La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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vendredi 30 juin 2017

A la place du coeur d'Arnaud Cathrine - Chronique n°332

Titre : A la place du coeur
Auteur : Arnaud Cathrine
Editions : Robert Laffont (collection R)
Genre : Contemporain
Lu en : français
Résumé Cette saison est celle de l'éprouvant retour de Caumes à la vie. Il est raconté par son cousin, Niels, depuis la côte Atlantique : tout un été à tenter de sortir Caumes de sa torpeur muette et rageuse. Puis c'est Esther qui prend la parole : elle dont Caumes s'est peu à peu éloigné ; elle dont l'amour ne lâche pas ; elle qui, faute de pouvoir tourner la page, s'est persuadée qu'un après était possible dans ses bras. Mais ces jeunes adultes sont aussi les enfants de novembre, les enfants du Bataclan, du Carillon, du Petit Cambodge. La vie n'a pas fini d'être mise à l'épreuve. La vie n'a pas fini d'être à réinventer.

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Que se passe-t-il avec ces romans ?
Comment se fait-il que ces textes bruts, dépouillés et pourtant si riches marquent autant et de façon aussi imprévisible ?
Quel est ce sentiment entre coup de poing, essoufflement et étourdissement que l'on éprouve en tournant la dernière page de ces ouvrages ? 

La vérité, je crois.

La vérité de la voix d'un adolescent, et même de plusieurs. 
La vérité de leurs existences, tristes dans un monde triste et pourtant empreintes d'un espoir qui ne se laisse pas altérer. 

Ce sont quelques semaines, un été, une rentrée, des retrouvailles qui sonnent plutôt le glas d'une ère passée. Ce sont quelques adolescents, amoureux, amis, cousins, rivaux, incompris et nouvellement étrangers. Ce sont aussi des adultes, tout aussi perdus mais à qui on demande en plus d'être des figures de référence. 

C'est l'histoire de la reconstruction de Caumes, brisé, fermé aux autres et surtout à lui-même, incapable de se laisser aller à vivre comme il le faisait autrefois. Désormais, il n'est que souffrance, silence et deuil de son meilleur ami. 

Ce sont des mots abrupts, crus, si sincères qu'ils ne peuvent que résonner au sein du lecteur. Une écriture qui ne ressemble à aucune autre, qu'il faut apprivoiser, mais qui une fois que l'on apprend réellement à la connaître, s'avère receler des trésors de réflexion et de lumière.

C'est un regard porté sur le monde, un fragment de vie qui ouvre à l'universel. Un ton qui ne prend pas le lecteur pour un simplet qui se berce d'illusions, mais comme un être capable et sensible. 

C'est cette question, qu'y a-t-il désormais A la Place du Coeur brisé de Caumes, d'Esther ou de Niels, qui ont perdu leurs repères et leur foi un peu naïve dans un monde qu'ils croyaient connaître.
C'est surtout ce message d'importance : le malheur ne l'emporte pas. Même dans des gouffres de désespoir, demeure la petite lueur dont on a besoin pour se relever. Elle éclaire la moindre des pages, le moindre des instants. Et c'est tout ce dont on a besoin.

C'est un livre qui fait mal, sans doute, qui déstabilise et peut même agresser par certains aspects celui qui y laisse courir ses yeux. Mais c'est avant tout un livre qui purifie, calme, et prépare le chemin vers l'apaisement.

Note attribuée : 10/10 



mercredi 28 juin 2017

Timelapse de Nadia Richard - Chronique n°331

Titre : Timelapse
Auteure : Nadia Richard
Editions : Michel Lafon
Genre : Fantastique
Lu en : français
Nombre de pages : 317
Résumé : Le jour des 18 ans de Samantha, le temps s'est arrêté. Piégée 48 heures dans un monde où tous ceux qu'elle aime sont transformés en statues de cire, Sam réalise avec effroi qu'elle est la cause de ce phénomène. La vie reprend son cours, mais Sam, elle, est persuadée de devenir folle. Pourtant son don est on ne peut plus réel. Et convoité.

Alors que M. Delatour, son professeur de physique, s'intéresse subitement à elle, la jeune femme réalise avec stupeur qu'elle est incapable de figer le nouveau de la classe, le mystérieux Matthias. Seraient-ils plus liés qu'elle n'ose l'espérer ?
Mais à trop jouer avec le temps, Sam pourrait bien finir par en manquer... car Delatour semble prêt à tout pour s'approprier son pouvoir, peu importent les conséquences.


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C'est toujours une démarche intéressante que de voir un artiste, vidéaste, une personnalité qui a fait ses preuves dans un quelconque domaine culturel, faire ses premières expériences en tant qu'écrivain. Ici, c'est la YouTubeuse Nadia Richard qui tente le pari d'un roman au genre éloigné de ses vidéos habituelles, le fantastique. Défi relevé ? 

On attend surtout l'auteure au tournant en ce qui concerne son écriture, elle est en effet novice en la matière... Et c'est sans doute le point qui déçoit le plus : on sent un véritable soin apporté au choix des mots, certes, mais le texte n'a pas de corps, de saveur propre, de sophistication réelle. Il est trop chargé d'adverbes, de périphrases lourdes comme "la jolie blonde" ou "le beau brun", et se perd dans des méandres explicatifs. Par explicatif, il faut entendre que tout est longuement analysé et donné à voir, rien n'est suggéré, rien ne repose sur une connivence entre écrivain et lecteur pourtant essentielle. On donne une cause et des conséquences directement à chaque acte ou parle, ce qui témoigne d'une volonté de soigner la trame narrative mais rend le tout cruellement morne... Et n'empêche même pas de grosses incohérences, par exemple lorsque le personnage principal convient d'un rendez-vous chez un autre individu et s'en va sans connaître son adresse. 
De plus, à partir d'un certain moment, de courts passages en troisième personne sont insérés, mais sans sentiment de cohérence, plutôt comme un outil pour pallier les défaillances d'une narration incomplète.

Le tout n'a aucun défaut flagrant, le récit est stable, mais c'est justement ce manque de sel, de particularité, qui déçoit. La majeure partie du roman est malheureusement d'une triste banalité, et même l'élément de fantastique qui y est introduit, l'arrêt dans le temps, ne parvient pas à créer un intérêt véritable. Seules les dix dernières pages témoignent d'un dynamisme talentueux, d'idées portées par l'auteure, mais cela ne suffit pas à contrebalancer les 300 pages précédentes de turpitudes amoureuses adolescentes plus que lassantes. C'est donc d'autant plus regrettable qu'on sent qu'il n'aurait fallu qu'un petit grain de folie et de prise de risque pour améliorer drastiquement la qualité du récit. 

On navigue de façon plutôt fluide dans le roman, là n'est pas le problème. Ce qui empêche réellement Timelapse d'être un excellent roman, c'est son caractère "oubliable". L'histoire est trop sage, en cherchant à convenir, en s'encombrant de bonnes intentions, elle en perd toute sa spontanéité et tout ce qui aurait pu en faire un récit nouveau. On ne retrouve pas le ton caractéristique de Nadia Richard et son humour complice, qui aurait pourtant été un indéniable point fort. Dommage ! 

Note attribuée : 4/10 : un livre ni bon, ni mauvais, juste tristement plat, et qui manque d'audace dans son propos. 

lundi 26 juin 2017

[CINEMA] - HHhH de Cédric Jimenez

Titre : HHhH
Réalisateur : Cédric Jimenez
D'après un roman de : Laurent Binet
Année de sortie : 2017
Nationalité : française
Genre : Historique, Action
Avec : Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O'Connell...
Synopsis : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale. 

Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich. 

Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, tentant d’endiguer les sentiments qui montent en lui. Car les résistants le savent tous : leur cause passe avant leur vie. Le 27 mai 1942, les destins d’Heydrich, Jan et Jozef basculent, renversant le cours de l’Histoire.


HHhH était un roman d'une incroyable richesse, passionnant par son approche sans pareille du personnage aussi fascinant que répulsif d'Heydrich, le cerveau d'Himmler, comme le suggérait son surnom HHhH. La biographie du Nazi était doublée d'une passionnante réflexion de l'écrivain sur l'histoire, le mariage qu'elle peut avoir avec la fiction ou non, comment la transmettre, comment l'étudier.

Pari ambitieux donc que celui de Jimenez, qui choisit de se défaire de la moitié "de l'écrivain" du roman pour ne se concentrer que sur la vie d'Heydrich et sa montée en galons au sein de la SS dans un premier acte, puis sur l'organisation de son assassinat par la résistance tchèque et enfin son accomplissement et ses conséquences dans une seconde moitié. Choisissant de s'exporter dans le monde anglo-saxon, Jimenez accorde les rôles titres à de grands noms du cinéma australien avec Jason Clarke ou britannique avec Rosamund Pike.

Quel est le résultat, me demanderez-vous ? 
Injustement reconnu, vous répondrai-je avec un sourire amer.

Le film est une déflagration de violence et de beauté, d'esthétisme et de cruauté, de dépassement de soi aussi bien que de folie furieuse. Il met en scène les excès humains dans tout ce qu'ils ont de plus terrifiant et fascinant, montrant des personnages qui se plongent corps et âme dans leurs idéaux, au prix de leur vie, de leur humanité, de leur intégrité. 

Le montage est d'une grande maîtrise, osant des découpages originaux, frappant par son dynamisme et son sens du rythme. On est happé par les images et leur enchaînement magnétique, par une photographie et un étalonnage très immersifs, et surtout par une bande-originale envoûtante, aux accents quasi apocalyptiques grâce à la présence judicieuse de l'orgue. 

On a pourtant énormément reproché à ce film une sorte d'esthétisation et même de glorification de la violence, allant jusqu'à le reprocher d'avoir un regard complaisant sur la figure d'Heydrich. Difficile d'aller dans ce sens : ces deux heures à être confronté à la pire des errances humaines et à l'aveuglement haineux le plus complet donnent tout sauf envie de se laisser aller à un éloge d'Heydrich. On est plutôt effrayé par son parcours fou, assommé par un véritable effet de catharsis. Comme le disait Hannah Arendt, le mal couve en chacun de nous et ne demande qu'à être stimulé par certaines circonstances. Nous ne sommes pas Heydrich, bien évidemment, mais ce film rappelle des dangers évidents, et s'en fait d'autant plus hypnotisant. Pour ce qui est de la violence, elle est effectivement omniprésente, que ce soit lors de massacres, de dialogues dans des contextes oppressants, de scènes de bataille, mais il s'agissait d'une réalité à cette époque ! Cédric Jimenez veut se placer dans une démarche d'objectivité historique autant que possible, quelque part à la façon de Binet, et choisit dès lors de ne porter aucun jugement sur toute cette brutalité, qui est encore une fois plus répulsive qu'attirante !

Quelques regrets demeurent, notamment le choix d'acteurs anglophones pour interpréter des figures historiques allemandes. Certes, les interprètes ont souvent une certaine ressemblance physique avec leurs modèles originaux, mais entendre une prétendue femme d'officier nazi parler avec l'accent de Cambridge est quelque peu... déstabilisant. On peut également pointer l'abandon du récit de Binet sur l'historien, même si cela aurait rendu le scénario difficile à composer, ou encore quelques simplifications opérées dans l'écriture, mais dans un film de deux heures, difficile de rendre justice aux moindres aspects d'un récit réel. 

Ce film ose, et s'affirme par sa volonté de marquer les esprits. Il demeure une oeuvre bouleversante, dont la musique et certains plans restent en tête des jours et des jours durant, parvenant à prendre le spectateur à la gorge en dépeignant avec une incroyable efficacité la terreur reine dans ce contexte. Le choix de la langue allemande aurait été un indéniable plus, mais reconnaissons  les belles performances des acteurs choisis, malgré quelques petites errances linguistiques comme deux acteurs français qui tentent d'adopter un anglais teinté d'un accent tchèque !

Allez voir HHhH, préparez-vous à un métrage fort, réservé à un public averti en raison de sa violence graphique comme de l'atmosphère insoutenable qu'il instaure, de l'aveuglement de haine de ses personnages. On ne tombe jamais dans un manichéisme des "bons" contre les "méchants" : c'est au spectateur d'établir son jugement, évident bien sûr, mais qui dépend bel et bien de lui seul. Le film cherche une certaine maîtrise, quitte à simplifier certains éléments parfois, mais impressionne par son ambition. A découvrir !
Note attribuée : 9/10

dimanche 25 juin 2017

La Tresse de Laeticia Colombiani - Chronique n°330

Titre : La Tresse
Auteure : Laeticia Colombiani
Genre : Contemporain
Editions : Grasset
Lu en : français
Nombre de pages : 217
Résumé : 
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

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Vous avez déjà dû voir ce livre quelque part.

La Tresse, depuis sa sortie, accumule les critiques enthousiastes, caracole en tête des ventes et est en train de se forger une petite réputation. Il s'agit d'un roman entrelaçant les histoires de trois femmes, trois existences aux antipodes les unes de autres dans trois situations sociales on ne peut moins semblables, et qui vont s'avérer bien sûr avoir un lien les unes par rapport aux autres.

Smita, Intouchable en Inde qui vit dans la honte et veut autre chose pour sa fille.
Giulia, qui découvre la ruine de l'entreprise familiale une fois que son père n'est plus en état de la cacher.
Sarah, mère célibataire et avocate émérite qui voit tout ce qu'elle avait construit au cours de sa vie s'effriter avec la maladie.

Et c'est joliment fait.

Très clairement, le roman repose sur une structure que l'on a déjà vue, les destins croisés dont l'on voit seulement petit à petit le point commun, la réflexion commune qui naît d'histoires qui n'ont apparemment rien à voir, des intrigues dans l'ensemble assez prévisibles, mais cela n'empêche pas une vraie sensibilité d'émerger de ces - trop peu nombreuses ! - 200 pages et quelques. On accorde peut-être beaucoup de crédit à ce livre pour ce qu'il est... mais reconnaissons son arrivée bienvenue alors que l'été débute. Je n'irais cependant pas jusqu'à qualifier, comme certains l'ont fait, La Tresse de récit féministe, mais il s'agit à n'en pas douter d'un texte sensible qui constitue un rappel bienvenu à certaines injustices et réalités qu'il est facile d'oublier. 

L'auteure sait créer un rythme entraînant, égal, qui anticipe les réactions du lecteur et sait maintenir un intérêt constant. Ce serait mentir que de dire que l'on n'a pas envie de finir La Tresse d'une traite tant l'histoire se déroule de manière fluide. Les situations décrites convainquent sans effort, les décors sont variés, posés de façon efficace. Un point d'honneur est mis à décrypter la psyché des personnages féminins et la souffrance qu'elles éprouvent à ne pas avoir le pouvoir de faire évoluer leur propre condition. On aime ce roman parce qu'on ressent la véracité des émotions et des intentions qu'il contient. Il est sincère dans tout ce qu'il entreprend, quite à devenir un peu naïf sur les bords, mais qu'importe, on a besoin de récits porteurs de bienveillance comme celui-ci. 


En bref, un roman qui se lit avec une grande facilité doutée d'un véritable plaisir, riche et complet, bien balancé en terme de rythme et très juste dans ce qu'il s'attache à montrer. Il n'évite pas certains petits écueils, mais il demeure très satisfaisant, très réjouissant et surtout suscite une certaine forme de fierté et d'espoir envers le genre humain !

Note attribuée  : 8/10

jeudi 22 juin 2017

Amour, Vengeance et Tentes Quechua d'Estelle Billon-Spagnol - Chronique n°329

Titre : Amour, Vengeance et Tentes Quechua
Auteure : Estelle Billon-Spagnol
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Genre : Contemporain | Humour
Lu en : français
Nombre de pages : 255
Résumé : 
Deuxième samedi du mois de juillet. Depuis toujours, ce jour précis, Tara et ses parents – le morne postier et l’Italienne agitée – prennent le départ des vacances. Direction « le Momo's », camping tenu par la vieille Momo et son fils Jacky.

Là-bas, Tara respire, retrouve la rivière et son copain de toujours : Adam. Adam devenu, cet été… ce beau mec qui la remue totalement !

À peine le temps de savourer que débarque Éva, belle et brûlante comme le soleil, et vite surnommée « La Frite » par Tara. Ils étaient deux, ils se retrouvent trois. Les mauvais coups vont tomber, pour Tara comme pour Adam et La Frite, mais aussi pour ce qui n’existe plus : l’ insouciance d’avant.

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Un grand merci aux éditions Sarbacane et en particulier à Audrey pour cet envoi !

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L'arrivée de l'été va souvent de pair avec l'envie de se plonger dans une lecture plus légère, qui donne le sourire aux lèvres et l'envie - intériorisée, s'entend - de virevolter dans tous les sens, sans non plus être condamné pour cela à se coltiner des enfilades de clichés qui plus est maladroitement écrites. 

Une solution ? Ce livre

Amour, Vengeance et Tentes Quechua n'est pas un roman exagérément facile qui se moque consciencieusement d'ajouter de l'originalité à ses personnages ou à son ton, bien au contraire, c'est un récit léger mais bien élaboré, drôle et réfléchi, et surtout, aux protagonistes immédiatement attachants et au rythme endiablé. On se laisse porter par les pages, en craignant peut-être au départ que cette histoire de retrouvailles sur fond de romance ne soit un peu quelconque, mais il n'en est rien. Les premiers chapitres sont empreints d'une naïveté qui va justement se dissiper au fur et à mesure que les vacances avancent et que les tensions naissent, pour permettre à l'héroïne, Tara, mais aussi à sa famille ou à ses amis de se redécouvrir au cours de leur été au camping.

Le ton est frais, entraînant, enlevé, et surtout sincère. On y croit, à ce camping où séjournent des vacanciers si habitués qu'ils en forment presque une seule et même famille saisonnière, à ses adolescents qui se font tourner la tête, à ces parents qui ne savent plus où ils en sont, à ces rituels sacrés qui rappellent au lecteur ceux qu'il a lui-même construits dans sa vie. La lumière du mois de juillet se réverbère dans celle des mots qu'utilise l'auteur. 

C'est une histoire qui n'a l'air de rien, mais qui en réalité vient demander dans toute sa simplicité au lecteur comment il veut grandir, quels choix il veut faire entre ce qu'il a été et ce qu'il lui reste à construire. Le livre touche parce que son auteure a saisi l'essence de l'adolescence, et la distille avec tact, sans la lourdeur que l'on trouve bien trop souvent dans les romans du genre. Ici, c'est un été comme on en a tous vécu ou comme on en vivra tous, entre papillons dans le ventre, coups bas et émancipation,
 un récit authentique et empreint de vie qui évite tous les clichés pour se frayer en douce son chemin jusqu'à notre petite sensibilité. 

Note attribuée : 8,5/10


samedi 17 juin 2017

La Lectrice de Traci Chee - Chronique n°328

Titre : La Lectrice
Auteure : Traci Chee
Editions : Robert Laffont (collection R)
Genre : Fantasy
Lu en : français
Nombre de pages : 523
Résumé : Il était une fois, et une fois il sera...
Ainsi commence l'histoire de Sefia, qui a perdu sa mère, son père, puis sa tante Nin à cause d'un étrange objet rectangulaire.
Ceci est un livre.
Dans un monde ou personne ne sait lire, Sefia va devoir poursuivre une triple quête de sens, de vérité et de vengeance. Épaulée par un mystérieux allié qui possède ses propres sombres secrets, elle va sillonner jungles et mers, au gré de ces histoires qui font l'Histoire avec un grand H...

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On nous propose une histoire de fantasy sur le pouvoir de la lecture, lecture qui fédère, instruit, confère du pouvoir ?
Je suis partante,et pas qu'un peu.
Mais à être trop ambitieux, on risque souvent de s'égarer entre de trop nombreuses idées.

La Lectrice, histoire bouillonnante de créativité, pêche en effet par envie de trop en faire. Il démarre lentement, posant l'histoire de la jeune Safia et de ses parents lecteurs dans un royaume où être lettré est un crime dont l'on ignore qu'il est même possible, mais veut trop vite multiplier les déplacements, les récits enchâssés dans d'autres récits, les paraboles et autres parenthèses. L'intrigue n'offre déjà que peu de rebondissements concrets à se mettre sous la dent, et il est difficile de maintenir un intérêt constant pour cet ouvrage qui tente certes de remarquables innovations et s'aventure dans des directions risquées, mais pas de façon suffisamment maîtrisées.

Le principal problème reste le rythme et la continuité narrative : entrelacer différents niveaux de narration peut être une excellente piste, mais seulement lorsque cela se fait avec la complicité du lecteur et suffisamment de clés de lecture pour comprendre ce qu'il peut bien diable se passer. Ici, malheureusement, le lecteur se sent lâché dans un environnement qu'il ne comprend pas - ce qui peut bien sûr être une force dans certains contextes ! -, mais qui est ici par trop désarçonnant. L'auteure cherche à faire voyager son lectorat, et c'est une intention tout à fait louable, mais le résultat est trop confus pour séduire. Certains passages, notamment dans la première moitié, sont très lents tandis que certaines des scènes d'actions finales sont si denses qu'on peine à tout comprendre. Après 500 pages et des poussières, on ne comprend pas vraiment quel chemin on était censé parcourir, et si l'on distingue les bases qui ont été posées pour les deux tomes suivants, on ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour la suite de la saga. 

Difficile également de s'attacher à la protagoniste : l'auteur consacre pourtant du temps à élaborer une introduction, mais Safia ne s'affirme pas par des traits de personnalités marquants. La narration à la troisième personne ne fait que renforcer ce sentiment désagréable de distance. En fait, il faut avouer que le roman paraît assez "oubliable" dans le sens où tous les éléments et personnages sont sur un même plan. Il manque ces petites aspérités, ces hauts et ces bas qui surprennent et qui marquent. L'idée même de faire du livre le coeur de l'histoire est excellente, mais encore une fois pas poussée au bout de son potentiel, à mon humble sens : on n'est que lecteur extérieur mais pas lecteur interne aux côtés de Safia qui découvre le pouvoir du livre.

On ne peut cependant nier au roman certains éclairs de génie, notamment dans son dernier acte bien plus efficace : l'espoir subsiste pour le reste de l'aventure, d'autant que ce premier tome a reçu un accueil plutôt positif.
La Lectrice offre ainsi des perspectives de lecture intéressantes et demeure une parenthèse dépaysante, mais ne parvient pas à trouver ni son équilibre ni sa capacité à interpeller et captiver le lecteur. Progresser dans le récit est parfois difficile, notamment en plein coeur de l'intrigue, entre multiplication des rameaux de l'intrigue et répétitions un peu poussives. Un dernier acte plus dynamique est à noter, mais est-ce assez pour recommander ce livre ? Sans doute pas pour ma part...

Note attribuée : 5,5/10 


mardi 13 juin 2017

La Conjuration des Imbéciles de John Kennedy Toole - Chronique n°327

"Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui."

Décidé à ne fréquenter que mes égaux, je ne fréquente bien évidemment personne puisque je suis sans égal."

"J'ai encore dit à mes étudiants que, par égard pour l'humanité future, j'espérais qu'ils étaient tous stériles."

Titre : La Conjuration des Imbéciles
Auteur : John Kennedy Toole
Genre : OVNI - je ne trouve pas d'autre terme
Editions : Le Livre de Poche
Lu en : français
Nombre de pages : 534
Résumé : L’histoire se situe aux États-Unis, à La Nouvelle-Orléans (Louisiane), au début des années 1960. Le personnage principal est Ignatius J. Reilly, un étudiant en littérature médiévale, remarquablement érudit et d'une intelligence qui confine au génie paranoïaque, mais vivant en vrai pacha chez sa mère arthritique et alcoolique. Ignatius, qui s'exprime pour son créateur, abhorre son époque. Il semble obstinément mais passionnément en décalage constant avec ses contemporains qu'il méprise férocement. Et tous les archétypes de l'Amérique contemporaine y passent : Les marlous, les beatniks, les Rockers, le flic, les vieux chrétiens fondamentalistes, la voisine acariâtre, la féministe anarcho-névrosée, ou encore les vendeurs de hot-dogs.

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Ce livre est un OLNI - Objet lisant non identifié.
Ce livre n'a aucun équivalent, de près ou de loin, à ce que je sache, parmi l'ensemble de la littérature mondiale. 
Quelqu'un peut-il m'expliquer comment un tel livre a pu rester aussi méconnu du grand public ?

La Conjuration des Imbéciles est l'histoire d'Ignatius Reilly, contemplateur offusqué de son siècle, éternel enfant terrible qui tyrannise sa mère, orateur pompeux et ridicule, grand esprit grandiloquent capable de joutes oratoires infinies avec son propre esprit, titulaire d'une licence qu'il a mis dix ans à obtenir mais dont il ne lui est jamais venu à l'idée de tirer profit pour trouver un emploi, il se pose comme l'anti-héros par excellence, qui rebute au premier abord avec son apparence... excentrique, mais qui s'avère constituer un personnage tout simplement inoubliable. Méprisant envers son époque au point que cela relève de la rage, il s'abandonne dans de ferventes diatribes envers la moindre caractéristique de son époque ou de son pays : la culture américaine, son modèle sociétal, le cinéma, les gens, le travail, tout, tout y passe ! Il vous sera rarement donné l'occasion d'être confronté à une personnalité fictive aussi marquante : on saisit l'essence d'Ignatius en à peine quelques pages, et entre attachement et stupéfaction, on le suit sans même s'en rendre compte pendant plus de 500 pages. 

Ses tribulations et autres pensées consignées dans son carnet sont aussi truculentes que géniales, aussi savantes qu'aberrantes, aussi drôles que stupéfiantes. On oscille en permanence entre hilarité et incompréhension, peut-être même est-ce le mélange des deux qui confère à cet ouvrage son charme indescriptible.
Difficile d'expliquer à quelqu'un qui n'a pas mis son nez dans ce livre comment son atmosphère burlesque et baroque parvient avec autant de talent à happer son lecteur : la seule chose qu'il vous reste à faire est désormais de tenter l'expérience ! 

La Conjuration des Imbéciles est la garantie d'au moins un fou rire mémorable, la promesse d'un moment de lecture aussi déconcertant que rafraîchissant. Ces aventures, très simples à vue de nez mais inoubliables en vérité, constituent une véritable expérience d'humour... 
Un roman qui ne laisse qu'un seul véritable regret, quoique considérable : la mort prématurée de son auteur, persuadé qu'il n'avait aucun talent. Un délire purement génial et tout simplement excellent qui offre un roman culte...
John Kennedy Toole, on t'aime et tu as du talent. Vive toi

Note attribuée : 9,5/10

dimanche 11 juin 2017

Zouck de Pierre Bottero - Chronique n°326

Titre : Zouck
Auteur : Pierre Bottero
Genre : Contemporain
Editions : Flammarion Jeunesse
Lu en : français
Nombre de pages : 160

Résumé : Anouck, dite Zouck, a une passion : la danse. Qu'elle partage avec sa meilleure amie : Maiwenn. Jusqu'au jour où elle s'éloigne l'une de l'autre. Zouck, obsédée par l'idée de perdre quelques kilos superflus, se coupe du monde. De son côté, Maiwenn, follement amoureuse, devient de plus en plus distante.

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Un grand merci aux éditions Flammarion et en particulier à Brigitte pour cet envoi !

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L'anorexie mentale est une maladie impossible à démêler et à comprendre pour la personne même qui en souffre.

Alors qu'un écrivain livre un récit juste et frappant sur ce sujet sans commettre de maladresse et en donnant le sentiment d'être dans la tête de son héroïne, permettez-moi de dire que cela relève de l'exploit.

Un certain nombre d'ouvrages abordent l'anorexie, soit sous l'angle du témoignage, le plus souvent, soit par des essais, soit avec un récit d'inspiration autobiographique comme l'a fait Delphine de Vigan avec le bouleversant Jours Sans Faim, mais également dans des récits fictifs et même jeunesse comme l'a fait Cathy Cassidy dans le troisième tome de sa saga Les Filles au Chocolat, ou comme j'aime l'appeler, Cœur Machin
C'est donc possible, mais c'est difficile et pas toujours facile d'accès pour le public qui en aurait le plus besoin : les plus jeunes lecteurs. L'anorexie ne touche en effet pas seulement que des adolescents, mais il s'agit cependant de l'âge auquel la maladie est la plus susceptible de se développer. 

Le pari lancé par Pierre Bottero, dont la réputation n'est plus à confirmer - même si, honte à moi, je n'ai lu que le premier tome d'Ellana -, est de donner naissance en moins de deux cent pages à une héroïne crédible et attachante et de donner à voir le processus de dégringolade puis de rémission d'une des maladies du siècle.
Challenge accepted.

Les premières pages sont empreintes d'une naïveté encore infantile, et dégagent surtout un sentiment d'innocence, de spontanéité, alors qu'Anouck, alias Zouck, dévoile son quotidien fait de cours de danse et de fous rires avec sa meilleure amie. Cependant, au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans le texte, le récit se fait de plus en plus sombre, l'état d'esprit de Zouck de plus en plus préoccupant, sans rupture de ton maladroite. C'est bien cela le plus terrifiant, l'effroyable logique mise en place qui pousse Zouck à se laisser séduire par les sirènes de la maigreur maladive. 

Mais ce n'est pas la maigreur qui la pousse à se priver. C'est la volonté de disparaître, de contrôler une vie dont on ne comprend plus vraiment où elle va. Et c'est pour cela que l'adolescence, l'une des périodes de la vie où l'on maîtrise le moins son existence, est si propice à ce genre de troubles. Zouck voit sa relation avec sa meilleure amie s'effilocher, ses repères familiaux évoluer, ses perspectives s'élargir, sa passion prendre du relief, son corps grandir. 

Comme je le disais, Zouck est aussi bien un roman de la descente aux enfers que de la guérison, sans aucun sentiment de précipitation malgré les 150 pages seulement que fait le livre. Tout est d'une délicatesse impressionnante et paraît se dérouler à un rythme vrai, prenant comme l'anorexie prend aux tripes, intense comme peut l'être la détresse d'une adolescente comme Zouck. Bottero a l'intelligence de ne pas insister sur des éléments qui n'en ont pas besoin, de ne pas tirer sur des ficelles mélodramatiques et de ne pas se poser en moralisateur omniscient et supérieur.

C'est déchirant et juste. C'est simple et vrai. C'est accessible et d'une grande profondeur. C'est Zouck. A mettre entre toutes les mains et surtout celles des plus jeunes.

Note attribuée : 9,5/10

vendredi 9 juin 2017

Le snobisme littéraire [Littératurpitudes #1]


La culture est un domaine indéniablement passionnant... Mais également terriblement cruel, fait de conventions, d'obligations et de tabous. Et s'il y a bien une branche de la culture qui pâtit particulièrement de ces préjugés, c'est la littérature.


La lecture est en effet une "discipline", si j'ose dire, scrutée de tous, soumise à un implacable examen. On éprouve systématiquement le besoin de justifier ses choix littéraires, surtout quand ils ont le malheur de ne pas correspondre aux exigences de l'autre, le lecteur émérite, celui qui ne s'intéresse qu'à la véritable Littérature, j'ai nommé la sacrée littérature générale. 

Combien de fois avons-nous reçu des commentaires déplaisants à propos de nos lectures ? Combien de sourcils condescendants et vaguement méprisants se sont levés à la découverte du titre de l'ouvrage que nous tenions entre les mains ?

« Comment ça, tu n'as pas encore lu À la recherche du temps perdu ? »
« Comment ça, tu lis des romans jeunesse ? »
« Tu lis de la bande dessinée, vraiment ? Mais pourquoi ? »

Si ces questions ont un air familier, c'est que vous avez déjà été confronté à cette plaie qu'est le snobisme littéraire, cette véritable pression sociale qui s'exerce sur tout lecteur "qui se respecte". Chaque titre lu est scruté, jugé, validé ou non par cette terrible doxa. Honte à vous si vous vous attardez sur des romans futiles qui n'en sont pas vraiment, sous-écrits, sous-travaillés. 

Mais les lauréats des prix littéraires et les classiques de deux siècles d'âge ne sont pas les seuls ouvrages qui valent le détour. Leur richesse est indéniable, mais il serait faux et réducteur d'affirmer qu'ils sont l'unique référence valable, le seul genre littéraire remarquable ! Nombre de romans dits de "sous-littérature", de la science-fiction, des titres pour jeunes adultes, ou encore de la littérature sentimentale, peuvent sans aucun problème égaler les qualités d'ouvrages jugés à torts plus prestigieux, dignes d'être lus. Ces mal-aimés de la littérature ont de plus le formidable avantage d’attirer un nombre remarquable de lecteurs, qui ne se seraient pas forcément tournés vers ce loisir si de tels ouvrages plus avenants, moins effrayants et dégoulinants de respectabilité que leurs camarades « classiques », n’existaient pas.  

Il n'est pas de "dignité de lecture" qui soit ! Chaque texte a sa légitimité, son public, sa capacité à émouvoir et faire vibrer ses lecteurs. Personne n'a le droit de vous regarder de haut en fonction de ce que vous lisez. Il vous revient justement de montrer à ces prétendus experts que la littérature n'est pas une corvée intellectuelle élitiste, mais bien un plaisir accessible à tous sous d'innombrables formes.

Lire est une richesse trop peu partagée, un plaisir inouï, à la fois individuel et collectif, qui ne mérite en aucune sorte cette discrimination bien-pensante. Assumons nos préférences, revendiquons notre goût pour cette "sous-littérature" injustement méprisée. Mettons entre les mains de nos amis de la fantasy aussi bien que des prix Goncourt, des classiques aussi bien que des romans destinés aux adolescents. La beauté de la littérature consiste justement en son extraordinaire diversité, le fait qu'aucun roman ne se ressemble, qu'il soit possible de tisser des liens entre des multitudes de titres en apparence radicalement opposés. Ne riez pas de cette personne qui se passionne pour le dernier Musso. Peut-être profite-t-elle plus de sa lecture que vous avec votre obscur essai philosophique que vous ne lisez que pour pouvoir vous en vanter.

Halte au snobisme littéraire ! 

mardi 6 juin 2017

Le Souffle des Feuilles et des Promesses de Sarah McCoy - Chronique n°325

Titre : Le Souffle des Feuilles et des Promesses
Auteure : Sarah McCoy
Editions : Michel Lafon
Genre : Historique
Lu en : français
Nombre de pages : 330
Résumé : 

ALERTE. Je proteste contre le caractère mièvre de ce résumé. Ce livre n'est pas à l'image de la niaiserie des mots qui suivent. Merci. 

Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Sous des abords arrogants et rustres, il est en fait d’une compagnie agréable.
Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de xixe siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre et la France. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens ne font que croître. Le destin les réunira-t-il enfin ?

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Sarah McCoy s'est fait connaître avec deux titres que j'avoue honteusement ne pas avoir découverts, mais dont j'ai eu l'occasion d'entendre de très bonnes choses : ces deux histoires ont en commun un travail sur les sentiments de leurs protagonistes et un contexte historique prenant. Elle livre ici un nouveau titre - aussi long que les précédents ! -, proposant de suivre deux personnages dans l'Amérique bouillonnante de l'aube du XXème siècle. L'un est journaliste et vient de publier un essai sur le célibat, l'autre est issue d'une plantation du Sud et aspire à vivre de sa plume.

Oui. Avec un pitch pareil, on voit venir l'histoire.
Non, ça ne se terminera ni en bain de sang, ni en double suicide, ni en crime passionnel. On s'en doute
Et oui. Certains passages sont peut-être moins dynamiques et se mordent quelque peu la queue.

Mais on ne peut pas retirer au Souffle des Feuilles et des Promesses son honnêteté, sa sincérité, son charme surtout. On l'ouvre et on le referme dans la même journée, on s'y attache sans en prendre conscience et on se laisse happer par une écriture sensible et juste dans le ton qu'elle veut installer. C'est un moment de lecture qui tient ses promesses et a même un certain soupçon d'originalité à travers les personnalités flamboyantes de ses protagonistes. On n'échappera pas à certains passages typiques du genre, mais l'auteure parvient plutôt bien à adapter à sa sauce de nombreux codes et à se les approprier. 
Certes, le contexte historique aurait certainement gagné à être approfondi, mais si vous voulez mon avis - et si vous ne le voulez pas, que diable faites-vous ici -, ce n'est pas là le but de l'auteure. 

En bref, un roman délicieux que l'on savoure sans même s'en rendre compte, et qui laisse exactement le souvenir d'une gourmandise : attirant, très agréable, dont on garde un bon souvenir, et auquel on sait qu'on pourra retourner sans peur d'être déçu. On n'échappera pas à un final assez facile qui contraste avec la volonté d'originalité donnée à voir dans le reste du roman, mais encore une fois, l'atmosphère générale très entraînante du roman l'emporte, et on retient surtout la personnalité du couple de héros, le parcours d'émancipation féminine, un contexte historique très appréciable même s'il aurait être encore plus exploité. Un petit moment fort agréable de lecture, pas forcément mémorable mais qui passe du baume au coeur lorsque l'on en a besoin et qui est d'une qualité bien supérieure à celle de la plupart des romances historiques, de très loin !

Note attribuée : 7,5/10

lundi 5 juin 2017

Bilan du mois [Mai 2017]

Bonjour à tous !

Beaucoup d'excellentes lectures ce mois-ci parmi les onze ouvrages parcourus, mon humble personne a su avoir un certain instinct.
VIVE MOI. 

J'espère pouvoir lire autant que je le souhaite ce mois-ci, malgré la minuscule, microscopique chose en plein milieu de ce mois.
Oui, cette chose.
Comment l'appellent-ils, déjà ? 
Ha oui, le bac.

J'espère par ailleurs avoir l'occasion de vous écrire quelques articles un peu différents : j'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps à la façon dont ce blog fonctionne, depuis plus de trois ans - eh oui, le blog-anniversaire était mardi dernier ! -, et j'avoue avoir envie de créer, pourquoi pas, de petites parenthèses de réflexion sur ce qu'est la littérature, le plaisir de la découvrir, sur tout de qu'elle offre et sur toutes les façons que l'on peut avoir de l'utiliser pour ouvrir de nouvelles perspectives. Dites-moi si ce projet vous parle !

J'ai adoré...
Le Livre des Baltimore de Joël Dicker : peut-être le titre qui se rapproche le plus du coup de coeur, que j'ai d'autant plus envie de défendre qu'il a été attaqué pour son succès soi-disant trop large. Livre, sache que je t'aime. 
Beauté Fatale de Mona Chollet : un essai captivant et particulièrement pertinent qui vient ouvrir les yeux sur tous les aspects du quotidien qui sont encore révélateurs du caractère patriarcal et misogyne d'une trop grande proportion de la société. L'un de ces ouvrages qui ne se trompent pas dans leur définition du féminisme. 
In the Garden of Beasts d'Erik Larson - VO : l'histoire méconnue mais passionnante de l'ambassadeur américain à Berlin durant les quelques années qui voient Hitler consolider sa poigne sur l'Allemagne tout entière. Passionnant !
Petit Pays de Gaël Faye : un récit d'inspiration autobiographique poignant, décrivant avec beaucoup d'émotion et de justesse le destin d'un petit pays qui se déchire et d'un petit garçon qui assiste à ce terrible spectacle. 
L'Arabe du Futur de Riad Sattouf : une BD attachante et autobiographique qui retrace l'enfance du narrateur, alors qu'il est ballotté entre différents pays d'un monde arabe en proie à de nombreuses tensions. Vraiment un bon moment de lecture, entre nostalgie et humour...
Zouck de Pierre Bottero : l'une des approches les plus justes, sinon la plus juste, de l'anorexie en littérature qu'il m'a été donné de découvrir. J'en reparle très vite. 

J'ai beaucoup aimé...
Génération K de Marine Quarteron :  le début d'une saga fantastique qui change. Et rien que pour ça, cela faut le coup de se lancer !
Désorientale de Négar Djavadi : un premier roman ébouriffant, tout en émotions, chronique d'une famille d'intellectuels d'Iraniens, par leur fille en quête constante d'identité. Très réussi !
Les Carnets d'Esther de Riad Sattouf : on continue avec Riad Sattouf, qui arrive encore une fois à lier humour et délicatesse dans un album dont on ne fait qu'une bouchée, et qui est d'autant plus intéressant à découvrir après L'Arabe du Futur dans la mesure où les deux BD décrivent chacune une enfance bien séparée de l'autre...

J'ai bien aimé...
La Brigade des Ombres #2 - Ne te fie à Personne de Vincent Villeminot : la suite toujours sombre et complexe d'une saga ambitieuse de l'auteur, peut-être un peu moins entraînante que le premier tome cela dit.

J'ai été déçue...
Mon Futur en Replay de Louise Revoyre : un roman au sujet original et bien trouvé mais qui se perd un peu dans sa réalisation... Difficile de tout suivre avec aisance !