. Victimes de l'image idéalisée que les nazis leur renvoient du pays mais loin d'être complètement naïfs, les Dodd sont les spectateurs privilégiés de l'émergence de ce qui va constituer le lit d'une période parmi les plus épouvantables de toute notre histoire. 

Non content de livrer un ouvrage au fond historique d'ores et déjà passionnant, Erik Larson propose une intrigue romanesque captivante, des portraits de personnage tour à tour émouvants, révoltants et toujours efficaces. Les quelques cinq cent pages défilent à vive allure, c'est le moins que l'on puisse dire, au fur et à mesure que le travail de l'auteur prend de l'ampleur. C'est l'histoire qui prend vie sous nos yeux : ce que l'on résume en quelques lignes dans un manuel d'histoire, l'installation d'Hitler au pouvoir, sa façon de jouer avec les démocraties occidentales et sa lente marginalisation des juifs, devient presque palpable à travers le destin de ces personnages. A la fois entièrement oeuvre romanesque et entièrement travail d'histoire, In The Garden of Beasts constitue aussi bien un plaisir d'initiés qu'une introduction à une période aussi fascinante que repoussante - et c'est sans doute pour cela qu'on s'y intéresse - pour les néophytes. 

Un ouvrage qui trouve de plus des échos menaçants dans notre actualité, qui créera aussi bien le plaisir d'un lecteur happé par le texte que la réflexion d'un individu confronté aux pires démons de l'espèce humaine. Ce complexe jeu de géopolitique entre mensonges et manœuvres pleines de duplicité ne pourra que vous séduire...A découvrir, de ce pas ! 

Note attribuée : 9,5/10 : c'était bien. Vraiment bien.

samedi 20 mai 2017

Beauté Fatale de Mona Chollet - Chronique n°321

Titre : Beauté Fatale
Auteure : Mona Chollet
Genre : Essai
Editions : La Découverte (collection Zones)
Lu en : français
Résumé : La « tyrannie du look » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à entretenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au coeur de la sphère culturelle. Le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. Un esprit absent dans un corps-objet : tel est l’idéal féminin contemporain.

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Vous me direz sans doute, et à raison, que je suis souvent prompte à exprimer toute ma joie et ma passion envers de nombreux ouvrages très variés.
Je vous l'accorde sans trop de mal.

Mais vous devez me croire lorsque je vous affirme que Beauté Fatale est un ouvrage important, et même essentiel, à mettre aussi tôt que possible entre toutes les mains.
Et j'insiste sur toutes les mains.

Beauté Fatale vient rappeler avec force, justesse et indignation ce qu'est le féminisme, ce qu'est être une femme. C'est un de ces textes intelligents au point qu'on en aurait presque du mal à en parler par peur d'en déformer le message. C'est un essai qui se lit et se relit, qui change nos perspectives. Il s'attaque à des facettes de nos existences, des nôtres mesdames, tellement banalisées qu'on ne s'en insurge plus quand bien même leur absurdité et leur injustice devraient faire bondir de partout. C'est la dictature de l'apparence que l'on dénonce à tort et à travers, et que l'on a vite fait de pervertir à nouveau en l'assénant à coup de nouveaux impératifs. 

Beauté Fatale vient faire prendre conscience de manière brutalement nécessaire de la menace qui entoure tout être humain de sexe féminin, et ce n'est pas exagérer que la désigner comme telle. Impossible pour la femme de disposer d'elle-même, ce qui devrait être son droit le plus essentiel. Son apparence lui est arrachée et se retrouve détournée par le biais de la mode, du cinéma, de son poids, de ses poils, de la couleur de sa peau, des cosmétiques qu'elle utilise ou non, de sa "féminité", de son droit à ne pas voir sa sexualité utilisée comme un outil. 

La vérité, c'est que tout le système de la beauté empêche la femme de s'émanciper et est ce qu'il reste de plus flagrant du sexisme et du patriarcat... Une aliénation au sens fort du terme. Vous êtes sceptiques ? 

"Les conséquences de cette aliénation sont loin de se limiter à une perte de temps, d'argent et d'énergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs (…) traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une autodévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes. Elles les amènent à tout accepter de leur entourage ; à faire passer leur propre bien-être, leurs intérêts, leur ressenti après ceux des autres ; à toujours se sentir coupables de quelque-chose ; à s'adapter à tout prix, au lieu de fixer leurs propres règles ; à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, se condamnant ainsi à un état de subordination permanente ; à se mettre au service de figures masculines admirées, au lieu de poursuivre leurs propres buts."

Beauté Fatale fonctionne d'abord par les exemples très concrets qu'il propose.
Pensez à une actrice connue. N'est-elle pas l'égérie d'une marque de luxe ?
Et cette actrice, n'est-elle pas plutôt blanche et toute mince qu'autre chose ?
Pensez à un magazine féminin.
N'est-il pas une contradiction en lui-même, opposant des éditoriaux qui s'insurgent contre les inégalités hommes-femmes à des pages entières consacrées aux divers moyens de perdre sa cellulite, comme si l'urgence de la faire disparaître était biologiquement, intrinsèquement évidente 
Pensez à des petites filles et à des petits garçons.
Imaginez-vous des adultes aller voir les garçons pour leur dire qu'ils sont jolis ? 
Une femme qui ne s'épile pas.
Pourquoi vous repousserait-elle plus qu'un homme qui ne s'épile pas ?
Et celle qui subit une opération de chirurgie esthétique. 
Vous direz qu'elle le fait pour porter un nouveau regard sur elle-même.
Mais qui, le premier, a porté sur elle le regard qu'elle a désormais ?

Beauté Fatale fonctionne ensuite par les réflexions plus générales qu'il en tire, aussi frappantes que choquantes. La femme est condamnée à demeurer dans l'apparence, l'anecdote, les petites confidences. La femme que l'on clame "libérée" est loin de l'être, si cette libération se résume à porter de la jolie lingerie pour les beaux yeux de monsieur. 

Beauté Fatale pourrait laisser un peu désemparé, juste après-coup. Mais cet ouvrage, constat indigné, propose cependant de subtiles pistes à creuser, une première poussée vers cette grande union collective que devrait être le féminisme et que l'on a réduite à une espèce d'épiphanie individuelle qui s'exprimerait par le port de la jupe. 

En bref, une lecture nécessaire aussi bien pour les femmes que pour les hommes, qui ouvre les yeux sur des constructions sociales que l'on ne remarque même plus alors même qu'elles ne devraient plus exister, effarantes qu'elles sont. Il n'y a pas de grande réponse universelle aux questions que Mona Chollet pose, tout simplement parce qu'il y a une infinité de manière d'être un individu épanoui, et que nous avons à les trouver ensemble, dans le respect et l'échange.




vendredi 19 mai 2017

Mon futur en replay de Louise Revoyre - Chronique n°320

Titre : Mon Futur en Replay
Auteure : Louise Revoyre
Editions : Scrineo
Genre : Contemporain | Science-fiction
Lu en : français 
Résumé : À presque dix-huit ans, Salomé se retrouve seule. Son père est parti vivre au Liban, et sa mère… est follement amoureuse. Et elle dans tout ça ? Elle doit choisir entre partir rejoindre son père, et rester. Sauf que les décisions, ça n’a jamais été sa spécialité… C’est alors que sa meilleure amie la persuade d’essayer un programme étrange qu’elle a extirpé d’un réseau internet parallèle : Aleas. Celui-ci lui permettrait de visualiser les différents avenirs qui l’attendent en fonction de ses choix. Salomé met le casque que lui tend son amie… et rien ne se passe. Mais à compter de ce moment, elle se met à avoir des flashs. Elle se voit au Liban, avec son père, et un jeune homme, Bilal, qui ne la laisse pas indifférente… Puis, un jour, elle croise Bilal dans la vraie vie alors qu’Il s’apprête à partir au Liban. Lors d’un nouveau flash, elle le voit mourir, victime d’une balle perdue… Rien ne compte plus désormais que d’empêcher cet amour hypothétique de partir. Quelle décision pourra changer leurs destins ?

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Un grand merci aux éditions Scrineo et à Babelio pour cette lecture !

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C'est sans conteste une très bonne idée qu'a ici Louise Revoyre avec cet ouvrage : imaginer un logiciel hallucinant qui permettrait à chacun de se projeter dans différentes versions de son futur pour pouvoir faire ses choix les plus importants plus facilement. Salomé, l'héroïne du roman, en aurait bien besoin alors que ses parents se sont séparés et qu'elle est tiraillée entre la perspective de faire ses études en France ou au Liban auprès de son père, comme le lui répète sa meilleure amie. Elle accepte finalement de se soumettre à l'examen du logiciel, sans se douter des conséquences que cela aura sur son existence jusqu'ici parfaitement tranquille...

Vous vous en doutez avec un tel synopsis, ce roman s'intéresse à nos choix, à ce qui nous pousse à les faire et aux conséquences qu'ils peuvent avoir. Comment considérer nos erreurs, les anticiper, les repousser, les réparer, voire les prévenir ? Est-il souhaitable d'être infaillible, est-il grave de se tromper ? Autant de questions que se pose Salomé lorsqu'elle teste le fameux logiciel pour la première fois.
L'histoire se déroule de façon surprenante et originale, pleine de rebondissements et à un rythme décoiffant. L'auteure révèle une quantité d'idées incroyable, et tente par sa plume fluide et naturelle d'entraîner le lecteur dans un voyage temporel retournant...

On peut cependant regretter la confusion qui émerge d'un récit aussi ambitieux. Difficile en effet de se repérer entre les différentes chronologies qui s'entremêlent dans le récit, les unes fictives, les autres non, sans que l'on sache vraiment les distinguer. L'action est si dense qu'elle en devient parfois illisible, et le rythme est si dynamique que l'on peut avoir l'impression de passer à côté de certains aspects du récit. On a un peu l'impression d'un soufflé qui retombe en refermant le roman : les péripéties étaient grandioses mais le final n'apporte pas de sentiment de satisfaction véritable, et l'on se sent un peu livré à soi-même avec les nombreuses questions qui ont surgi au fil du roman.

En bref, un récit ambitieux et palpitant, mais malheureusement difficile à suivre d'une traite, et qui peine à trouver son équilibre ou son ampleur. Le récit demeure dynamique et porté par des personnages hauts en couleur, mais à trop vouloir en faire, à multiplier les idées et les chronologies parallèles, on a parfois le sentiment de rester sur le côté. Dommage pour ce texte créatif et expressif...

Note attribuée : 5/10

dimanche 14 mai 2017

Petit Pays de Gaël Faye - Chronique n°319

Titre : Petit Pays
Auteur : Gaël Faye
Editions : Grasset
Genre : Contemporain
Lu en : français
Nombre de pages : 228
Résumé : En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

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Petit Pays, c'est avant tout une sacrée réputation et une avalanche de prix littéraires. Il a ouvert le bal avec le prix du Roman Fnac et a ébloui le public en remportant le Goncourt des Lycéens... Avec une aura pareille et un auteur aussi charismatique, difficile de ne pas céder aux sirènes de l'ouvrage.

Et heureusement, vous dirai-je.

Petit Pays mérite en effet tout le bruit qu'il suscite. Incroyable mélange de violence et de douceur aux accents autobiographiques, il saisit dès les toutes premières pages son lecteur, lui signifiant bien qu'il s'apprête à plonger dans un récit important.

Pas de leçons de morale ou d'atmosphère pesante, bien au contraire. Il s'agit d'un récit d'enfance et d'espoir, bien qu'entaché par une véritable tragédie humaine, le génocide tutsi au Rwanda puis au Burundi, décrit d'une façon simple et d'autant plus frappante par le narrateur dès  le premier chapitre. La grande force de l'ouvrage est bien de ne jamais basculer dans un pathos peu recommandable, mais bien de se maintenir dans un ton assez indescriptible mais terriblement convaincant. La voix prématurément brisée du narrateur arraché à son enfance émeut, passionne, touche. Les pages se tournent avec fébrilité alors que l'on assiste à la descente aux enfers d'un pays, au délitement d'un foyer, partagé entre un père belge impuissant et une mère rwandaise d'origine tutsie qui voit son Rwanda natal se déchirer et son Burundi d'accueil suivre son triste exemple. 

Les bêtises d'une bande d'enfants désoeuvrés succèdent à des événements politiques de grande ampleur en toute fluidité, l'équilibre de l'oeuvre impressionne. L'écriture de Gaël Faye impressionne de fraîcheur et de maturité à la fois, séduisante aussi bien pour son authenticité que pour sa musicalité - rappelons que le monsieur, en plus d'être écrivain, est rappeur. Oui. Il est comme ça, pourquoi se contenter d'un talent. 
L'écrivain mêle la voix de l'adulte qui se souvient à celle de l'enfant qui vit le conflit au jour le jour, et parvient à construire en 250 pages une impressionnante réflexion sur l'identité, l'appartenance, la loyauté, l'héritage. Et la reconstruction.

On ressort de Petit Pays ébranlé, c'est évident, transporté, encore à moitié dans ce tout petit Burundi, étourdi par sa violence brûlante mais aussi sa véracité. Gaël Faye sait de quoi il parle. Et il nous initie avec succès à des fragments de cette terrible connaissance. Rien ne se passe, et pourtant tout se passe - alerte, phrase profonde. L'inactivité d'une enfance impuissante contraste le déchaînement de cruauté. Et c'est dans tous les sens du terme mémorable.

Note attribuée : 9/10

jeudi 11 mai 2017

L'Arabe du Futur tome 1 de Riad Sattouf - Chronique n°318

Titre : L'Arabe du futur tome 1 - Une jeunesse au Moyen-Orient
Auteur : Riad Sattouf
Genre : Bande-dessinée | Autobiographie
Editions : Allary Editions
Nombre de pages : 158
Résumé : Ce livre raconte l'histoire vraie d'un enfant blond et de sa famille dans la Lybie de Khadafi et la Syrie d'Hafez Al-Assad.





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On voit énormément passer cette série de bande-dessinée depuis quelques années, particulièrement à la sortie de chaque nouveau tome, et pourtant j'étais jusqu'à récemment consciencieusement passée à côté. 
Enfin.
Il n'est jamais trop tard pour rattraper ses erreurs.

L'Arabe du Futur est le récit drôle, riche et spontané de l'enfance de Riad Sattouf, dessinateur franco-syrien qui a grandi entre le Liban, la Syrie et la France, entre un père syrien professeur d'histoire et une mère bretonne qui suit son mari dans ses pérégrinations au Moyen-Orient. Chaque tome de la série s'attache à décrire quelques années de l'enfance de Riad, et on entame ainsi sa découverte de l'histoire entre la naissance et les six ans du personnage principal. 

On alterne avec bonheur entre émotion et rire franc, savourant les anecdotes croustillantes et les réflexions touchantes partagées par l'auteur. On a le cœur serré, les yeux grands ouverts, un sourire plaqué sur le visage et les mains qui tournent fébrilement les pages. Non seulement le récit est-il en lui-même très plaisant, mais la réflexion engagée parallèlement sur le multiculturalisme et la construction de l'identité arabe à la fin du XXème siècle se révèle passionnante. Comment vivre en effet dans un Moyen-Orient où de plus en plus de régimes autoritaires sévissent ? Quelle identité se construire lorsque l'on est ballotté entre des pays radicalement opposés, contraint à des lois que l'on n'a pas choisi, incapable de se fixer ? 

Le tout est d'une harmonie marquante, les petites histoires enfantines s'accordant étonnamment bien aux grands faits politiques tout comme aux joies et drames familiaux. On n'a pas le temps de réaliser à quelle vitesse l'on dévore l'ouvrage qu'il est déjà achevé, et c'est en général plutôt bon signe quant à la qualité du récit, vous me l'accorderez. 

De quoi parler encore pour vous convaincre ? 

Des dessins empreints d'une naïveté teintée de nostalgie, un ton naturel et pensif à la fois, des pensées douces-amères qui touchent en plein cœur. Un cadre cosmopolite et dépaysant, attirant et effrayant à la fois, l'histoire de la construction d'un enfant auquel l'on s'attache dès les tous premiers instants, à l'instar de tous les adultes qui trouvent ses cheveux blonds si irrésistibles. De l'humour, de l'espoir, beaucoup. Et de l'amour. 

Si c'est pas mignon tout ça.

Note attribuée : 9/10 : une vraie réussite !

lundi 8 mai 2017

Power Club tome 2 d'Alain Gagnol - Chronique n°317

Titre : Power Club tome 2 - Ondes de choc
Auteur : Alain Gagnol
Editions : Syros
Genre : Science-Fiction
Lu en : français
Nombre de pages : 512
Résumé : 
Être un simple pion qui fait le buzz dans les médias ? Neutraliser les criminels même s’il en coûte la vie à de nombreux civils ? Se laisser manipuler, tout comme l’opinion publique, par les politiciens ? Très peu pour Anna qui va payer cher son intégrité. Autrefois adulée, aujourd’hui détestée, elle seule peut prouver au monde entier ce qu’est une vraie super-héroïne. 

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Un grand merci aux édition Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi!

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Chronique sans spoilers - parce que vous le valez bien

Power Club avait avec son premier tome inauguré une saga de science-fiction étonnante et rafraîchissante, travaillant sur la crédibilité de son univers avec un soin tout particulier et maintenant une grande justesse de ton.
Ne restait plus qu'à se jeter sur la suite.

Et devinez quoi ? 
Elle est tout aussi bonne, sinon meilleure.

L'intérêt du Power Club, au-delà d'être une saga tout à fait captivante, est son travail sur la crédibilité. Difficile dans la mesure où il s'agit d'une histoire de science-fiction, me direz-vous, et pourtant ! Dilemmes moraux, inquiétudes familiales, réalité des études, rien n'est laissé de côté, et le résultat est aussi harmonieux que complet. On a bien une aventure dans sa globalité, avec une héroïne humaine et authentique dont les raisonnements évoluent de façon construite et surtout de plus en plus mature. On s'attache d'autant plus facilement à elle qu'elle aurait pu être nous, cette Anna Granville, avec ses étonnements et ses convictions que l'on comprend profondément. Rien de grandiloquent ou de lassant, bien au contraire, le récit se déroule sur un fond de vérité assez remarquable. 

L'action est au rendez-vous, avec une multitude de péripéties qui s'enchaînent de façon rythmée et cohérente. On reprend le fil de l'histoire de façon tout à fait aisée, quand bien même cela fait quelques mois que l'on a quitté le premier volume. Aucun moyen de s'ennuyer ou même de reposer le roman une fois que l'on a mis le nez dedans, jusqu'à un final une nouvelle fois explosif qui donne de furieuses envies de découvrir l'ultime tome... La plume est légère mais travaillée, le tout très agréable à suivre - je sais, je me répète. Allez, finissons-en.

En bref, un ouvrage tout aussi abouti que son prédécesseur, aussi bien sur la forme que sur le fond. Le récit se savoure avec un plaisir constant grâce à l'intelligence d'une héroïne en constante évolution, et est doublé d'un véritable arrière-plan moral du plus grand intérêt. Alain Gagnol poursuit sa réflexion aussi divertissante que pertinente sur notre société sous le prisme de la science-fiction. Quels sont nos héros, et pourquoi les admirons-nous ? Jusqu'à où avons-nous envie de les suivre, quelles valeurs irons-nous jusqu'à suivre ? 

Note attribuée : 9/10




mercredi 3 mai 2017

Gloria de Martine Pouchain - Chronique n°316

Titre : Gloria
Auteure : Martine Pouchain
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Genre : Contemporain
Lu en : français
Nombre de pages : 267
Résumé : "Une lueur rase les sommets au loin. Quelques phares croisés les éblouissent.
- Ca m'étonnerait beaucoup que t'es ma mère, déclare Jamie.
- Pourquoi ?
- Une mère a pas le temps de se balader. Elle travaille.
- Qu'est-ce que t'en sais ? T'en connais beaucoup, des mères ?
- Tu vois, ça, une mère le dirait pas.
- Moi aussi je travaille. Là, je suis en vacances.
- Et tu fais quoi comme travail ?
- Actrice."

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Un grand merci aux éditions Sarbacane et en particulier à Audrey pour cet envoi !

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Gloria a sept ans et une maman qui vit toujours dans le deuil de son frère aîné.

Gloria a dix-sept ans et un professeur de théâtre très séduisant.

Gloria a dix-huit ans, un bébé dans le ventre et des rêves de succès plein la tête.

Gloria donne le bébé pour donner vie à ses fantasmes.
Mais personne ne semble aller dans son sens.

Gloria a vingt-cinq ans, plus d'ovaires et des regrets qui naissent dans son cœur.
Mais elle a aussi une voiture et un plan un peu fou.
Alors elle part.

Elle part, et fait défiler les paysages, les personnages, les rencontres et émotions. Son road-trop aussi fou que profondément humain emporte dès les tous premiers instants, ses pensées à première vue incohérentes mais en réalité étonnamment logiques sont aussi touchantes que déstabilisantes. Entre sentiment paternaliste, affection et inquiétude, le lecteur se sent bien vite lié à ce personnage principal d'une manière très inhabituelle. Le rythme du roman est travaillé de telle sorte que trois ans peuvent défiler en une phrase, et une heure en trente pages, sans aucune impression de déséquilibre. On se laisse porter avec un plaisir inouï tout en s'investissant réellement dans le destin de cette Gloria que l'on se surprend à soutenir, tout en restant stupéfait par la portée de ses actions.

La plume de l'auteure est l'incroyable reflet de la sensibilité un peu brisée de son héroïne, de sa folie douce, de ses rêves un peu trop prenants. Les dialogues se font tour à tour cruels, intenses, calmes, mystérieux et doux, et ces échanges demeurent si vrais qu'on les entend résonner en soi. Au fil des pages, on en vient à éprouver un attachement viscéral à cette héroïne, qui commet certes de nombreuses erreurs et des actes que l'on n'aurait pas à l'idée d'envisager, mais dont les intentions si innocentes et graves à la fois ne peuvent que toucher.
Gloria a été privée d'amour.
Celui de sa mère.
Celui de son amant.
Celui de la profession qu'elle s'était choisie, et bien d'autres encore.
Et pourtant, elle le cherche, elle en donne, elle essaye de comprendre comment quelque chose d'aussi fort peut bien fonctionner. Elle s'égare, c'est indéniable, mais comment le lui reprocher lorsqu'elle fait vivre à ses lecteurs de tels instants d'émotion et d'humanité dans tout ce qu'elle a de plus concret, de plus beau, de plus fragile ? 

Alors croyez-moi, embarquez-vous pour ces quelques pages de magie, de poésie douce-amère, d'humanité et de dépaysement un peu hors du temps, et donnez à Gloria tout l'amour qu'elle mérite. Pas besoin d'épiloguer sans fin sur ce roman qui doit conserver une certaine part de mystère pour être pleinement savouré : une seule chose à retenir, foncez.

Note attribuée : 10/10


Bon, même si j'ai dit que Gloria, on s'y attache et tout et tout, évitez quand même de reproduire ses agissements du roman. Non pas que je juge hein. Mais évitez quand même.

mardi 2 mai 2017

Bilan du mois [Avril 2017]

Bonjour à tous !

Terrible, terrible mois d'avril que ce fut. 
Mais tout ceci est derrière nous.
Elançons nous dans la joie vers le bac. Les oraux d'admission. Les décisions torturantes.

Et le printemps. Les livres, toujours là pour nous.

Bref, je divague, voici les quelques ouvrages que j'ai trouvé le temps de dévorer ces derniers jours ! Un bilan assez déséquilibré, avec dix titres dont deux coups de coeur et deux grosses déceptions.

Les coups de coeur du mois... (Période faste)
Gloria de Martine Pouchain : un livre qui envoûte, attriste, réjouit, émerveille et transporte. Une parenthèse aussi légère qu'éprouvante de vie, d'amour, de rêves, de désillusions. J'adore. Je valide. Je recommande. Je vénère.
A la place du coeur saison 2 d'Arnaud Cathrine : bon, autant aller droit au but : AMOUR. Trop d'amour. 
Et de douleur aussi.
Et d'émotions.
Et d'admiration.
Et de mélancolie.
Et de réflexion.

J'ai adoré...
Power Club tome 2 d'Alain Gagnol : la suite réussie d'une saga de science-fiction réfléchie et prenante qui fait du bien !
Kasane de Darama Matsuura : une excellente recommendation de Saefiel qui a réussi l'exploit de me faire lire un manga. Pour la toute première fois de ma vie, honte ou gloire à moi, on ne sait pas vraiment. Moralité de l'histoire : c'était bien. Mais trop court.
Un peu plus que des amis de Michael Kun et Susan Mullen : un livre aussi réconfortant qu'une soirée pelotonné sous sa couette. Oui. Vous voyez très bien de quel sentiment de joie, de gratitude, de paisibilité, je parle. Eh bien c'est ni plus ni moins que la quintessence de ce roman.
Les Faux-Monnayeurs d'André Gide : pour être tout à fait exacte, je l'avais déjà lu en début d'année, mais comme vous le savez peut-être, il s'agit de l'une de mes oeuvres obligatoires du bac. Une seconde lecture s'est donc imposée. Et ce roman me tue, dans toute sa complexité, sa profondeur, son décalage et son insolence. Détachez son étiquette "bac" et découvrez-le sans tarder.

J'ai beaucoup aimé...
Faut-il manger les animaux de Jonathan Safran Foer : Je n'aime clairement pas ce titre, et lui préfère de bien loin sa version anglaise, Eating animais, littéralement "Du fait de manger des animaux". Bref, un ouvrage puissant et inspirant, mi-documentaire mi-témoignage, qui ne peut laisser indifférent sur un sujet ô combien sensible.
Our Chemical Hearts de Krystal Sutherland - VO : une histoire atypique, authentique et poétique - comboooo de rimes - qui change, fait réfléchir, transforme. 

J'ai bien aimé...
Zodiaque tome 3 - Lune Noire de Romina Russell : une suite attachante, parce qu'il s'agit mine de rien de la continuité d'une trilogie que l'on commence à connaître, mais un cran en-dessous de ses prédécesseurs.

J'ai été déçue...
Tranférés de Kate Blair : ça commence à être un peu moins réjoui, malheureusement : un roman qui ne déploie pas le potentiel de son postulat, et se conforte dans des stéréotypes usés et peu entraînants.
Marquer les Ombres de Veronica Roth : beaucoup d'ennui, hélas, et l'ennui est le pire ennemi du lecteur. Vous m'en voyez navrée, mais ce roman fut bien trop déséquilibré, poussif et commun pour ma petite et navrée personne...

Sur ce, puissiez-vous profiter d'un meeeerveilleux mois de mai !

lundi 1 mai 2017

Bye-bye Bollywood de Hélène Couturier - Chronique n°315

Titre : Bye-bye Bollywood
Auteure : Hélène Couturier
Genre : Contemporain
Editions : Syros
Lu en : français
Nombre de pages : 147
Résumé : Quand ma mère nous a annoncé qu’on partait en vacances en Inde, ma sœur s’est direct imaginée en mode « Bollywood », façon princesse indienne. Plus mesurée, j'ai pensé que j'avais la meilleure maman du monde, ce qui n’arrive pas souvent. Puis j’ai compris qu'elle nous emmenait dans un ashram. Traduction : délire yoga-méditation, riz complet et partage des tâches ménagères ! Ça m’a anéantie. Et encore, j’ignorais qu’une fois là-bas, il n’y aurait pas de réseau et que le seul jeune de mon âge, Jésus, serait un matheux sans pitié. Mais…… Comme le dit le proverbe indien : « Tant qu’il y a de l’amour, tout est possible » ! 

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Un grand merci aux édition Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi !

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Une mère. Deux soeurs. Des jours et des jours de vacances à remplir, et une idée aussi surprenante qu'enthousiasmante de la part de la mère : partir en Inde ! Mais quelle n'est pas la désillusion de ses filles lorsqu'elles découvrent que bien loin de la résidence de vacances dont elles avaient rêvée, c'est dans un ashram qu'elles vont être hébergées, ce qui équivaut à des journées alternant entre travail manuel et méditation. 

Choc des cultures ? Très certainement.
Désastre ? Pas forcément.

Autant l'avouer, j'ai eu très peur en ouvrant ce court roman. Le ton volontairement survolté et encore empreint d'immaturité de l'héroïne est assez difficile à prendre au sérieux, de même que ses réactions très légèrement excessives aux événements qui surviennent dans sa vie. Fort heureusement, cette personnalité haute en couleurs est volontairement grossie par l'auteure dans les premiers chapitres de son roman, et se voit très vite modelée par les vacances inhabituelles que traverse son héroïne. Elle n'atteint pas la sagacité ultime, évidemment, mais trouve à sa façon des clés pour grandir, s'ouvrir à d'autres, et se forger de nouvelles priorités.

Le tout se lit avec d'autant plus de facilité que le ton est aussi léger que désopilant, ne se prenant jamais au sérieux. Les situations comiques s'enchaînent, sans doute de façon un peu trop rapprochée et grandiloquente, mais il faut garder à l'esprit qu'il s'agit là du mode de fonctionnement du livre et surtout de la perception de son héroïne. Difficile donc de s'extraire de ces aventures originales portées par une écriture simple mais crédible en tant que narration d'une adolescente, une qualité au demeurant assez rare. Il s'agit donc d'une plongée un peu courte mais indéniablement rafraîchissante dans un pays dont la diversité et l'intérêt de la culture n'est plus à prouver. Pourquoi pas une introduction à certaines grandes lignes du mode de vie et de pensée indien pour les plus jeunes, une espèce de comédie de mœurs junior ?

En bref, un roman dont on ne conservera sans doute pas un souvenir impérissable, mais qui remplit parfaitement son contrat : divertir, faire voyager et surtout sourire ! Un humour et un ton cocasse à toute épreuve, une héroïne complètement déjantée que l'on suit aussi amusé que décontenancé, bref, un cocktail assez explosif qui ravira certainement de jeunes lecteurs. 

Note attribuée : 7/10